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Procès Cahuzac : pourquoi François Hollande a forcément su très tôt ce qu’il en était

A l'occasion de la sortie de son livre "Dissimulations - La véritable affaire Cahuzac" (Fayard), Jean-Luc Barré revient sur ce "trésor de guerre" découvert sur un compte en Suisse et le fait que cet argent a bien pu financer la campagne présidentielle de Michel Rocard.

Dissimulations

Publié le - Mis à jour le 9 Février 2016
Procès Cahuzac : pourquoi François Hollande a forcément su très tôt ce qu’il en était

Atlantico : En 2012, Mediapart dévoile l'existence d'un compte approvisionné à hauteur de 600 000 euros que Jérôme Cahuzac détient en Suisse. Selon vous, ce "trésor de guerre" a servi à financer la campagne de Michel Rocard. Pouvez-vous expliquer cette théorie ?

Jean-Luc Barré : Tout d'abord, il est important d'expliquer que ces 600 000 euros découverts, représente la même somme déposée en 1992-1993. C'est assez troublant, comme si cette somme n'avait pas été utilisée. En outre, l'expression "trésor de guerre" ne vient pas de moi. Cette expression est celle de François Mitterrand concernant ce qui se préparait au cabinet de Claude Evin, c'est-à-dire la campagne électorale de Michel Rocard. En effet, comme au cabinet de Claude Evin on était en contact étroit avec des personnes susceptibles de financer la campagne dont des laboratoires pharmaceutiques, des doutes existaient.

Cette rumeur n'a jamais cessé de circuler.

A cette époque, Jérôme Cahuzac est au coeur de ce dispositif. Il travaille au cabinet de Evin. A cette époque, il est à la tête de son cabinet de conseil et est donc partie prenante des préparatifs de la campagne présidentielle de M. Rocard. Il accompagne le candidat notamment à la rencontre de magnats pharmaceutiques dont Pierre Fabre qui financait largement les partis politiques. Ainsi, au moment de l'ouverture de ce compte, il y a toute une série de visites avec Michel Rocard auprès de ces patrons. 

Le fait le plus troublant à partir de l'ouverture de ce compte jusqu'à sa découverte c'est le fait qu'il ne semble pas l'avoir utilisé. Pourtant, il s'achète une maison. Il fait des emprunts. C'est tout de même curieux d'avoir autant d'argent sur un compte et de ne pas s'en servir. Au terme de l'enquête, on sait que ce premier compte a été financé par les laboratoires. Ca forme un faisceau d'indices qui soutiennent cette thèse. En outre, un jour, lorsque j'ai entendu Rocard avoir des propos très durs envers Cahuzac, j'ai vu à quel point il se sentait lâché. Il a tout de même endossé la responsabilité de ce compte. Il est à noter que depuis la publication de ce livre, il n'y a d'ailleurs eu aucune réaction du côté des Rocardiens. 

Il a longtemps existé deux hypothèses sur la personne qui a dénoncé Jérôme Cahuzac. On a évoqué sa femme, Patricia, tout d'abord, mais aussi la piste militaro-industrielle, qu'en est-il ?

Je ne pense pas que ce soit la raison principale. Peut-être que le lobby militaro-industriel avait intérêt à ce que cet enregistrement soit rendu public, mais très concrètement, ce que l'on sait aujourd'hui, c'est qu'il y a deux autres facteurs qui ont davantage joué dans la chute de Cahuzac. Depuis 13 ans, une personne dans le Sud-Ouest, à savoir Michel Gonelle, ancien maire RPR de Villeneuve-sur-Lot et ennemi de l'ancien ministre des Finances, détenait une cassette sur laquelle on entendait Cahuzac parler de son compte en Suisse. Mais elle n'est pas sortie tout de suite sur la place publique. Il a fallu attendre longtemps. Il a fallu aussi que quelqu'un décide de s'en servir. Et cette personne c'est Patricia Cahuzac. Elle avait engagé une procédure de divorce et elle voulait absolument prouver que son mari avait des liaisons. Elle envoie alors des détectives dans la ville où se trouve cette cassette, à Villeneuve-sur-Lot et met en relation toutes les personnes qui souhaitent profiter d'une telle affaire. 

 
Commentaires

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  • Par Borgowrio - 08/02/2016 - 11:01 - Signaler un abus Une ténébreuse affaire

    Divorce , trésor de guerre ... trahison ...preuve conservée 13 ans ... 600 000 € pas dépensés . Cahuzac , bouc émissaire ? Ces révélations incroyables sont explosives .. UN , le nom de la maîtresse de J.C. ( protection de la vie privée) . DEUX , financement occulte ( De quoi ) . Un conflit conjugal à l'origine de la plus grande escroquerie depuis Staviski ?

  • Par vangog - 08/02/2016 - 13:47 - Signaler un abus "une manière de racheter quelque chose qui est en lui"...

    vous voulez-dire que lorsque les socialos s'opposent avec force trémolos à la dictature, le plus souvent fantasmée, c'est "une manière de racheter quelque chose qui est en eux"?...

  • Par Vincennes - 09/02/2016 - 17:46 - Signaler un abus Contrairement à ce que dit le PS, ce n'est pas la chronique d'un

    affaire personnelle mais d’une chronique COLLECTIVE car : Dès 2000, Mitteux était au courant et le fisc était informé car Gonel avait fait constater, par huissier, l’expertise de la K7. Mais en 2001, sous Mitteux, le fisc avait été empêché d’enquêter sur cette affaire Et en 2012, c’est Moscovici qui, de mèche, avait posé une mauvaise question aux banques suisses…..relayé par le JDD qui, via Moscovici, avait fait circuler que Cahuzac était blanchi etc etc alors comment expliquer qu' Hollande puisse ne pas être au courant ??? on nous enfume

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Jean-Luc Barré

Éditeur, écrivain et historien, Jean-Luc Barré est le directeur de la collection « Bouquins ». Collaborateur de Jacques Chirac pour la rédaction de ses Mémoires, il est l’auteur entre autres d’une magistrale biographie de François Mauriac en deux volumes parue chez Fayard en 2009 et 2011 et récemment rééditée en « Pluriel ». Il vient de publier "Dissimulations - La véritable affaire Cahuzac" aux éditions Fayard.

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