Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 15 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les progrès de l'empire du moralisme

Atlantico a demandé à ses contributeurs leur vision de l’année où la France a vécu de nombreuses surprises et rebondissements et est entrée dans l’ère Macron. Avec le scandale Fillon, et le mouvement #balancetonporc, Eric Deschavanne rassemble ces grands moments de l'année achevée sous la bannière de l'avènement irrésistible d'un moralisme étriqué.

2017, l’odyssée de la fin du monde d’avant

Publié le

La campagne #BalanceTonPorc et le relais dont elle a bénéficié dans les grands médias est emblématique de la manière dont s’imposent désormais l’ordre moral et l’idéologie dominante, via le système médiatique, au sein duquel les réseaux sociaux jouent le rôle moteur. Le nouvel ordre moral est parfaitement libéral et démocratique : il serait absurde de dénoncer une manipulation de l’opinion par quelque pouvoir ou institution. Si manipulation il y a, il s’agit d’une manipulation de l’opinion par elle-même.

Ce qui est énigmatique dans le phénomène de l’idéologie dominante, c’est qu’elle impose à tous sans contrainte ce que personne, ou presque, ne veut. De même que personne ne souhaitait pour l’élection présidentielle le sabotage du débat électoral auquel tout le monde a pourtant contribué, peu nombreux sont ceux qui approuvent réellement le sexisme anti-mâles qui anime le néo-féminisme ou la vision des relations entre hommes et femmes qu’il promeut. Lorsque le Président Macron propose une minute de silence pour les 123 femmes tués par leur conjoint en 2016 en « oubliant » les 34 hommes tués par leur conjointe, cela ne provoque quasiment aucune réaction ; ce n’est pas que l’opinion soit devenue sexiste ; dans cette absence de réaction, il faut simplement déceler la présence mystérieuse d’une idéologie dominante qui rend aveugle et sourd. Bien entendu la vague du néo-féminisme peut être expliquée à partir d’une mise en perspective historique. Encore faut-il bien voir que l’élément qui lui permet de se diffuser massivement est aujourd’hui ce moralisme médiatique qui fait fi du droit (comme dans l’affaire de la grâce de Jacqueline Sauvage), de l’information sérieuse et de la complexité du réel. 

Si je rapproche ces deux « événements » de l’année, ce n’est évidemment pas dans le but de réhabiliter moralement le détournement d’argent public ou les agressions sexuelles, ni non plus pour dénoncer la tyrannie de la vertu (il est toujours un peu vain et ridicule de s’indigner contre l’indignation), mais afin d’attirer l’attention sur ce qui me semble constituer la relative nouveauté d’un phénomène – le populisme médiatique – destiné, c’est à craindre, à prendre de l’importance dans  les années à venir. Si la culture de l’indignation et la tyrannie du Bien qu’imposent les médias (réseaux sociaux compris) sont « populistes », ce n’est pas au sens de la simple démagogie (ou tyrannie de la majorité), ni en tant qu’elles contribueraient à mettre en scène l’opposition du peuple et des élites, mais parce qu’elles favorisent un nivellement de l’information, de la culture, de la vie intellectuelle et du débat politiques, désormais placés sous l’empire de la morale. 

Le culte de la morale, en effet, est niveleur par essence. Comprendre le droit suppose une connaissance des lois, de la jurisprudence et des procédures ; les grands sujets politiques (économie et politique internationales) ne peuvent être évoqués sérieusement sans expertise. Pour se faire une opinion et pouvoir émettre un jugement pertinent dans ces domaines, il faut se cultiver et produire un effort conséquent d’information. Cela ne se fait pas sans peine et demande du temps. Le jugement moral, en revanche, ne repose que sur l’idée que l’on se fait du Bien et du Mal : il est à la portée de tous dès le plus jeune âge et peut être immédiat, quel que soit le niveau d’information dont on dispose. Emettre un jugement moral sur toutes choses et n’importe qui ne demande aucune connaissance particulière. La certitude d’être dans le camp du Bien justifie toujours à ses propres yeux le ton péremptoire, l’usage du langage le plus fruste, voire le plus ordurier, pour exprimer son indignation ; elle justifie l’absence de respect pour les personnes, les grandeurs établies et les institutions dès lors qu’on dispose d’un argument pour les identifier comme des figures du Mal à combattre et à abattre.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Le gorille - 01/01/2018 - 10:38 - Signaler un abus Ben mon cochon !

    Atlantico... il existe des correcteurs orthographiques... S'ils ne sont pas fiables à 100%, ils auraient plu enlever une bonne majorité de fautes, que j'ai renoncé à décompter... Y a des progrès à faire !

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 12:55 - Signaler un abus Oui Le Gorille

    mais.... c'est peine perdue!!! cela a été dit 107 000 fois et Ferjou s'en tamponne! La qualité de l'instrument mis à disposition des lecteurs tient de la cabane au fond du jardin bien connue de Lalanne! A Causeur , où les contributeurs sont, à l'exception de Levy, nuls à chier, il y a un instrument où on peut...aller à la ligne , et mettre des photos! Ici, même un chien bouderait la gamelle! D'ailleurs il y a un mystère : le nombre d'intervenants sur les forums ne doit guère excéder la centaine en cumulé!!! Cela signifie-t-il que le nombre de lecteurs n'est pas si important ou alors que les lecteurs n'ont pas envie d'écrire sur une table de cuisine encombrée ?

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 13:39 - Signaler un abus Bon

    L'auteur a tout à fait raison et il n' y a rien à ajouter...si ce n'est que la première chose est de balayer ses propres écuries! si on prend ce modeste espace habité par les descendants et descendantes des Tricoteuses de la Révolution ( celles qui braillaient "à mort" ) en faisant de la couture aux pieds de la guillotine, combien n'étaient pas ravis à l'idée de pouvoir s'offrir qui un filet mignon, qui un pâté de tête ? Pour ne prendre que l'exemple de Kassovitz, que n'a -t-on lu , entre Lasenorita de mes fesses qui voulait l'envoyer en Hongrie et d'autres qui hurlaient à l'honneur perdu de la police!!! Comme si parce que la police était une cible des barbus, 24 flics mobilisés pour récupérer une barrette de shit, c'était digne des exploits de Bayard...alors oui....j'ai peur que ces gens là ne s'améliorent guère en 2018!

  • Par Deudeuche - 01/01/2018 - 15:17 - Signaler un abus @kelenborn

    Petite famille cet Atlantico! Sinon les tricoteuses faisaient du tricot (clic clic les aiguilles) et pas de la couture (fil et aiguille, point de croix). J’ai dit ça j’ai rien dit, bonne année.

  • Par kelenborn - 01/01/2018 - 16:23 - Signaler un abus oh oh deudeuche

    je vois que zêtes un spécialiste!!! Alors sans plus tarder, avis à la cantonade! si vous avez perdu un bouton de braguette, si vous avez besoin d'un cache-col pour emmitoufler biquette! une seule adresse Dedeuche !!! Au fait , j'ai écrit cela simplement parce que je ne suis pas certain qu'elles tricotaient à chaque fois! Fallait bien aussi qu'elles recousent le fond des frocs de leur Jules , à moins qu'il n'ait été vraiment sans culotte!

  • Par Deudeuche - 01/01/2018 - 17:55 - Signaler un abus @kelenborn

    Sujet révolutionnaire !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€