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Propagande en ligne : la guerre, la vraie, se fait désormais sur les réseaux sociaux

Si les réseaux sociaux ont parfois été considérés comme des espaces de partage d'idées et de discussions, l'essor de l'Etat Islamique ces dernières années a également mis sous le feu des projecteurs leur rôle en temps de guerre. Un rôle qui n'est visiblement pas prêt de diminuer.

War 2.0

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Propagande en ligne : la guerre, la vraie, se fait désormais sur les réseaux sociaux

Atlantico : En 2014, l'organisation État Islamique avait surpris bon nombre d'observateurs en ayant recours à une forte utilisation des réseaux sociaux dans le cadre de la conduite de leur guerre, notamment lors de l'invasion de l'Irak. Dans quelle mesure ces réseaux sociaux ont-ils transformé notre façon de faire la guerre aujourd'hui ?

François-Bernard Huyghe : L'utilisation des réseaux sociaux par des groupes terroristes remonte même à Al-Qaïda, avec les attentats de Mumbai où les commandos se coordonnaient par messagerie téléphonique. Effectivement, l'État Islamique a énormément utilisé les réseaux sociaux, pour des raisons assez simples à comprendre.

Ils sont situés tout d'abord dans des zones où il n'y a pas tellement d'infrastructures classiques, et d'autre part Daesh est une organisation qui joue totalement la carte du recrutement de djihadistes étrangers et de la lutte internationale dans tous les pays. Par ailleurs, cela coïncide évidemment avec des phénomènes de génération complètement habituées à vivre avec les réseaux sociaux.

Cette utilisation s'effectue dans des buts de propagande et de recrutement. Sur le terrain, cela sert aussi à la coordination de l'action, quand on ne dispose pas forcément des outils de transmission lourds d'une armée telle que l'armée française. Un grand nombre de travaux ont été effectués là-dessus.

Il faut par ailleurs bien souligner que nous avons découvert avec horreur l'utilisation des réseaux sociaux par l'État Islamique trois ans après avoir célébré avec joie par les mouvements du Printemps arabe, qui se sont coordonnés par les réseaux sociaux pour informer, éviter la police, diriger des groupes sur le terrain, avoir des communications secrètes, etc. On peut même remonter aux élections de 2009 en Iran, lorsque des manifestants contre Mahmoud Ahmadinejad avaient pu diffuser des photos de la répression dont ils étaient victimes. On avait alors parlé de "révolution Twitter". Nous sommes donc passés d'un discours hyper optimiste sur les valeurs démocratiques répandues par la jeunesse du monde entier sur les réseaux sociaux à un discours complètement alarmiste clamant que c'est par ces canaux que se répand le djihadisme.

Dans une société où l'image et l'émotion ont pris une importance considérable dans le quotidien des gens et dans leur perception de la réalité (en témoigne l'émoi suscité par les assassinats d'otages relayés sur les réseaux sociaux), doit-on s'attendre à voir les réseaux sociaux prendre une place de plus en plus conséquente dans les guerres du 21ème siècle ?

Cela me paraît en effet évident. Pour ce qui est des actions terroristes, nous avons vu que les acteurs appartiennent complètement aux générations Facebook-selfie-Twitter. Ils l'utilisent d'une part pour avoir un impact maximum, et d'autre part pour répandre des messages qui ne passeraient pas dans les médias dites classiques. On a ainsi vu des terroristes "enregistrer" leur action, tels ces membres de l'État Islamique qui combattent avec une caméra Go Pro sur leur casque.

Cette situation n'est pas propre à la Syrie ou à l'Irak. On pourrait aussi faire des remarques sur l'Ukraine. Il est évident que dans tous les conflits, surtout quand ils font intervenir des groupes de rebelles, résistances, paramilitaires, milices, etc. (peu importe le nom), les réseaux sociaux servent à la fois à la coordination de ces groupes et à leur action de propagande.

Notons toutefois qu'au début, l'État Islamique était très laxiste et permettait à ses combattants de faire beaucoup de selfies (devant des voitures, avec des kalachnikovs, des drapeaux, etc.), puis les dirigeants sont revenus dessus. En effet, si vous donnez des nouvelles à vos copains restés au pays, vous en donnez aussi à l'ennemi (géolocalisation, identité, etc.). Daesh a donc levé le pied pour des raisons de sécurité. J'ai ainsi vu dans des publications djihadistes telles que Dabiq ou Dar-al-Islam des cours de sécurité informatique de très bon niveau, notamment autour de Telegram.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/10/2016 - 11:43 - Signaler un abus Qui a célébré "avec joie" les Printemps arabes????

    Excepté ce directeur de l'IRIS et ses condisciples, tombes dans une marmite de pensée unique Bourdieusienne, lorsqu'ils étaient étudiants, aucun Français lucide n'a célébré quoique ce soit, avant de voir qui prendrait le contrôle de ces pays débarrassés de leurs "hommes forts" par l'Occident faussement libérateur. Seuls quelques penseurs lucides ont mis en garde les droidelhommistes à la Levy-Kouchner-Sarkozy-Fabius quand au risque de laisser le champ libre aux islamistes. Ces bien-pensants ont fait la sourde oreille, aveuglés par leur orgueil droidelhommiste. Aujourd'hui, on a le résultat infernal de cette politique de nases. Non, M. Huygues! Personne d'autre que vous et l'intelligentsia (sic) parisienne n'ont célébré "avec joie" les printemps arabes: Inutile de faire supporter par le peuple la responsabilité de vos inconséquences...

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris.
 
Il enseigne notamment au Celsa-Paris IV à l’Iris Sup, et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (Puf), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, Puf), et Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage s'intitule: Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016). 

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