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Prix littéraires :
plaidoyer pour des jurys tournants

La saison des prix littéraires touche à son terme. Libraire parisienne et fondatrice du Prix Wepler Fondation La Poste, Marie-Rose Guarniéri veut en finir avec la sclérose et les arrangements des prix traditionnels.

Oxygène

Publié le

Cet automne, l'idée de jury tournant paraît alimenter de vives polémiques... Je crains qu'elles ne soient suivies de peu d'effet en raison d'une constellation de privilèges ouvertement assumés auxquels beaucoup ne sont pas prêts de renoncer. Et on les comprend, d'une certaine façon. Mais combien d'auteurs, d'éditeurs sont ainsi délibérément et fatalement écartés de cette fabuleuse dynamique des rentrées littéraires, dont les prix sont un des enjeux importants. 

Et quelle pénalisation de notre vie intellectuelle. Et quel discrédit par rapport aux jurys de pays étrangers qui ont des pratiques tout autres et brillantes. Sur ce plan-là, nous sommes loin d'être l'exception culturelle.

Cette idée de jury tournant, minorée parce qu'elle dérange, ne se réduit pourtant pas à un jeu de chaises musicales comme dans ces vieux mariages de province.

Elle a une dimension esthétique, politique, éthique. Ayant créé dans un appel d'air le Prix Wepler Fondation la Poste, dont le fondement est un système de jury tournant, je peux témoigner, après quatorze ans, de sa valeur et de son excellent fonctionnement. L'engagement désintéressé de lecteurs et de professionnels qui n'envisagent pas une carrière de sociétaire des Lettres, et, miracle, acceptent de laisser leur siège au bout d'un an, garantit une fraîcheur, une liberté dans la prospection, une sincérité de jugement, et la surprise du résultat.

Le renouvellement du jury, favorise d'années en années, un principe évident de liberté et de diversité du goût, et permet d'échapper à la sclérose du groupe, qui, sur la durée, comme dans les vieilles familles, finit par attribuer à chacun un rôle. En remettant la littérature au centre du débat, ce sont de nouveaux livres qui s’imposent, de nouveaux éditeurs, et non pas des jurés peu affranchis d’une logique de réseau. Ce système  de jury tournant n'est finalement qu'une question de volonté, bien sûr. C'est recréer les conditions de l'aventure littéraire. C'est se redonner, une fois encore, la chance de l'Inconnu. Allez Messieurs les jurés, lâchez prise  !

 
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Marie-Rose Guarniéri

Marie-Rose Guarniéri commence chez Gibert et dirige ensuite l'Arbre à Lettres (librairie des Abbesses) à Paris, aussitôt redécorée en rouge opéra. 

Une nouvelle base de départ vers la création du prix Wepler et de la Sant Jordi, fête de la librairie par les libraires indépendants.  
Pendant 10 ans, elle accompagne la croissance du petit groupe puis, en 1997,  crée sa propre librairie, rue Yvonne-Le-Tac, toujours dans la capitale.

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