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Pourquoi le prix de l’essence n’est pas seulement lié au prix du pétrole

Les prix à la pompe battent des records.... alors même que le prix du baril est moins cher qu’en 2008 ! En cause : les coûts d'exploitation des gisements.

Coup de pompe

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Depuis le début de l’année 2012, le prix de l’essence va de record en record. Aujourd’hui, le prix du SP95 est à 1,58 euro, celui du SP98 à 1,62 et celui du gazole à 1,42. Pour beaucoup, la hausse du prix de l’essence s’explique par la hausse du prix du pétrole à cause des tensions géopolitiques en Iran et des troubles au Nigéria dans un contexte où la demande est tirée par les pays émergents. A cela, il faut également ajouter la faiblesse de l’euro par rapport au dollar qui rend le pétrole libellé en dollars plus cher quand on l’achète en euros.

Pour tout le monde, il paraît évident que lorsque le prix du pétrole augmente le prix de l’essence augmente également. Pourtant, aujourd’hui, le prix du baril de Brent est à 121 dollars soit 91 euros avec un prix de l’essence à 1,58 euro contre 148 dollars en 2008 soit 93 euros (au taux de change de l’époque) avec un prix de l’essence à 1,54 euro. Comment peut-on expliquer ce record du prix de l’essence alors même que le prix du baril est moins cher en dollars et en euros qu’en 2008 ?

Il semblerait que la différence de prix du carburant entre 2008 et 2012 provienne de la différence de coûts d’exploitation des gisements : une production identique de barils de pétrole ne nécessite pas les mêmes coûts selon les gisements. Certains gisements ont des coûts d’extraction élevés, d’autres non. D’ailleurs, les compagnies exploitent des gisements de différentes rentabilités. Certains, mis en production dans les années 90, sont rentables à partir d’un baril à 15 dollars, d’autres, mis en production récemment, nécessitent un prix du pétrole supérieur à 100 dollars.

Or depuis 2009, avec l’augmentation de la demande mondiale de pétrole, les compagnies pétrolières mettent en production des gisements dans des zones de plus en plus difficiles d’accès. Les coûts d’extraction augmentent. Mais le prix du pétrole (hors spéculation) est calculé en fonction des gisements aux coûts d’extraction les plus élevés, car le prix du pétrole doit permettre de réaliser un profit suffisant pour exploiter ces gisements tout en permettant aux compagnies de réaliser un profit maximum sur les gisements dont les coûts d’exploitation sont moindres. Aujourd’hui, avec un prix du baril à 121 dollars, les derniers gisements mis en production sont tout juste rentables mais les gisements mis en production dans les années 90 (rentables à 15 dollars le baril) deviennent « super-rentables ». C’est d’ailleurs grâce à ces différences de coûts d’extraction du pétrole que les compagnies, notamment Total, réalisent la majorité de leurs bénéfices dans l’exploration-production.

Le problème est que les compagnies ne calculent pas le prix de l’essence (hors taxes) en fonction du coût moyen d’extraction de l’ensemble des gisements en activité mais uniquement en fonction du coût d’extraction du gisement le moins rentable, c'est-à-dire celui ayant le coût d’extraction le plus élevé. C’est pour cela que le prix du pétrole de 2008, largement alimenté par la spéculation, a été moins reporté sur le prix de l’essence qu’actuellement. Le prix du pétrole (hors spéculation) et de l’essence (hors taxes) dépendent donc des coûts d’extraction des gisements les moins rentables (en mer très profondes) et comme les compagnies exploitent des gisements de différentes rentabilités (rentables à partir de 10$, 20$ ou 50$), elles génèrent donc des profits énormes en exploration-production mais également en distribution. D’ailleurs, au vu des investissements en exploration réalisés par les compagnies pétrolières, le prix de l’essence pourrait atteindre plus rapidement que prévu les 2 euros.

 
Commentaires

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  • Par kronfi - 23/02/2012 - 06:45 - Signaler un abus je crois que nos economistes

    oublient des calculs simples... prix du baril en 2008... prix de l'essence en 2008, et valeur de l'euro / dollar...a cette meme epoque. prix du baril en 2012, prix de l'essence en 2012, valeur de l,euro /dollar aujourd'hui. et que voit,on.... le prix du baril en 20012 est le meme qu'en 2008 en EURO CONSTANT... et pourtant le prix de l'essence en 2008 était moins eleve que maintenant.... l'erreur est donc a trouver non pas en amont du prix du baril, mais en aval... transport.. raffinage et TAXES.

  • Par zen aztec - 23/02/2012 - 07:54 - Signaler un abus bizarre

    A 121$ les coûts d'extraction sont déja intégrés comme ils l'étaient en 2008,donc le différentiel est ailleurs,comme dit @kronfi:transport taxes ETC...

  • Par Yeyou - 23/02/2012 - 08:50 - Signaler un abus On ne vous en veut pas mais.... mériterait...

    Notre rédacteur, avait sans doute peu de temps à consacrer à son analyse ou, ce qui le rend sympathique à mes yeux, est fan d'Audiard qui nous rappelle que "c'est ne pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule".

  • Par Yeyou - 23/02/2012 - 08:54 - Signaler un abus Coup de pompe

    Il faut reconnaître qu'il annonce la couleur par le titre choisi

  • Par laurentso - 23/02/2012 - 10:06 - Signaler un abus Paradoxalement, ce modèle faussé applique

    la règle théorique du "coût marginal" : les compagnies vendent le pétrole au coût du dernier baril produit. Mais dans ce cas précis, le coût marginal et le coût moyen ne se croisent pas au point d'équilibre, d'où un super profit apparent, qui doit correspondre à un prix de monopole. Ouh les jolis graphiques pour étudiants en Eco que voila...

  • Par Eric de Tor - 23/02/2012 - 13:19 - Signaler un abus Le prix de l'essence pour les nuls!

    Cet article est du grand n'importe quoi! Le prix du baril intègre évidemment les coûts d'exploitation, la marge des extracteurs (en moyenne 400/100!) mais aussi les coûts intermédiaires (rémunération des brokers, redevances, frais financiers...), ce qui "explique" le passage de 12 à 90 euros du baril. Le prix de l'essence à la pompe intègre lui les coûts de raffinage, transport, stockage... Et surtout la marge commerciale des raffineurs et les taxes. Avec un prix du baril sensiblement égal en euros à celui de 2008, les coûts de raffinage ayant été réduits (achat de produits raffinés dans les pays émergents) l'augmentation à la pompe est due à l'augmentation de la marge des pétroliers (13 milliards d'euros pour Total en 2011, année record!) et des rentrées fiscales (60/100 du prix au litre!). En cela, politicards et pétroliers s'entendent comme larrons en foire (litre plus cher égale plus de taxes!). C'est pour cela que les rodomontades de Sarkozy contre les majors ont été accueillies par les ricanements de Margeride!

  • Par Tom Wimloc - 23/02/2012 - 14:11 - Signaler un abus Et l´offre et la demande, ça compte pas?

    Ah! Si seulement les producteurs décidaient seuls des prix à la pompes, la vie serait tellement simple pour eux! Mais à cause de ce satané marché les prix dépendent de l´offre et de la demande. Pas de bol! Et contrairement à ce que nous dit notre économiste du jardin d´enfant, lorsque l´on augmente l´offre, même à des couts de productions élevés, on ne fait pas monter les prix!

  • Par joel5632 - 23/02/2012 - 14:53 - Signaler un abus Quoi ?

    Je suis content de lire des commentaires de lecteurs qui comme moi n'ont pas compris les arguments avancés par l'auteur. Le prix à la pompe dépend du prix du brut, de la parité euro/dollar, des taxes, de la marge de raffinage de distribution. Je ne vois pas ce que cette histoire de gisements rentables, super rentables etc vient faire là. En 2008, le baril valait 148$ et le litre de SP95 1.54 euro Aujourd'hui, le baril vaut 121$ et le litre de SP95 1.58 euro parce que l'euro a baissé par rapport au $ et parce que les taxes ont augmenté (la tipp grenelle en 2010)

  • Par papun - 23/02/2012 - 16:48 - Signaler un abus question à l'éditeur

    J'ai une question à l'éditeur d'Atlantico. Sans vouloir remettre en cause les écris des auteurs qui interviennent sur le site web, y a t-il un devoir de relecture qui est réalisé par un expert indépendant avant publication?

  • Par laurentso - 23/02/2012 - 17:33 - Signaler un abus @ joel

    la difficulté de lecture vient du titre, particulièrement maladroit, et visiblement l'oubli d'une phrase de transition entre les deux derniers paragraphes, qui ferait mieux le distingo entre le prix de production du pétrole brut et le prix de l'essence à la pompe.

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Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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