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Projet de loi asile et immigration : fermeté, le grand bluff ?

Attendu pour février, le projet de loi "asile et immigration" a été présenté ce jeudi aux associations d'aide aux migrants. Un texte controversé qui a été souvent qualifié de plus "rigoureux" que des lois adoptées par la droite entre 2003 et 2012. Mais est-ce bien le cas ?

Que de l'esbroufe ?

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Guylain Chevrier : La comparaison est bien mal venue car nous ne sommes plus du tout au temps de Sarkozy président, avec une immigration dont les limites ont explosé depuis. Quelques chiffres : sur la question de l'asile, on est passé de 25.000 demandes en 2007 à 100.000 aujourd'hui, avec environ un tiers de réponses favorables proportionnellement à ces chiffres. C'est une exponentielle. Ce mouvement des migrants vers l'Europe, et spécialement la France, est d'autant plus significatif qu'il est aussi le reflet d'un phénomène migratoire marqué par une immigration économique clandestine massive, que l'on ne mesure même pas.

Mais il faut aussi noter qu'il s'agit de migrants venant de plus en plus loin, dans l'ordre : Soudan, Afghanistan, Haïti, Albanie, Syrie...et aussi éloignés de notre culture. Le fait que plus de la moitié des quelques 200.000 SDF soient "sans-papiers" donne seulement une idée du nombre de ceux qui viennent de façon irrégulière sur notre sol. Ce que l'on connait bien aussi, c'est le fait qu'en 10 ans, on ait plus que doublé le nombre d'arrivées régulières pour être aujourd'hui à plus de 200.00 par an. Par ailleurs, si on regarde les chiffres des retours, c'est absolument ridicule. Nous sommes passés de 13.908 retours forcés en 2009 à 12.961 en 2016... Une situation concernant l'immigration qui est devenue folle, explosive, incontrôlable en l'état.

On dira, mais comment cela a-t-il été rendu possible? Nous avons assisté après Sarkozy, à un accueil inconditionnel  des migrants en Europe impulsé par les Allemands sur fond de tradition chrétienne, ce qui les a amenés à accueillir massivement mais après les 800.000 de l'an passé, cette année ils n'entendent plus accueillir que 200.000 demandeurs d'asile. L'Allemagne qui se croyait à l'abri des attentats avec son multiculturalisme a été le théâtre de nombreuses attaques terroristes. Des dizaines de centres de migrants ont été incendiés. Une délinquance et des violences sexuelles faites aux femmes par des migrants sont venues rappeler que l'accueil de demandeurs d'asile ne signifie pas mécaniquement intégration et respect du pays d'accueil, de ses mœurs.

Les déclarations de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, présentant les frontières comme "la pire invention de l'histoire" dans le débat sur la répartition des migrants dans l'UE a fait aussi son effet d'appel d'air. Autre problème, en  choisissant de désigner Bachar al-Assad comme l'ennemi numéro 1, c'était créer un formidable argument pour que notre pays devienne la destination d'accueil par excellence des migrants et un prétexte pour cela bien au-delà du problème du djihadisme et de la guerre. C'était donc se créer une obligation d'accueil à la mesure de la diabolisation du personnage, d'autant plus caricaturé que la Russie était son alliée et était visé indirectement à travers le président syrien. Ce qui d'ailleurs a amené les médias français comme France info à parler systématiquement de "rebelles" ou de "résistants" face au régime syrien, lorsque l'on savait parfaitement qu'il s'agissait essentiellement de djihadiste d'Al-Qaida ou d'autres factions, et en aucun cas de grands démocrates. Ce qui a donné aux migrants une tournure de persécutés pouvant justifier moralement l'inconditionnalité de l'accueil. Une orientation qui a poussé dans le sens de donner l'initiative totale à des associations caritatives et humanitaires n'ayant qu'une lecture à sens unique de l'accueil, loin de toute stratégie politique globale, à quoi aucun Etat ne peut imaginer pouvoir se soustraire. C'est ainsi qu'un responsable de Médecins sans frontières, interviewé sur France info, peut se permettre de suggérer qu'il faudrait exfiltrer aujourd’hui de façon organisée avec le gouvernement français les migrants qui sont en Libye, sous le prétexte qu'ils y seraient en danger, du fait de leur parcours migratoire, du rôle des passeurs voire des risques qu'ils tombent en esclavage... Mais c'est inverser totalement la vision politique et créer les conditions de justifier une immigration qui se met elle-même, bien malheureusement, en danger, pour être en permanence pris en otage par cet état de fait. L'ONU a une responsabilité ici qui n'est nullement évoquée à tort. Le côté humanitaire on le voit bien n'est qu'un aspect du problème, qui relève d'une toute autre vision d'ensemble, d'une géopolitique mondiale et de stratégie des Etats, de leur capacité à tous points de vue, à accueillir ou pas. Il en va aussi de l'aide au développement des pays d'origine des migrants mais pas sans prévoir des sanctions contre les pays qui sont souvent complices des départs de leurs ressortissants. 

La politique d'accueil de l'Europe visait aussi à pousser dans le sens d'une unité européenne passant outre les frontières des Etats invités à s'effacer derrière la logique libérale d'une Europe succursale de la mondialisation, dans laquelle l'immigration constitue aussi une variable économique d'ajustement, voire pour l'Allemagne, d'ajustement démographique.

Le projet de loi pour la refonte de la politique migratoire comprend bien des aspects contradictoires, même si dans ses grandes lignes il s'agit de ramener à des conditions de traitement des demandes d'accueil et de reconduite des déboutés de façon plus efficace, pour éviter la situation de pourrissement actuelle. Cinq axes viennent définir ce projet :mieux maîtriser les flux migratoires, améliorer les traitement des demandes et les conditions d'accueil, lutter plus efficacement contre l'immigration irrégulière et d'éloignement, refondre la politique d'intégration, et le cas échéant attirer davantage les "talents et des compétences"
Alors que le demandeur d'asile disposait jusqu’à présent de 120 jours pour déposer  son dossier, désormais il n’aura plus que 90 jours pour le faire. De plus, un demandeur débouté par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ne disposera ensuite que de deux semaines, au lieu d’un mois, pour déposer son recours. Le ministère a prévu 150 postes de plus au budget 2018 pour mettre en œuvre ces dispositions. Le gouvernement a annoncé aussi la création de 7.500 nouvelles places d'hébergement pour les demandeurs d'asile, ainsi que 5.000 places pour les réfugiés dans des centres provisoires d'hébergement. 

Il y a le doublement de la durée maximale de maintien en centre de rétention administrative des étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français, de 45 à 90 jours, ce qui est la moyenne en Europe. Une autre mesure de ce texte prévoit le durcissement de la "retenue" "pour vérification du droit du séjour", qui passerait de 16 à 24 heures. Les délais de recours pour les déboutés du droit d'asile seront également réduits de 1 mois à 15 jours. On dit vouloir favoriser des retours vers les pays d'origine ou ceux où les migrants ont déjà été évalué comme ne pouvant bénéficier du droit d'asile, mais qu'en sera-t-il réellement? Pour y parvenir, il faudrait mettre en œuvre une nouvelle politique avec des moyens adéquats considérables et une vraie volonté politique qui parait bien relative au regard de l'écoute qui est celle des associations pro-migrants ou/et humanitaires, qui se rebellent dès que l'on touche à cette question. Des associations prépondérantes, parce qu'on leur laisse jouer un rôle considérable dans le débat public, bien qu'elles ne représentent en réalité qu'une faible partie de l'opinion. 

Mais il faut aussi retenir que, comme gage donné à ces associations pour faire passer le reste, en termes d'accueil, le texte se montre plus généreux sur les titres de séjour pour les demandeurs d'asile : ils bénéficieront d'une carte de séjour dont la durée sera fixée à 4 ans dès la première admission au séjour, au lieu d'un an jusqu'à présent. Le gouvernement souhaite également réduire les délais de traitement des demandes d'asile à 6 mois. Il entend aussi faciliter la réunification familiale pour les réfugiés mineurs, qui va être étendue aux ascendants directs au premier degré ainsi qu'aux frères et sœurs, ce qui est une nouvelle extension du droit à émigrer qui promet des arrivées massives. Sur ce point particulièrement, nous sommes passés de 4000 réfugiés mineurs en 2010, dits "mineurs isolés étrangers" et "mineurs non-accompagnés" depuis peu, à 25.000 officiellement aujourd'hui. Il faut tout de même savoir qu'il existe une pression constante des associations pro-migrants et de syndicats qui les suivent, pour demander leur accueil inconditionnel à partir du moment où ils se déclarent mineurs. Se déclarer mineur sans autorité parentale sur le territoire français pour un migrant, c'est la certitude en France d'être pris totalement en charge par l'Aide sociale à l'enfance jusqu'à 18 ans au moins. Si une large partie de ces demandeurs sont reconnus majeurs après entretien d'évaluation, ce qui est déjà un dispositif bien incertain géré essentiellement par France terre d'asile, il suffit qu'ils fassent appel de la décision administrative de non-reconnaissance de leur prétendue minorité auprès d'un Juge des enfants, pour être placé et pris en charge, avec la quasi-certitude d'y rester. C'est devenu un véritable trafic qui ici va justifier une nouvelle voie d'eau à l'immigration familiale!  

On parle de "refonte de la politique d'intégration", vaste sujet. On annonce surtout que son amélioration passerait par un effort accru en matière d’enseignement de la langue française ou encore d’insertion professionnelle. En rester là serait peu sérieux, lorsque l'on sait  les graves problèmes d'intégration que nous connaissons, alors que de nombreux jeunes Français d'origine immigrée des quartiers rejettent la nationalité de leur pays d'adoption, comme le reportage de France 2, "Les Français, c'est les autres" (3 mars 2016) l'a montré sans ambiguïté de façon inquiétante. Et ce, alors que nous assistons à une montée en puissance des affirmations identitaires avec un communautarisme de plus en plus aigu, un militantisme en faveur du multiculturalisme sur fond de haine anti-blanc accusé de reproduire une domination postcoloniale sans aucun fondement, comme le propage le Parti des indigènes de la République qui trouve des relais nombreux dans des syndicats, des universités, des associations, des quartiers... Avec un islam qui n'a pas encore trouvé sa place en France, où le salafisme s'étend, avec officiellement plus de 20.000 radicalisés dont le nombre ne cesse d'augmenter avec pour terreau principal le communautarisme, et ce, alors que les migrants dont nous parlons sont très majoritairement, sinon essentiellement, musulmans, venant de pays où religion et pouvoir politique ne font qu'un.
 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 08:46 - Signaler un abus Qu'avez vous fait le 7 Mai 2017 ?

    Même en cherchant bien, on ne trouvera pas un seul ''immigrationniste'' sur Atlantico ! Le problème, c'est : qu'avez vous fait le 7 Mai 2017 ? Vous faites partie des 11 millions de français qui se sont abstenus ? Ou des 20 millions qui ont tout de même voté Macron, parce que vous aviez lu dans le Figaro, que ''Marine est une dame très méchante'' ? Et maintenant, vous vous passionnez pour Wauquiez ?

  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 08:49 - Signaler un abus En pratique

    En pratique, il y a deux moyens efficaces pour stopper l'immigration : financer les états qui bordent les rivages sud de la Méditerranée. Et créer les conditions pour que ceux qui parviennent à arriver chez nous, aient la certitude qu'ils ne trouveront aucune aide : ni travail, ni logement, ni aide sociale. Ils cesseront alors rapidement de tenter l'aventure...

  • Par Mario - 12/01/2018 - 09:31 - Signaler un abus Tant que la gauche bobo et

    Tant que la gauche bobo et extrémiste dirigera le bal des idées, on ne peut pas s'en sortir. Regardez, Hidalgo et son expo sur le che, aucune réaction a droite.....

  • Par Citoyen-libre - 12/01/2018 - 10:05 - Signaler un abus Et ça continue : 2018, année pipo

    Si le gouvernement voulait vraiment s'attaquer à l'immigration de masse, il mettrait fin au regroupement familial, qui génère mécaniquement une immigration sans fin et illimitée. La dernière subtilité de ces gouvernements sans courage, ni ambition, c'est de pondre des lois, qui semblent prendre en compte l'exaspération d'une grande majorité de français, et au final, se la faire retoquer sciemment par le Conseil d'Etat à la méthode Hollandaise. Un journal Suisse titrait dernièrement que 2 suisse sur 3 étaient satisfait de leur finances personnelles. En France, on nous montre un président de la république entouré de barbelés. Depuis 1940, nous avons une même presse et les mêmes intellos, hypocrites et cyniques. Peu importe l'état d'esprit de cette France profonde qui bosse et souhaite protéger la famille. De petites associations gavées par le contribuable, sont mises en avant. L'éthique journalistique devrait apprendre le mot : circonspection. Pour info, les banques ont toutes créé des secteurs spécialisés pour s'occuper des associations, tellement la masse de fric est importante.La réalité du monde associatif est un vrai sujet à traiter : trésorerie, salaires, gabegie des aides..,

  • Par wwmat - 12/01/2018 - 10:17 - Signaler un abus Fermeté MDR

    Tout le monde sait qu'en matière d'immigration, le ventre mou de l'Europe est la France. On accepte n'importe qui, on ne reconduit pas aux frontières, on donne au migrant plus de droit qu'aux français qui ont cotisé toute leur vie, même en matière de soin notre république en fait plus pour les étrangers que pour ses enfants et malheureusement ce n'est pas près de changer

  • Par vangog - 12/01/2018 - 10:42 - Signaler un abus Le juge des libertés =juge de la clandestinité!

    A quoi bon pondre une nouvelle nouvelle loi très légèrement plus stricte (on ne rigole pas!...), si ses opposants sont les fonctionnaires du ministère de la justice (sic), chargés de la faire appliquer?...J’en reviens à la mère de toutes les réformes: tant que vous ne virerez pas les neo-trotskystes immigrationnistes qui ont infiltrés la justice, l'éducation nationale (re-sic), et d’autres...vous ne parviendrez pas à faire appliquer les lois du peuple (Ooooooh, populiste!), ni à insuffler un vent de liberté dans la tête des enfants...

  • Par Ganesha - 12/01/2018 - 12:38 - Signaler un abus On n'est pas sorti de l'auberge !

    Comme d'habitude, vous commentez un article que vous n'avez pas lu ! Mais, jusqu'à un certain point, je peux vous comprendre ! Consacrer quatre pages aux modalités d'expulsion, avec une seule phrase significative (page 2) : ''Nous sommes passés de 13.908 retours forcés en 2009 à 12.961 en 2016... Une situation concernant l'immigration qui est devenue folle, explosive, incontrôlable en l'état.'', sans nous détailler combien d'haïtiens, d'afghans et de syriens ont effectivement été placés dans un avion en 2017, et renvoyés chez eux, ce n'est pas très sérieux ! Ceci dit, quand on lit vos propositions : interdire une expo sur le Che, et diminuer les subventions aux associations gauchistes, je me dis : ''On n'est pas sorti de l'auberge'' ! Lisez-donc mon texte de 8h49 et adhérez au Front National !

  • Par ombelline - 12/01/2018 - 14:35 - Signaler un abus Encore une loi

    Qui ne servira pas à grand chose, à part faire de la com. pour montrer que le gouvernement Macron s'attaque enfin aux migrants économiques. On en reparlera à la fin de son quinquennat dans 5 ans et permettez moi d'être très pessimiste.

  • Par ajm - 12/01/2018 - 22:16 - Signaler un abus Remède pire que la maladie.

    En résumant, les dispositions de la nouvelle loi sur le traitement de l'immigration qui sont favorables et poussent à l'immigration ( par exemple la durée étendue des cartes de séjour , l'extension des droits de séjour aux familles des immigrants mineurs ou soi-disant mineurs..) ont toutes les chances d'être effectivement appliquées alors que les mesures restrictives ne seront pas, elles, appliquées, soit pour des raisons pratiques et matérielles , soit pour des raisons juridiques ( obstruction des magistrats ). Conclusion, il faut mieux laisset les choses en l'état.

  • Par vangog - 13/01/2018 - 07:59 - Signaler un abus Les lois Macron servent à enfumer les petites filles immatures

    et ça ne « marche » pas que sur les petites filles...rendez-vous lors des vrais résultats! (Pas ceux fantasmés par les médias à la botte du minet-à-Cougars)

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Maurice Lachaize

Maurice Lachaize est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire.

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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