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Projet de loi asile et immigration : fermeté, le grand bluff ?

Attendu pour février, le projet de loi "asile et immigration" a été présenté ce jeudi aux associations d'aide aux migrants. Un texte controversé qui a été souvent qualifié de plus "rigoureux" que des lois adoptées par la droite entre 2003 et 2012. Mais est-ce bien le cas ?

Que de l'esbroufe ?

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Au-delà d'un positionnement politique, d'une ligne plus "dure que Nicolas Sarkozy", ce qui pourrait servir Emmanuel Macron dans sa quête de séduction des électeurs de droite, que peut-on penser de l'efficacité de ce projet de loi sur le fond ? S'agit-il plus de servir un intérêt politique que d'une réforme efficace, visant à produire des résultats concrets?

Maurice Lachaize : Ce projet de loi est étrange. Il est vendu comme un texte de fermeté et vécu comme tel par la classe politique, le monde associatif, la presse qui s’enflamment. Mais il ne comporte aucune mesure susceptible de renforcer la maîtrise de l'immigration. En revanche, de ce que l’on croit en comprendre, il présente des dispositions dont l'effet est bien loin d’avoir été évalué. Alors que notre pays a atteint pour la première fois les 100 000 demandeurs d’asile en 2017, le projet renforce son attractivité pour les demandeurs d'asile, avec le titre de 4 ans pour les bénéficiaires de l’asile subsidiaire, et l'octroi automatique de la protection de la France accordée, non seulement aux parents, mais aussi aux frères et sœur des mineurs réfugiés.

Quel peut être l’impact d’une telle mesure? Nul n’en a vraiment idée. Enfin, le projet semble a priori prévoir la mise en place d’une obligation d’informer les demandeurs d’asile qu’ils ont la possibilité de présenter un dossier de régularisation en préfecture, par anticipation d’un éventuel rejet de leur demande d’asile. Comment, avec cela, prétendre qu’il vise à lutter contre l’immigration illégale ? Oui, on peut dire que ce projet de loi est avant tout à des fins politiques. Il repose sur une ambiguïté fondamentale: d'une part, donner l'illusion de la fermeté pour gagner les faveurs de l'opinion de droite et d'extrême droite en provoquant un tollé largement artificiel à gauche; d'autre part, du fait de l'inconsistance du projet ou de son ambigüité, éviter une véritable crise politique avec la gauche et le monde associatif. Le bruit de la polémique est recherché pour faire croire à l’action. Nous nageons une fois de plus dans le grand spectacle hypocrite.

Guylain Chevrier : Il y a une obligation de réussite à ce sujet, car nous sommes entrés dans l'ère du réalisme, qui est implacable, car chacun sait au fond de lui dans les milieux politiques avisés, que l'on ne pourra pas continuer comme si l'immigration coulait de source. Aujourd'hui, c'est à la fois le désordre et une situation que plus personne ne maitrise.

L'immigration fait voies d'eau de toutes parts, sous toutes sortes de formes, comme je viens de le montrer, avec des contradictions épineuses. Et au regard du retard pris à décider des mesures nécessaires de restriction et de contrôle, il risque de n'y avoir que des mesures mal ficelées, qui ne contentent personnes. 
Il existe un affrontement de plus en plus marqué entre une gauche extrême victimaire d'un côté, très urbaine fréquemment aisée, minoritaire mais organisée et au discours moraliste à caractère humanitaire relayé massivement par les médias, qui est  en conflit avec l'idée de nation et de frontières et voit à travers l'immigré et son accueil inconditionnel le moteur de son idéologie, et de l'autre, une large population plus périphérique et moins aisée, qui vit dans le quotidien les dégradations de la crise et des valeurs collectives, des repères communs, à quoi la présence de plus en plus massive d'une immigration mal intégrée de l'école à la cité, apporte sa pierre non négligeable, qui la voit comme le problème sinon, un fléau. Cela est d'autant plus aiguisé que les premiers ne cessent de faire la morale à coups de bons sentiments aux seconds, accusés pour leurs réticences légitimes à une immigration sans compter, d'être des racistes. On sait que les Français sont très majoritairement dans les enquêtes d'opinion, à 70%, favorables à une politique rigoureuse dans ce domaine. Il y a là un potentiel d'électeurs de droite, voire d'électeurs inquiets politiquement indécis, mais il faudra sans doute plus pour les convaincre.

Ceci étant, nous ne sommes effectivement plus du tout dans l'ère Sarkozy où on pouvait plus facilement de l'Elysée ou de Matignon, utiliser les espaces qui étaient encore modulables sur ce sujet pour flatter une majorité selon ses attentes. Il ne s'agit plus du tout de cela, il en va à présent d'une situation critique.

On sait combien aujourd'hui interdire, contrôler, encadrer, a mauvaise presse en ces temps où l'individualisme est roi qui trouve sa bonne conscience dans des grandes causes où les bons sentiments servent de système de pensée. Mais il faut retrouver ici du sens commun plus élevé, sinon nous courrons à la catastrophe. Nous avons omis que nous sommes une Nation, c'est cela qui doit revenir à notre mémoire. Le fait que seuls les Etats donnent des droits à ceux qui vivent sur leurs sols, et que les frontières en sont donc essentielles pour délimiter l'espace sur lequel ces droits s'exercent, qu'ils sont fragiles, et que l'on ne joue pas non plus sans danger avec la faculté à produire de la conscience commune, de la cohésion sociale, à faire peuple. Cet enjeu-là de l'immigration qui fait enjeu de société doit revenir au coeur du débat, en allant si nécessaire à l'affrontement politique, sinon, rien n'avancera réellement.
 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 08:46 - Signaler un abus Qu'avez vous fait le 7 Mai 2017 ?

    Même en cherchant bien, on ne trouvera pas un seul ''immigrationniste'' sur Atlantico ! Le problème, c'est : qu'avez vous fait le 7 Mai 2017 ? Vous faites partie des 11 millions de français qui se sont abstenus ? Ou des 20 millions qui ont tout de même voté Macron, parce que vous aviez lu dans le Figaro, que ''Marine est une dame très méchante'' ? Et maintenant, vous vous passionnez pour Wauquiez ?

  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 08:49 - Signaler un abus En pratique

    En pratique, il y a deux moyens efficaces pour stopper l'immigration : financer les états qui bordent les rivages sud de la Méditerranée. Et créer les conditions pour que ceux qui parviennent à arriver chez nous, aient la certitude qu'ils ne trouveront aucune aide : ni travail, ni logement, ni aide sociale. Ils cesseront alors rapidement de tenter l'aventure...

  • Par Mario - 12/01/2018 - 09:31 - Signaler un abus Tant que la gauche bobo et

    Tant que la gauche bobo et extrémiste dirigera le bal des idées, on ne peut pas s'en sortir. Regardez, Hidalgo et son expo sur le che, aucune réaction a droite.....

  • Par Citoyen-libre - 12/01/2018 - 10:05 - Signaler un abus Et ça continue : 2018, année pipo

    Si le gouvernement voulait vraiment s'attaquer à l'immigration de masse, il mettrait fin au regroupement familial, qui génère mécaniquement une immigration sans fin et illimitée. La dernière subtilité de ces gouvernements sans courage, ni ambition, c'est de pondre des lois, qui semblent prendre en compte l'exaspération d'une grande majorité de français, et au final, se la faire retoquer sciemment par le Conseil d'Etat à la méthode Hollandaise. Un journal Suisse titrait dernièrement que 2 suisse sur 3 étaient satisfait de leur finances personnelles. En France, on nous montre un président de la république entouré de barbelés. Depuis 1940, nous avons une même presse et les mêmes intellos, hypocrites et cyniques. Peu importe l'état d'esprit de cette France profonde qui bosse et souhaite protéger la famille. De petites associations gavées par le contribuable, sont mises en avant. L'éthique journalistique devrait apprendre le mot : circonspection. Pour info, les banques ont toutes créé des secteurs spécialisés pour s'occuper des associations, tellement la masse de fric est importante.La réalité du monde associatif est un vrai sujet à traiter : trésorerie, salaires, gabegie des aides..,

  • Par wwmat - 12/01/2018 - 10:17 - Signaler un abus Fermeté MDR

    Tout le monde sait qu'en matière d'immigration, le ventre mou de l'Europe est la France. On accepte n'importe qui, on ne reconduit pas aux frontières, on donne au migrant plus de droit qu'aux français qui ont cotisé toute leur vie, même en matière de soin notre république en fait plus pour les étrangers que pour ses enfants et malheureusement ce n'est pas près de changer

  • Par vangog - 12/01/2018 - 10:42 - Signaler un abus Le juge des libertés =juge de la clandestinité!

    A quoi bon pondre une nouvelle nouvelle loi très légèrement plus stricte (on ne rigole pas!...), si ses opposants sont les fonctionnaires du ministère de la justice (sic), chargés de la faire appliquer?...J’en reviens à la mère de toutes les réformes: tant que vous ne virerez pas les neo-trotskystes immigrationnistes qui ont infiltrés la justice, l'éducation nationale (re-sic), et d’autres...vous ne parviendrez pas à faire appliquer les lois du peuple (Ooooooh, populiste!), ni à insuffler un vent de liberté dans la tête des enfants...

  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 12:38 - Signaler un abus On n'est pas sorti de l'auberge !

    Comme d'habitude, vous commentez un article que vous n'avez pas lu ! Mais, jusqu'à un certain point, je peux vous comprendre ! Consacrer quatre pages aux modalités d'expulsion, avec une seule phrase significative (page 2) : ''Nous sommes passés de 13.908 retours forcés en 2009 à 12.961 en 2016... Une situation concernant l'immigration qui est devenue folle, explosive, incontrôlable en l'état.'', sans nous détailler combien d'haïtiens, d'afghans et de syriens ont effectivement été placés dans un avion en 2017, et renvoyés chez eux, ce n'est pas très sérieux ! Ceci dit, quand on lit vos propositions : interdire une expo sur le Che, et diminuer les subventions aux associations gauchistes, je me dis : ''On n'est pas sorti de l'auberge'' ! Lisez-donc mon texte de 8h49 et adhérez au Front National !

  • Par ombelline - 12/01/2018 - 14:35 - Signaler un abus Encore une loi

    Qui ne servira pas à grand chose, à part faire de la com. pour montrer que le gouvernement Macron s'attaque enfin aux migrants économiques. On en reparlera à la fin de son quinquennat dans 5 ans et permettez moi d'être très pessimiste.

  • Par ajm - 12/01/2018 - 22:16 - Signaler un abus Remède pire que la maladie.

    En résumant, les dispositions de la nouvelle loi sur le traitement de l'immigration qui sont favorables et poussent à l'immigration ( par exemple la durée étendue des cartes de séjour , l'extension des droits de séjour aux familles des immigrants mineurs ou soi-disant mineurs..) ont toutes les chances d'être effectivement appliquées alors que les mesures restrictives ne seront pas, elles, appliquées, soit pour des raisons pratiques et matérielles , soit pour des raisons juridiques ( obstruction des magistrats ). Conclusion, il faut mieux laisset les choses en l'état.

  • Par vangog - 13/01/2018 - 07:59 - Signaler un abus Les lois Macron servent à enfumer les petites filles immatures

    et ça ne « marche » pas que sur les petites filles...rendez-vous lors des vrais résultats! (Pas ceux fantasmés par les médias à la botte du minet-à-Cougars)

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Maurice Lachaize

Maurice Lachaize est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire.

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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