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Projet de loi asile-immigration : les associations à qui on avait sous-traité le problème des migrants entament un sévère bras de fer avec le gouvernement

Vent debout contre cette réforme, plusieurs dizaines d’associations s’efforcent de faire pression sur le gouvernement en utilisant tous les moyens possibles.

Duel

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Ce qui est en jeu aujourd’hui va donc au-delà d’une simple tension conjoncturelle avec le gouvernement : il s’agit en réalité d’un conflit sur la place et les compétences respectives de chacun dans la politique des réfugiés. Ce conflit était inéluctable car il résulte de la relation ambiguë qui s’est tissée entre l’Etat et les associations. A partir des années 1970, l’Etat a en effetchoisi de sous-traiter la gestion des centres d’hébergement aux associations (par exemple, dans le cas de Terre France d’asile, créée en 1971, l’Etat a établi une convention en 1975, puis en 1985).

Tout le monde y a trouvé son compte : l’Etat s’est délesté d’un travail qu’il n’avait pas envie de faire, ce qui lui a permisde ne pas créer une bureaucratie et des postes de fonctionnaires ; quant aux associations,les militants ont pu trouver un débouché pour exprimer leur désir d’engagement tout en étant assuré d’avoir des ressources conséquentes. Mais avec le temps, les associations ont pris de l’importance, elles se sont multipliées et sont parfois devenues de grosses structures, salariant des centaines de personnes et gérant des budgets conséquents, alimentés par l’Etat, comme l’association France Terre d’Asile(notons que, sur son site, elle donne aucune information sur l’origine de ses recettes, ce qui montre que l’exigence de transparence qui pèse sur la politique n’a pas encore gagné les associations subventionnées).

Non seulement les associations sont devenues un rouage central de la politique migratoire, mais de plus elles entretiennent des liens étroits avec la gauche. C’est là l’autre enjeu du débat, qui nous renvoie à l’une des grandes spécificités de la gauche française : contrairement aux partis socio-démocrates européens, le PS français a beaucoup plus de liens avec le mouvement associatif qu’avec les syndicats. De ce fait, ces associations ont pris une grande place au PS, surtout après le tournant de la rigueur au début des années 1980, lorsque le PS a pris ses distances avec les catégories populaires. Ce sont elles qui lui fournissent une grande partie de ses cadres et de ses militants, voire de son programme. Cette liaison organique a longtemps fait sa force car elle lui a permis d’entretenir des liens étroits avec la société civile et les réseaux militants ; mais aujourd’hui, cette force est devenue une faiblesse. Le mouvement associatif enferme le PS dans une approche rigidede la question migratoire dont il ne parvient pas à se dépêtrer, comme en témoigne justement la tribune publiée avant Noël par Benoît Hamon.

Le risque pour la gauche est que si l’offensive menée contre le gouvernement débouche sur une cuisante défaite, ce qui semble se dessiner puisqu’Emmanuel Macron et son gouvernement, forts d’un incontestable soutien populaire, ont affiché leur intention de ne rien céder, le risque est que le gouvernement décide d’aller plus loin en s’attaquant à la place des associations dans la gestion des migrants. C’est ce qu’a laissé entendre Christophe Castaner, le nouveau leader du parti présidentiel, en intervenant le tout dernier jour de l’année 2017, comme s’il voulait  signifier qu’une page est sur le point de se tourner. A moins que ce ne soit qu’une menace pour tempérer les ardeurs du monde associatif. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 13/01/2018 - 12:14 - Signaler un abus Crédo de la gauche: recevons-les tous, Dieu pourvoira

    Ces associations, non contentes d'être financées par l’État, veulent aussi se substituer au législateur en faisant leurs propres lois, conformes à leur idéologie. Typique de la gauche: "nous sommes le peuple et nous avons tous les droits". Le migrant, après avoir abandonné tout son argent aux passeurs, est devenu un réfugié, un demandeur d'asile, et nous n'aurions pas le droit de refuser. Le contribuable doit donc financer les bandes criminelles, et prendre en plus la misère du monde à sa charge. Inacceptable, aberrant et impossible ! Mais ça ne gêne pas la gauche, qui croit au miracle de la multiplication des petits pains.

  • Par Stargate53 - 13/01/2018 - 14:37 - Signaler un abus L'état doit reprendre la main !

    Comme c'est de toute façon nos impôts qui financent ces philanthropes d'état et bien l'état n'a qu'à en reprendre la gestion des centres d'accueil à ces antichambres gauchistes. De toute façon, il est anormal de ne pas recenser qui bénéficie de la générosité du peuple français et surtout si il peut être bénéficiaire car remplissant les conditions requises par la loi française !

  • Par Deudeuche - 13/01/2018 - 15:22 - Signaler un abus Terre d’Asile Cimade et cie

    Des repaires à Bobo gauchos en quête de sens de la vie. Connais bien la Cimade étant un coreligionnaire mais pas un grand fan de ces prots protestataires et prototrotskystes.

  • Par Atlantica75000 - 13/01/2018 - 18:26 - Signaler un abus Savoir lire et compter

    Où l'on a confirmation que Sarko n'a rien fait en la matière puisque plus de régularisations que sous Jospin (ah oui, la fameuse obligation de se métisser dans l'un de ses discours !) Entendu à la radio que le dispositif de regroupement familial comprenait les frères et soeurs ! Quand on connaît les fratries à rallonge ! De plus carte de séjour passe de un an à 3 ou 4 Quelle rigueur ! Au fait qui a parlé de la décision de Macron, suite au mini sommet organisé en Italie la semaine dernière de récupérer 200 migrants venus d'Italie chaque mois pour donner de "l'élan" à la relocalisation

  • Par Liberte5 - 13/01/2018 - 19:22 - Signaler un abus Au bout du compte la pseudo montagne va accoucher

    d'une mini mini souris. Rien de structurant ne va être fait pour mettre fin à une politique de merde depuis 50 ans mise en place par une classe politique de merde.

  • Par vangog - 14/01/2018 - 04:06 - Signaler un abus Sous-traiter à des associations mafieuses????

    Si le gouvernement socialo-macroniste a bien « sous-traité le problème des clandestins » (pas « migrants », car c’est autre chose...) à des associations ultra-gauchistes mafieuses, alors c’est que la France est tombée très bas et mérite son triste sort!

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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