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Le projet d’Emmanuel Macron est il annonciateur d’une réelle “révolution” ou du simple réformisme habituel à la française ?

Emmanuel Macron commence a dévoiler son projet dans le cadre de l'élection présidentielle. ce dernier se disant presque révolutionnaire. Cependant, la plupart des mesures restent relativement réformistes.

Grand soir ?

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Le projet d’Emmanuel Macron est il annonciateur d’une réelle “révolution” ou du simple réformisme habituel à la française ?

Atlantico : Ce jeudi 2 mars, Emmanuel Macron présentait son projet présidentiel, dont la philosophie se veut être celle de la révolution, plutôt que le "réformisme". Au regard des propositions formulées par la candidat d'En Marche !, quelles sont celles qui peuvent réellement se revendiquer du thème de "révolution", et celles qui semblent être plus proches de la notion de "réformisme" ?

1- L’universalité des systèmes de retraite et de chômage

Jean-Charles Simon : Le principe de régime universel, pour la retraite comme pour le chômage, me paraît une évolution très pertinente et, indiscutablement, vraiment novatrice dans le paysage français.

Mais à condition d’être précis et d’en tirer toutes les conséquences. Or, pour l’instant, le programme d’Emmanuel Macron me paraît très elliptique ou lacunaire, quand il n’est pas carrément contradictoire.

Ainsi, l’universalité de la couverture chômage, qui ne serait donc plus l’assurance d’un aléa comme c’est le cas aujourd’hui pour les seuls salariés du privé (et à condition qu’ils n’aient pas démissionné), ne peut véritablement se concevoir que sous la forme d’une prestation de solidarité forfaitaire pour tous ceux qui sont privés de revenus d’activité. Sans quoi, en conservant les paramètres d’indemnisation actuels, la facture globale exploserait, et notamment les cotisations sociales de ceux qui sont aujourd’hui hors du régime. D’autant que le même candidat prévoit de faire 10 milliards d’économies sur l’assurance chômage. C’est tout simplement impossible si on ne revoit pas drastiquement à la baisse l’indemnisation moyenne, quitte à préserver le niveau minimal d’allocation. Et il est notamment illusoire d’espérer des économies substantielles uniquement en durcissant le dispositif de sanction en cas d’offres refusées : la plupart des demandeurs d’emploi n’en ont aucune, hélas !

En matière de retraite, là aussi, l’universalité suppose des règles claires. Et surtout, de bien préciser le champ de la couverture obligatoire. Car celle-ci est aujourd’hui beaucoup plus étendue pour les salariés du secteur privé, qui contribuent lourdement aux régimes complémentaires obligatoires Agirc-Arrco, en plus du régime de base. Deux systèmes totalement différents et qui rendent complexes la compréhension des droits. Le programme d’Emmanuel Macron prévoit de laisser en l’état ces différences majeures. Une grande réforme structurelle devrait envisager de passer d’une logique d’annuités, comme c’est le cas pour la Cnav, à un système global et unique en points, en vigueur pour l’Agirc-Arrco, mais en l’allégeant fortement pour les salariés. Ce qui permettrait de réduire considérablement le coût du travail et/ou d’améliorer les salaires nets. Et ce serait le meilleur moyen pour s’assurer de l’équité du système entre tous les Français et pour le piloter de manière souple, sans règle couperet.

Erwan Le NoanRéformisme élevé. La proposition d’Emmanuel Macron introduit de réelles nouveautés, comme un système par point et à « cotisation définie » (et non à « prestation définie ») et l’unification des différents régimes. Elle évite toutefois de parler du report de l’âge de la retraite et prétend maintenir le niveau des cotisations, ce qui est douteux à terme. Ce n’est toutefois pas une révolution, mais clairement une mesure d’inspiration sociale-démocrate visant à étendre la protection sociale par l’Etat-Providence. 

2- La baisse de l’impôt sur les sociétés et la transformation de l’ISF

Jean-Charles Simon : Le programme Macron reprend sur l’IS le mouvement engagé et même pour une large partie déjà voté par l’actuel gouvernement. Passer le taux normal à 25%, c’est bien, mais franchement, l’enjeu principal pour les entreprises en matière de prélèvements obligatoires porte bien davantage sur ce qui frappe les facteurs de production, et non les bénéfices. C’est pour les premiers que la France se distingue : cotisations sociales patronales, notamment sur le travail qualifié, CVAE et autres impôts de production, voilà les vrais boulets qui freinent la compétitivité des entreprises en France.

S’agissant de l’ISF, cet impôt est un tel repoussoir en termes d’attractivité, et son recouvrement si complexe et coûteux que sa suppression pure et simple serait sûrement bienvenue. Mais s’il est considéré qu’un tel geste serait trop favorable aux plus riches, alors en effet, n’imposer plus que l’immobilier peut faire sens. D’ailleurs, dans beaucoup de pays étrangers, en particulier dans de très grandes villes comme Londres et New York, l’imposition foncière est beaucoup plus élevée que la taxe foncière française, et correspond à un niveau similaire à celui de l’ISF français sur ces biens. Dès lors, plutôt qu’un ISF maintenu mais réduit à l’immobilier, une « super foncière » sur les biens immobiliers de valeur élevée pourrait être confiée dans un cadre précis à la discrétion des communes, en remplacement de dotations de l’Etat.

Erwan Le Noan : Réformisme mou. Sur l’IS, c’est la poursuite d’un mouvement engagé par Manuel Valls, qui fait totalement consensus dans les partis de gouvernement. Sur l’ISF, c’est de la timidité – si ce n’est pire, un manque de courage politique. Emmanuel Macron fait comme tous ses prédécesseurs : il continue de vider l’ISF de son contenu en croyant plaire à sa droite, tout en se félicitant de ne pas l’avoir supprimer pour duper sa gauche.

3- L’introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections législatives

Jean-Charles Simon : On est là dans une mesure d’abord politicienne, destinée à s’assurer de soutiens de mouvements politiques qui ont toujours plaidé en ce sens, comme les centristes ou les écologistes. On peut imaginer que les ralliements de Bayrou ou de Rugy, par exemple, supposaient cette mesure.

De fait, une dose de proportionnelle limitée qui n’empêcherait pas l’émergence d’une majorité claire est difficilement récusable. Sauf à vouloir à tout prix empêcher la représentation du Front national... La démocratie est clairement plus forte si elle assure que l’expression de tous les suffrages est bien prise en compte au Parlement, tout en préservant le fait majoritaire.

Erwan Le Noan : Réformisme banal. C’est une mesure ultra-classique, qui est présente dans le débat public depuis des lustres. Si elle est mise en œuvre, alors qu’Emmanuel Macron semble vouloir par ailleurs accroître la présidentialisation du régime et qu’il aura probablement une majorité fragile, c’est un nouveau mauvais coup porté à nos institutions.

4- Volonté de confier aux citoyens des moyens de contrôle sur l'activité parlementaire

Jean-Charles Simon : En l’état du programme, les propositions sont floues et évoquent des gadgets : « jury citoyens », « comptes-rendus de mandats sur les réseaux sociaux »… Il faudrait mieux s’assurer que les parlementaires se dédient exclusivement à leur mandat, avec donc un non-cumul absolu de mandats simultanés, et une obligation d’assiduité en séance et en commission. Par ailleurs, l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) ne devrait pouvoir être consommée que sur justificatifs d’activités en relation directe avec le mandat, et régulièrement audités par des tiers indépendants. A ce sujet, il est assez surprenant que Macron propose la fiscalisation de l’IRFM et son intégration à l’indemnité parlementaire, entérinant donc le fait que des parlementaires l’utilisent aujourd’hui illicitement comme un complément de revenu…

Erwan Le Noan : Esbrouffe. Ce n’est même pas du réformisme, encore moins de la révolution, c’est du mauvais marketing. La proposition exacte est que le Président demandera aux parlementaires de « mettre en place des dispositifs innovants d’évaluation du travail parlementaire (jurys citoyens, compte-rendus de mandat via les réseaux sociaux…) ». On comprend donc qu’ils pourront refuser. On comprend aussi qu’il sera proposé de tweeter ou de rendre des comptes sur des blogs. Ce n’est évidemment pas mal, mais c’est sans intérêt.

5- La création de postes d’enseignants (entre 4000 et 5000) et "interdiction du portable dans toute l’enceinte des établissement"

Jean-Charles Simon : Répondre aux difficultés de l’école par plus de postes n’a pour le coup rien d’original. C’est même un grand classique. De fait, il y a beaucoup plus d’enseignants rapporté au nombre d’élèves qu’il y a quelques décennies dans le primaire et le secondaire. On peut donc douter que ce soit la solution. Revoir de fond en comble l’organisation de l’école, les horaires et le nombre des disciplines, le temps de travail mais aussi la rémunération des enseignants serait beaucoup plus ambitieux et pertinent que d’accroître sans cesse les effectifs.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 03/03/2017 - 10:39 - Signaler un abus 5000 enseignants en plus....

    ...????...une blague j'espère. Il vaut mieux donner la possibilité aux Français modestes de mettre leur gamins dans le privé, car à l'inverse des bobos de centre métropoles ils n'ont pas acces aux grands lycées de l'EN. (Ceux dont vient notre "élite")

  • Par vangog - 03/03/2017 - 10:49 - Signaler un abus Ne vous posez plus de questions sur le passé Macron-Minc-Attali!

    choisissez l'avenir Marine Le Pen, plus clair, plus franc, sans copinages ni corruption Macron: UNE RÉPONSE PÉNALE FERME ET RAPIDE 17 Appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire par l’abrogation des lois pénales laxistes (comme la loi Taubira), le rétablissement des peines planchers et la suppression des remises de peine automatiques. 18 Lutter contre la délinquance des mineurs en responsabilisant les parents par la suppression du versement des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes en cas de carence éducative manifeste. 19 Instaurer une peine de prison de perpétuité réelle incompressible pour les crimes les plus graves. 20 Créer 40 000 places supplémentaires de prison en 5 ans. 21 Rétablir l’expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers Mettre en place des accords bilatéraux permettant que les étrangers condamnés purgent leur peine dans leur pays d’origine.

  • Par g16 - 03/03/2017 - 11:18 - Signaler un abus Macron

    C'est un homme trop bien, mais qui ne représente pas l'idéal des gens de droite. Il va bien aux fans de Hollande et Bayrou. C'est pour cela que l'UDI qui ne sait jamais ou se positionner, est en train de filer.

  • Par totor101 - 03/03/2017 - 11:34 - Signaler un abus Marketing !

    C'est un programme marketing ! On augmente des dépenses et on diminue les entrées ! une belle arnaque su style "mon ennemi c'est la finance"

  • Par BLOND - 03/03/2017 - 11:46 - Signaler un abus Mais qui va se décider à parler de choses qui fâchent ?

    En effet, pourquoi Mr Macron ne nous parle-t-il pas de la dette abyssale de la France ? Envisage-t-il un seul instant de prévoir de commencer à rembourser ? Imaginons-nous dans une telle situation : aller parler à notre banquier de la pluie et du beau temps et éviter de lui présenter un plan de remboursement. Je pense qu'il nous rirait au nez et nous ramènerait durement à la réalité. J'ai vraiment l'impression que Mr Macron se contente de nous parler de la pluie et du beau temps....

  • Par MMG - 03/03/2017 - 12:11 - Signaler un abus L'imposture Macron

    Macron a fait sonder le pays dans tous les domaines, avec l'aide des médias et des réseaux d'état, Il a centralisé les demandes pour présenter aux Français ce qu'ils veulent entendre, et non pas pour réaliser leurs voeux. Il veut se faire élire, c'est tout. Après il fera ce qu'il veut comme Hollande l'a fait pour le plus grand bonheur de tous et toutes...

  • Par habert - 03/03/2017 - 12:11 - Signaler un abus Macron

    Grosse tarte à la crème, digne du programme du maire d'un bourg de 2 500 habitants... Quant à la France ... Ah, mais j'oubliais, elle n'existe pas, elle n'a pas de culture, elle a commis des crimes contre l'humanité (comme en 1793 en Vendée...)

  • Par jc0206 - 03/03/2017 - 12:21 - Signaler un abus Réformisme habituel évidemment !!!

    C'est à dire : Rien ! Bayrou, Attali, Minc, Cohn-Bendit, Collomb, Lepage, Caresche, Aghion, Cohen, Pisani-Ferry ...... et le banquier Bergé, en fait tous les soutiens à Hollande. Comment voulez vous qu'il réforme avec cette bande d'olibrius ? Macron se fera vampiriser par ces suceurs de roues de la politique, espèce médiocre qui se déplace en bande organisée derrière celui qui leur est indispensable : le gourou.

  • Par Anguerrand - 03/03/2017 - 15:20 - Signaler un abus A Vangog , MLP sans corruptions ?

    MLP sans corruptions, ça c'est nouveau, ce n'est pas elle et Le FN qui ont détourné des fonds au profit du FN et de son compagnon de l'UE et avec son Parti " Jeanne" ? SVP retirez vos œillères, Le FN a fait comme les autres partis. Si vous avez écouté Fillon dimanche, non seulement son programme est plus net, plus à droite que celui de Philippot et MLP , et Il n'a pas annoncé comme MLP que l'islam est compatible avec la république et donc les français et l'Economie de gauche ?

  • Par raslacoiffe - 03/03/2017 - 16:13 - Signaler un abus Macron réformateur??? on rit.

    Le Figaro a

  • Par raslacoiffe - 03/03/2017 - 16:14 - Signaler un abus la suite

    a qualifié son programme de "bolchévique" avec les nationalisations et la mise de l'état partout. Mais bordel qu'avons nous fait nous les Français pour qu'Hollande nous impose par ruse ce minet rose.

  • Par del1968 - 03/03/2017 - 18:40 - Signaler un abus Parlementaires

    Contrôler la réalité du travail des parlementaires, assiduité aux séances, limitation du nombre de commissions, contrôle de la réalité du travail de leurs collaborateurs ... oui ! Bien sûr on ne peut qu'être d'accord. Mais, il faut que les règles du jeu soient claires. Une enveloppe de fonctionnement ce n'est pas choquant, ce n'est rien d'autre qu'un budget ... A contrôler bien sûr pour s'assurer que son utilisation correspond à sa destination. Quant au travail avec des conjoints ou des membres de sa famille, c'est le cas de nombre de français qui sont artisans ou dirigent des TPE ou PME ... voir de grands groupes. A quel titre interdire à nos parlementaires ce qui est monnaie courante pour le reste de leurs concitoyens et administrés. Ne vaut-il pas mieux, définir des règles claires et des moyens de contrôles simples, effectifs et pas trop coûteux ? Et s'assurer qu'ils sont utilisés ?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 03/03/2017 - 20:02 - Signaler un abus Oui simple réformisme...

    |mais qui aura l'avantage de faire péter les partis traditionnels sans pour autant se taper la Marine !

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 03/03/2017 - 20:05 - Signaler un abus Je ne voulais pas dire que

    Je ne voulais pas dire que lui se la taperait, Mais, nous si on pouvait éviter ce serait bien.

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

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