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Zone franche

Publié le 19 mai 2011

Prix unique du livre numérique, nouvelle ligne Maginot anti-lecture

Le prix unique du livre papier privilégiait déjà le libraire sur l’auteur et le lecteur. Avec le prix unique du livre numérique voté mardi au Parlement, c'est au tour de l'éditeur de faire la fête.

 
Des lecteurs dans une Fnac parisienne : "Voulez-vous immédiatement remettre ce livre sur son étagère et filer chez votre libraire de quartier !"

Des lecteurs dans une Fnac parisienne : "Voulez-vous immédiatement remettre ce livre sur son étagère et filer chez votre libraire de quartier !" Crédit Eric Gaillard / Reuters

J’ai toujours été hostile au « prix unique du livre ». D’abord parce qu’il s’agit d’un concept ridiculement antilibéral, au sens où il suggère que la concurrence entre commerçants est une mauvaise chose en soi, mais surtout parce qu’il n’aide pas le livre mais les libraires.

Justification du dispositif (la fameuse « loi Lang » de 1981) : un prix libre avantage les grands réseaux type (FNAC, Virgin, Leclerc…) mais handicape les indépendants (votre libraire de quartier).

C’est d’ailleurs difficile à contester. Le distributeur doté de nombreux magasins peut négocier un prix d’achat unitaire avantageux auprès des éditeurs, et ses coûts de mise en place sont plus faibles que ceux d’une petite boutique familiale. Il est donc en mesure de vendre moins cher, poussant ses concurrents les plus fragiles à la faillite...

Et alors ?

La préservation des libraires de quartier est-elle un enjeu supérieur à la promotion du livre et de la lecture ?

Plus de libraires mais moins de livres et moins de lecteurs

Indubitablement, l’élimination de la concurrence entre canaux a permis à la France de garder un maillage de petits établissements plus dense que dans les pays où le prix du livre est libre. Ainsi, on recense encore quelque 2 500 vrais libraires dans l’Hexagone contre un millier à peine en Grande-Bretagne, un pays à la démographie comparable mais ayant fait un sort à son « Net Book Agreement » dès 1995.

En contrepartie, elle a rendu le livre français plus cher, en a bridé la diffusion et, ultimement, freiné la lecture et la création. Car enfin, quel est l’intérêt de protéger artificiellement un réseau de petits libraires contre les mastodontes de la grande distribution si c’est au détriment du lecteur et de l’auteur ? Interdirait-on aux supermarchés de vendre leurs côtes d’agneau à un prix inférieur à celui des bouchers de centre-ville au risque de faire baisser la consommation de viande ?

OK, il y a certainement des gens à qui ça a traversé l'esprit...

En Grande-Bretagne, où un trio de grandes chaînes, d’ailleurs de très bonne qualité (Waterstone, Blackwell, WHSmith…), domine le marché, on publie trois fois plus de livres qu’en France (151 000 titres l'an dernier contre 65 000) et l'on en vend deux fois plus d’exemplaires (739 millions contre 465 millions) pour un chiffre d’affaires pourtant comparable (2,2 milliards de livres contre 2,7 milliards d’euros)…

Numérique : du PC à l'UMP, tous unis pour défendre
les cartels de producteurs

Au final, un pays où l’on publie plus, où l’on vend plus, où les gens lisent plus, où les livres sont moins chers et où, cerise sur le gâteau, les auteurs sont mieux rémunérés mais où l’on fait plutôt ses emplettes dans des succursales de chaînes (et de plus en plus sur Internet), est-ce vraiment l’enfer du point de vue culturel ?

Pour rester sur la Grande-Bretagne, tous les libraires indépendants n’y ont d’ailleurs pas disparu : ceux d’entre eux qui offraient une vraie valeur ajoutée (atmosphère, conseil, spécialisation…) continuent de prospérer malgré la concurrence des Goliath. Pour ne rien dire du marché du livre d’occasion, très dynamique chez les voisins du dessus.

Mais qu'importe ! Édifiés par l'extraordinaire succès de la loi Lang, nos parlementaires viennent d'en voter une nouvelle fixant un prix unique pour le livre numérique et son extension à l’ensemble de la planète (l’éditeur impose un prix aux diffuseurs où qu’ils se trouvent. C’est la « clause d'extra-territorialité », d’ailleurs totalement contraire au droit européen…).

Ajoutons que ce texte a été accueilli avec enthousiasme par l’ensemble des formations politiques, du PC à l’UMP, la mise en coupe réglée d’un marché par un cartel de producteurs suscitant fréquemment l'union sacrée sous nos latitudes.

Pour autant, cette préservation par la loi des marges des éditeurs risque de se révéler moins efficace que la précédente. Et si le prix imposé pour un livre numérique est jugé grotesque par les lecteurs, il sera piraté et diffusé gratuitement en peer-to-peer comme n'importe quel hit de Lady Gaga.

Ah j'y pense, où en est le débat sur la tarification du livre télépathique : il paraît que les premières applis iPhone sont prêtes ?

 
Commentaires

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  • Par drakkar - 19/05/2011 - 21:07 - Signaler un abus tout à fait d'accord !

    Le prix des livres en France est bien trop élevé. Un exemple : le dernier livre de S. Hawking « Y a-t-il un grand architecte dans l'univers ?” est vendu 21,75 € sur Amazon France et 15,93$ sur Amazon US soit 11,14€ au cours d’aujourd’hui !
    Nos chères élites doivent sans doute penser qu’un peuple instruit n’est pas forcément une bonne chose pour eux.

  • Par sheldon - 19/05/2011 - 19:44 - Signaler un abus Offrons un e-book à chaque élu

    Quand on en a un (un vrai, pas un iPad, lourd, fatiguant pour les yeux) on ne s'en sépare plus , toujours dans la poche.
    Ils n'ont pas encore compris que c'est un bon moyen pour les plus jeunes de trouver la lecture agréable.
    On nous refait de l'Hadopi. Il faut une TVA à 5,5 (- de papier pour les écolos !), des promos
    Que les "bobos" se rassurent leurs livres seront toujours sur papier

  • Par sheldon - 19/05/2011 - 19:33 - Signaler un abus Il nous faut des "élites" plus "geek" !

    Attention on devient un pays de + en + vieillissant. Le livre le dinosaure de l'économie soviétique en France. Ouvrez vos yeux : les librairies à Paris dans les quartiers "bobos" : autour de Gambetta il doit y en avoir 4 ou 5, Ailleurs les mastondontes, FNAC, Virgin, où les livres sont plus cher que sur internet. Tout ça c'est du Lang, BHL, Delanoë (gros avantages aux libraires pour s'installer)

  • Par Hugues Serraf - 19/05/2011 - 15:01 - Signaler un abus @ddlinotte

    "A priori", votre réaction confirme vos propres "a priori". Je suis au contraire favorable à une concurrence faisant baisser les prix du livre papier comme du livre numérique et c'est précisément ce qu'empêche une loi forçant les diffuseurs à vendre au tarif fixé par l'éditeur. Je ne comprends donc pas votre commentaire mais comme vous ne comprenez pas mon article, ça fait un partout.

  • Par ddlinotte - 19/05/2011 - 14:26 - Signaler un abus Faut aussi évoluer

    et vivre avec son temps. A priori vous trouvez normal de payer 18 € un livre numérique alors qu'il en coûte 20 en papier?
    Multiplier les livres numériques à petit prix permettrait justement de faire accéder des petits villages aux nouveautés et de faire connaître plus d'auteurs(moins cher, moins de risque).
    Mais bien sûr, ca vous dépasse, vous qui avez les moyens d'aller acheter chez le libraire

  • Par Hugues Serraf - 19/05/2011 - 11:30 - Signaler un abus @mcmarines

    Il y a certainement des moyens d'imposer aux grandes chaînes de ne pas ignorer les petits éditeurs (ce qui n'est d'ailleurs pas totalement le cas, ou alors c'est plus compliqué et ça mérite un autre article), mais le prix unique n'est manifestement pas la solution : ce que vous déplorez se produit dans le cadre de la loi Lang.

  • Par slavkov - 19/05/2011 - 11:18 - Signaler un abus fondamentaux ...

    ... rien au monde ne vaut un livre - un vraie, son odeur de papier, le bruit de la page tourné et cet atmosphère indescriptible dans les librairies, personnellement je m'en passe du numérique, sans regret ...

  • Par mcmarines - 19/05/2011 - 10:47 - Signaler un abus Les côtes d’agneau marketing

    La nouvelle loi est idiote, c'est un fait.
    Il n’empêche que cet article est également de mauvaise foi, en analysant pas l'impact sur la chaine de valeur. En gros quel impact sur les maisons d'éditions ? Allez demander à de petits éditeurs si ils ont la possibilité de bosser avec la Fnac ou les supermarchés...
    p.s: je confirme, ce système de commentaires est une plaie !!

  • Par Hugues Serraf - 19/05/2011 - 10:12 - Signaler un abus @RomainR

    Dans les pays sans prix unique, le prix des livres n'est pas différent dans les points de vente des chaînes en fonction de la taille de l'agglomération. Ok, il n'y a pas de Waterstone dans les petits villages anglais, mais les promos sont les mêmes à Londres et à Brighton. Il n'y a pas non plus de vrais libraires dans les petits villages français (ou rarement, mais comme en GB, alors...)

  • Par RomainR - 19/05/2011 - 10:02 - Signaler un abus Le prix unique du livre papier

    C'est dommage que tu n'analyses pas le véritable intérêt de l'uniformisation du prix unique du livre. C'est un intérêt de distribution des coûts logistiques. Sans cette loi les livres dans les petits villages seraient beaucoup plus chers que dans les grandes villes, ce qui serait dommageable pour les LECTEURS de ces petits villages.
    PS : j'ai jamais vu un système de commentaires aussi pourri…

  • Par Apicius - 19/05/2011 - 08:37 - Signaler un abus Loi imbécile ...

    Une de plus ... votée par des crétins vivant dans un monde qui n'existe que dans leur tête.
    Tant qu'on n'aura pas un renouvellement massif de la classe politique ce genre d'ânerie monstrueuse perdurera.
    Vite l'interdiction du cumul des mandats, la limitation à deux mandats consécutifs, l'incompatibilité fonctionnaire/élu ... !

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

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