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Un scandale à 639 000 milliards de dollars ? Ces nouvelles règles américaines pour la sécurité financière que les banques ont prévu de contourner

Pour éviter un nouveau "Lehman Brothers", les Etats-Unis vont appliquer de nouvelles lois de surveillance des marchés. Loin de protéger l'économie, elles laissent perdurer les dérivés hors marchés dans des montants inégalés, à hauteur de 639 000 milliards de dollars. Leur seule priorité : s'assurer que la première faillite ne sera pas américaine ....

All in !

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L'enfant normal, lorsqu'il est pris la main dans le pot de confiture, a tendance à rougir et à baisser le regard. Mais le futur bankster a une réaction toute différente. Il plaide : "c'était pas moi, c'était ma main".

Arrivés à l'âge adulte, ces individus finissent par diriger des sociétés comme Enron. Comme il faut que ce type d'entreprises déclare des bénéfices chaque trimestre, quoi qu'il arrive, Enron avait créé 3 000 sociétés offshore dans lesquelles elle cachait ses cadavres.

Quand la SEC, gendarme boursier, s'étonna de tels montages, la réponse fusa : "c'est pas moi, c'est ma main". Autrement dit : "c'est pas Enron, ce sont les coquilles qui nous appartiennent qui sont en faillite".

En théorie, vous et moi pourrions faire de même.

Nous allons à la banque, obtenons un prêt, puis séparons la dette et l'argent. Les billets vont dans notre "bonne banque", les dettes dans notre "mauvaise banque". La seule différence, c'est que si vous et moi tentions le coup, nous finirions en prison.

Le marché OTC, la prochaine menace

Depuis plus d'un an, j'attire l'attention des investisseurs sur les dérivés hors marché (over the counter ou OTC en anglais), qui pèsent environ 639 000 milliards de dollars aux dernières nouvelles, selon la Banque des règlements internationaux. Ce montant représente un peu plus de quatre fois la valeur financière de tout ce qui se trouve sur notre planète.

J'insiste sur le fait qu'il s'agit du chiffre représentant seulement les contrats hors marché, ce qui signifie qu'il n'y a aucune obligation pour qui que ce soit de constituer des réserves liées à de tels contrats.

Je m'explique : imaginons que vous et moi faisons un pari. Par exemple vous dites que le premier enfant de la duchesse de Cambridge sera une fille, moi je dis qu'il s'agira d'un garçon ou vice versa.

Dans un marché régulé, si nous parions cent euros, un huissier vérifiera que chacun d'entre nous possède bien la somme misée ; peut-être même qu'il demandera à ce que la somme soit bloquée sur un compte jusqu'au dénouement de l'affaire.

Dans un marché OTC, vous et moi pouvons parier des centaines de milliers de milliards même si nous ne possédons pas un kopeck, puisque personne ne vérifie. Je peux assurer ma maison contre les incendies auprès de votre compagnie d'assurance OTC. Dans mon esprit, j'ai fait ce que doit faire bon père de famille ; dans la réalité, si ma maison brûle, votre assurance fera faillite et ne me paiera pas un sou.

Voici maintenant que la très sérieuse agence Reuters nous informe que des banques comme Morgan Stanley et Goldman Sachs, toutes deux championnes du dérivé OTC, prennent désormais les paris hors des Etats-Unis.

La nouvelle théorie des dominos

Des nouvelles lois américaines entrent en vigueur dès le 1er janvier prochain, qui ont pour but d'éviter les catastrophes financières comme celle qui a tué Lehman Brothers en 2008.

En d'autres termes, il sera désormais interdit de faire tomber le domino américain en premier. Du coup, les banksters ont décidé de faire tomber le premier domino ailleurs à l'avenir.

Résultat : la réaction en chaîne aura bien lieu, mais on ne pourra plus accuser les Américains (analogie : l'enfant). Il faudra se rabattre sur les filiales des banques américaines à l'étranger (analogie : la main).

Gareth Old, un avocat du cabinet Clifford Chance de New York le confirme : la nouvelle loi considère que la filiale d'une banque américaine à l'étranger est une entité séparée de son propriétaire.

Nous en sommes donc arrivés au stade où, du point de vue légal pour les Américains, l'enfant et sa main sont deux entités séparées. Quoi de plus pratique pour qu'à l'avenir l'enfant puisse, à chaque méfait, accuser le membre en question ?

Gary Gensler, patron de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC, chargée de réguler notamment les produits dérivés financiers) reconnaît que c'est ce même montage qui a tué Lehman Brothers et Bear Stearns, ainsi que mis à genoux AIG et Citigroup il y a quatre ans.

 
Commentaires

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  • Par ccompagnon - 14/12/2012 - 09:08 - Signaler un abus Bon...

    c'est le moment de stocker l'eau, la farine, le sucre, l'huile...

  • Par ElmoDiScipio - 14/12/2012 - 09:50 - Signaler un abus Encore un faux spécialiste

    rempli de bonnes grosses images d'Epinal sur un monde qu'il n'a même pas effleuré ne serait ce qu'un jour dans sa vie. 1) dans les volumes d'OTC il y a 1 acheteur pour 1 vendeur c'est le principe. 2) dans toute opération de marché, il faut du Collateral et personne ne deal sans apport financier. Ces collateraux sont en général réglés quotidiennement entre banques et 1 fois par semaine avec les autres institutions financières. 3) la notion de hors marché ne veut strictement rien dire. C'est du charabia de charlatan 4) pas une seule entité au monde ne comptabilise pas les dérivés (reforme IAS et IFRS qui ont 15 ans !!!). Et toutes sont dans l'obligation de doter en réserve les risques encourus selon les méthodes de l'équivalences crédit 5) une banque US qui ne traite pas aux US elle traite où ? En Europe, a Tokyo, Hong Kong ? Tiens il ne me semblait pas que ces 3 zones qui font la quasi totalité des OTC avaient des législations aussi cool pour laisser de vilains gangsters faire leurs petites affaires. J'aurais pu traiter l'auteur de cet "article" (dejection ?) d'escroc intellectuel, mais le niveau abyssal de sa betise ne mérite pas plus qu'une franche rigolade.

  • Par ElmoDiScipio - 14/12/2012 - 16:16 - Signaler un abus Seconde couche

    Lehman est morte du credit pas de ses dérivées OTC (dont la banque était relativement peu équipée d'ailleurs ... comme souvent les banques américaines). Lehman est morte comme toutes les banques qui ont preté (rachats de credits immobiliers) et n'ont pu continuer a se refinancer à cout inférieur ayant abusé de la destructuration de la courbe des taux (preter long, emprunter moyen terme) .... Donc meme l'entête d'article est une grosse contre vérité digne des meilleurs marronniers journalistiques de presse à sensations.. Un petit mea culpa de l'auteur ...ou du site ?

  • Par Rlilette - 14/12/2012 - 17:26 - Signaler un abus @ElmoDiScipio

    Sauf erreur de ma part, il me semble que les crédits titrisés qui ont eu raison de Lehman sont des produits dérivés OTC justement. En outre, si Lehman n'a pas pu se refinancer et a finalement fait faillite, c'est bien justement parce que ces dits crédits titrisés avaient été émis à tellement forte dose que les banques ne savaient même plus à quel niveau leur propre bilan était rempli de ces créances pourries, et encore moins à quel niveau était rempli le bilan de leur petit voisin. D'où le credit crunch qui a emporté Lehman avant que les pouvoirs publics n'interviennent. Bref, il me semble que c'est vous qui êtes intellectuellement malhonnête de ramener la faillite de Lehman à une histoire de déstructuration de courbe de taux.

  • Par titine - 14/12/2012 - 20:16 - Signaler un abus Evidemment...

    Leur objectif est de carboniser l'Europe. Et c'est ce qui se passe...

  • Par stach - 15/12/2012 - 10:29 - Signaler un abus @ ElmoDiScipio

    Votre analyse semble correcte néanmoins vous occulter complètement la scission juridique et comptable entre la mère et la filiale. Or, et malgré cette séparation la société mère conserve le pouvoir directionnel sur la filiale, lui permettant ainsi de faire circuler selon sont bon vouloir des capitaux et des dettes d'une société à l'autre. Cela change les choses non? Mais bon j'imagine que lorsque l'on est un "expert" financier comme vous la lois et ses effets n'a aucune importance!!!!

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Marc Mayor

Marc Mayor est un investisseur professionnel, fondateur d'Inside ALPHA. Il écrit régulièrement des rubriques pour l'hebdomadaire intitulé "Le Coin des Insiders" dans le quotidien financier suisse Agefi.

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