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Procès DSK : quand le choix des mots employés dresse un portrait sexuel de la France

La plupart des médias français jouent sur l’ambiguïté des mots dans leur retranscription du procès DSK. "Parties fines, actes sexuels tarifés", remplacent les mots crus des débats. Une spécificité de notre culture, attachée à l'art de l'amour, en opposition à un puritanisme américain qui n'hésita pas à évoquer les détails de la relation entre Clinton et Lewinsky, comme une douloureuse séance d'exorcisme collectif.

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Procès DSK : quand le choix des mots employés dresse un portrait sexuel de la France

Le procès du Carlton et l'intervention de DSK sont très révélateurs de la culture française en matière de sexualité.

Atlantico : Que nous apprend du rapport des Français au sexe et à la morale le traitement timide dans les termes mais intensif en terme de couverture médiatique ? Comment expliquer cet apparent paradoxe ?  

Christophe Coléra : Le traitement de l'affaire du Carlton est très topique parce qu'il met en scène un conflit entre deux tendances de la société française. D'une part l'héritage du libertinage qui pare de lettres de noblesse les "parties fines" et d'autre part le féminisme qui se charge de dénoncer la violence masculine concrète qui s'est exercée dans cette affaire (et dont les prostituées ont toujours été victimes dans le libertinage).

Il n'est pas étonnant que DSK dans ses interventions cherche sans cesse à trouver sa justification aristocratique dans l'invocation du XVIIème et du XVIIIème siècle (et ait même fait implicitement référence hier au très aristocratique "de minimis praetor non curat" pour expliquer qu'il n'était pas l'organisateur), tandis qu'un journal très sensible à la théorie du genre et aux revendications féministes comme Libération soit plus dans le registre de la "boucherie".

Plus on veut que dans la sexualité quelque chose de beau, de raffiné, de spirituel se joue, plus on refuse le vocabulaire de la boucherie. Et la volonté de préserver cette dignité aux pratiques peut aller jusqu'à s'appliquer à des situations de viols ou quasi-viols. Le même dilemme se pose aux commentateurs de Sade lorsque ceux-ci veulent trouver encore quelque chose de "raffiné" non seulement à son œuvre, mais aussi à sa vie, alors pourtant que son œuvre décrit des tortures, et qu'il a été accusé de crucifier des prostituées. Et cela se constate aussi dans les conversations de tous les jours. On n'appelle "un chat un chat" en matière de sexualité que lorsqu'on veut en rire ou la dénigrer. Beaucoup de gens ont le sentiment de s'abaisser eux-mêmes en employant un langage grivois, et la périphrase ou le silence pur et simple restent plus appréciés. Il n'y a que dans le registre judiciaire ou médical, lorsque la précision sur les faits est requise, que le vocabulaire peut être plus métaphorique.

Ces mots sont employés spécifiquement par des journalistes politiques. Qu'est-ce que cela nous apprend sur le rapport entre le sexe, la politique, et ceux qui sont chargés d'en parler ? Qu'est-ce qui se cache derrière cette pudibonderie des journalistes ?

Dans le champ politique, l'héritage du libertinage aristocratique se double d'une constante anthropologique : les pouvoirs centralisés favorisent une conception machiste du droit de cuissage au sommet de la pyramide, mais aussi aux échelons subalternes, par effet d'imitation du roi. La tradition patriarcale veut que les femmes soient un signe extérieur du pouvoir, à l'image des multiples conquêtes de Jupiter. Les pharaons, les potentats du Proche-Orient et d'Extrême-Orient ont tous eu des harems, et la cour de Louis XIV fonctionnait sur ce modèle, et la monarchie républicaine en a gardé quelques restes. Le livre "Sexus politicus" en 2006 avait un peu levé le voile sur ce sujet. Les tabous du vocabulaire journalistique sont une survivance de ce consensus machiste autour de la mise en équation de la centralisation des pouvoirs et de la multiplication des femmes. 

 
Commentaires

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  • Par Bretondesouche - 13/02/2015 - 08:55 - Signaler un abus Dsk

    N est finalement qu français moyen

  • Par mado83@free.fr - 13/02/2015 - 11:25 - Signaler un abus la sodomie

    elle est TOUJOURS imposée par l'homme car la femme qui s'y soumet n'épprouve aucun plaisir mais de la douleur et de l'humiliation.. on est très loin là, du plaisir de l'amour.C'est un rapport de force ni plus, ni mons.

  • Par dav4abe - 13/02/2015 - 11:41 - Signaler un abus Arréter avec votre morale a deux balles

    Il n'y avait rien ds le dossier, et pour avoir confondu morale et justice, les personnes en charge de l'instruction passeront pr des cons. Personnellement, j'estime qu'il devrait y avoir sanction, pr ns avoir fait perdre notre temps. C'est la même histoire que pr le mariage gay, on place la morale divine au dessus des lois, pathétique. @mado83, vs avez essayé pr être aussi catégorique ? J'ai des amies qui ne seraient pas du tt d'accord avec votre argumentaire et n'allez pas me dire que ce sont des femmes soumises, bien au contraire, généralement c'est elles qui mênent la danse.

  • Par Anguerrand - 13/02/2015 - 12:15 - Signaler un abus DSK français moyen ?

    Désolé mais c'est un salopard qui se dit socialiste, sans le moindre scrupule même envers les prostituées. De toute façon il sortira de cette affaire grâce aux meilleurs avocats, à son argent, aux franc maçons, et à ses origine. DSK est né innocent, innocent les mains pleines.

  • Par cloette - 13/02/2015 - 14:52 - Signaler un abus Je ne suis pas sûre

    qu'il en sorte totalement blanchi , il aura une punition légère et symbolique mais punition quand même .

  • Par cloette - 13/02/2015 - 14:57 - Signaler un abus Les juges

    Dans cette affaire ne se baseront que sur le point suivant ( savait-il qu'il s'agissait de P .? ). Ce sont les messages avec leurs mots précis qui détermineront si c'est le cas et non la morale

  • Par Anouman - 13/02/2015 - 19:07 - Signaler un abus Procès

    L'objet du procès est le proxénétisme aggravé et pas la sodomie ou les pratiques sexuelles de DSK. Et il faut dire que sur le point central du procès la presse n'a pas relaté grand chose. Peut-être aussi qu'il n'y a pas grand chose à dire.

  • Par Ganesha - 13/02/2015 - 19:59 - Signaler un abus Avantages en Nature

    Ce procès DSK est une farce grotesque qui déshonore le pouvoir judiciaire et la clique de politiciens qui agit en sous-main ! Ce porc n'était que consommateur, bénéficiaire : la loi qui voulait condamner les clients des prostituées n'a passé que le Parlement : osera-t-on la présenter un jour au Sénat ? DSK ne les choisissait pas lui-même et ce n'était même pas lui qui les payait ! Alors, le qualifier de proxénète ! Toute personne qui possède un ''pouvoir de décision'' dans quelque domaine que ce soit, se voit offrir des ''avantages en nature'' : j'ai bénéficié dans ma vie professionnelle de nombreux repas gratuits, de quelques menus cadeaux… et si on m'avait présenté une jolie demoiselle consentante, je lui aurais fait honneur !

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Christophe Colera

Christophe Colera est sociologue et anthropologue.

Il a écrit La nudité pratiques et significations, éditions du Cygnes 2008 et Les tubes des années 1980 (Cygnes, 2013)

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