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Priorité à la sécurité et libéralisation de l'économie : portrait de la droite et du centre par les préférences de leurs électeurs

Dans un sondage exclusif IFOP pour Atlantico, les électeurs de la droite et du centre se disent concernés en priorité par la question de la sécurité (note de 7,6 sur 10 en moyenne) et de la libéralisation de l'économie (7,5). Un constat qui reflète les tiraillements de la droite actuelle entre deux directions qu'il n'est pas facile de concilier.

Info Atlantico

Publié le - Mis à jour le 25 Mars 2016
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Priorité à la sécurité et libéralisation de l'économie : portrait de la droite et du centre par les préférences de leurs électeurs

Atlantico : Quel est selon vous le principal enseignement de ce sondage ?

Jérôme Fourquet : Nous constatons qu'aujourd'hui, l'électorat de la droite et du centre affiche un certain nombre de priorités qui relèvent à la fois des thématiques sécuritaires et identitaires chères à la droite décomplexée (les questions liées à la sécurité ont une note moyenne de 7,6, celles liées à l'immigration et l'identité nationale ont une note moyenne de 7,3), mais également de la situation économique (baisse des charges et de la fiscalité, réforme du marché du travail et des 35 heures, dette et déficit public).

Depuis 2012 et même un peu avant, il y a un débat sans fin à droite sur la ligne la plus judicieuse à adopter. Est-ce qu'il faut privilégier une ligne de droite libérale classique mettant le curseur prioritairement sur des réformes ambitieuses et exigeantes en matière de dépenses publiques, de marché du travail et de libéralisation de l'économie, à savoir le pari de François Fillon ? Ou est-ce qu'il ne faudrait pas, dans un contexte de menace terroriste très élevée et d'interrogation sur l'identité nationale, mettre d'abord l'accent sur la sécurité et l'immigration ? Ce débat est permanent à droite et nous voyons à travers ce sondage qu'il n'est pas encore tranché. En effet, aucune inclinaison forte ne se dégage, la messe n'est pas dite. Vous n'avez pas une claire hiérarchie ou une réponse nette à la question de savoir où placer le curseur. Nous constatons ainsi des scores quasiment identiques sur ces deux grandes thématiques. Bien évidemment, il y a ensuite des familles d'électeurs de droite qui mettent davantage l'accent sur l'une ou l'autre…

Deuxième enseignement : nous nous apercevons que la question de la défense des valeurs traditionnelles arrive derrière ces deux gros sujets, mais est tout de même assez bien notée (6,6). On se souvient du débat sur le mariage pour tous, même si ce sujet n'incarne pas à lui seul le thème de la défense des valeurs traditionnelles. Or, on voit bien que c'est un sujet qui n'est pas annexe pour l'électorat de la droite et du centre, alors que pour le coup, cette thématique est beaucoup moins préemptée par les leaders de droite de premier plan. Autant entre une ligne Sarkozy-Copé-Wauquiez d'un côté et une ligne Fillon-Juppé de l'autre (priorité au régalien et au sécuritaire ou à l'économie ?), il y a des affrontements, autant sur les valeurs traditionnelles, personne ne préempte ce créneau alors même que c'est une attente forte des électeurs de droite.

Autre enseignement : nous pouvons voir que les questions européennes (soit le thème souverainiste de la redéfinition des pouvoirs transférés à Bruxelles, soit le thème fédéraliste de l'approfondissement de la construction européenne) sont notées plus faiblement par l'électorat de droite. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une frange de l'électorat qui est très sensible à ces questions-là, mais clairement, l'enjeu européen n'est pas au cœur des préoccupations, alors que ce thème fait beaucoup parler les leaders de droite.

<--pagebreak-->Les électeurs de la droite et du centre accordent une importance beaucoup plus forte aux valeurs traditionnelles qu'à la question européenne qu'on pourrait résumer par l'interrogation "stop ou encore ?" : est-ce qu'on approfondit encore l'intégration, est-ce qu'on l'arrête là ou est-ce qu'on fait même un pas en arrière ? Nous avons bien vu avec l'accord entre l'Allemagne et la Turquie sur la question des migrants que ce sont des problématiques d'une actualité criante. Pour autant, l'électorat de la droite et du centre n'en fait pas sa priorité. Par ailleurs, deux sensibilités coexistent ici : certains affirment qu'il faudrait redéfinir les pouvoirs transférés à Bruxelles (et notamment en transférer moins…), d'autres plaident en revanche pour plus d'intégration. On s'aperçoit par ailleurs que la ligne souverainiste plaide plus que la ligne fédéraliste sur ce point de vue-là.

Dernièrement, on voit que d'autres thématiques comme les excès de la mondialisation et du libre-échange et le développement de l'économie numérique et des startups font beaucoup moins recette et ne sont pas du tout jugés comme étant prioritaires.

Y a-t-il des variables spécifiques qui jouent sur les résultats de ce sondage (âge, sexe, niveau d'études, etc.) ?

Il y aura des différences si l'on prend les sujets qui fâchent. Par exemple, on peut faire une analogie avec le débat actuel autour du projet de loi El Khomri. Les artisans-commerçants (7,7) ou les retraités (7,9) accordent beaucoup d'importance à la libéralisation de l'économie, alors que les CSP- sont à 6,9. Il y a donc un clivage de classe qui s'opère entre ceux qui ne sont plus sur le marché du travail et ceux qui sont en position de donneurs d'ordres ou d'employeurs. Par ailleurs, si l'on avait interrogé des ouvriers/employés qui n'étaient pas de droite, le score serait sans doute encore plus bas… Pour autant, ils sont un peu plus frileux et inquiets que les électeurs de droite qui ne se trouvent pas dans la même situation professionnelle. Lorsque la droite fait assaut de réformisme en disant que si la gauche réforme pour garder son identité, il faudra pousser le curseur plus loin, elle peut créer un trouble et un décrochage vis-à-vis de sa base populaire et salariée.

A l'inverse, vous pouvez constater que sur la question de la dette, les commerçants-artisans établissent une note de 7,1, et les CSP- 6,8. Un ouvrier de droite dira donc effectivement qu'il faut réduire la dette publique, mais il n'est pas forcément d'accord pour réformer le marché du travail et faciliter les conditions de licenciement…

Sur la question des valeurs traditionnelles, il y a de manière très classique un écart générationnel : une note de 6 pour les moins de 35 ans, 6,7 chez les 50-64 ans et 7,1 sur les 65 ans et plus. Donc plus on est âgé, plus on sera demandeur de cela…

Enfin, un dernier point est intéressant à noter sur la question de l'économie numérique et des startups. Aujourd'hui à droite, il n'y a pas d'engouement très fort pour ces thématiques. En termes de priorités, elles sont reléguées très loin derrière. Ce discours de modernisation de la droite et d'adaptation à l'économie de demain laisse de marbre cet électorat. Par ailleurs, ce sont étonnamment les électeurs de droite les plus âgés qui en font davantage une priorité que les jeunes. C'est un sujet pourtant porté par la nouvelle génération, on peut ainsi citer Nathalie Kosciusko-Morizet qui représente une sorte de pendant de Macron à droite, affirmant que les vieux clivages sont dépassés, qu'il faut aujourd'hui réfléchir à l'uberisation, l'économie numérique et digitale, etc. Or, on s'aperçoit que les jeunes ne sont pas du tout les plus enthousiastes sur ces questions-là (une note de 5 seulement). Leurs priorités sont davantage situées sur l'immigration/identité nationale (7,1) et la sécurité (7,3).

 
Commentaires

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  • Par kaprate - 19/03/2016 - 20:47 - Signaler un abus Ha bon?

    Qu'y aurait-il de difficilement conciliable entre plus de sécurité et plus de libéralisme économique? Entre préserver des valeurs fondamentales et développer les nouvelles technologies? Entre contrôler l'immigration et faire baisser le dette publique? Entre l'existence de l'Europe et sa meilleure gouvernance? Et en quoi sur la libéralisation de l'économie, le rapport entre les 6,8 pour les CSP - , 7,7 pour les commerçants/artisans et 7,9 pour les retraités représenterait-il un "clivage"? Compte tenu des spécificités de ces groupes, ces résultats démontrent plutôt des aspirations proches. Les plus vieux qui se soucient curieusement plus de l'économie numérique? Bah oui, pour les jeunes, c'est même pas un sujet, c'est la marche normale du monde! Pourquoi chercher des dissonances et des problèmes où il n'y en a pas vraiment? Il suffit de la bonne personne, de la bonne équipe et d'une volonté politique. Les français sont vraiment bien en avance sur leurs représentants, sur les instituts de sondage et sur leurs commentateurs!

  • Par vangog - 20/03/2016 - 02:26 - Signaler un abus @kaprate Belle colère!

    je n'ai pas lu Fourquet (Les sondages ne m'intéressent plus), mais j'ai lu votre commentaire...très intéressant!

  • Par Mike Desmots - 20/03/2016 - 07:20 - Signaler un abus L'IFLOP ,les rois du sondage sur mesure ....!

    Il suffit de préciser vos exigences à la commande....et vous aurez le copié/collé désiré à la livraison....restera à écrire le texte d'accompagnement en novlangue;....

  • Par kaprate - 20/03/2016 - 10:12 - Signaler un abus @vangog

    Merci à vous. Mais je crois bien, que comme vous, je ne vais même plus lire ce type d'article... Comme j'ai déjà exclu ceux sur la loi travail, pas mal de ceux qui traitent des ambitions secrètes des uns et des autres et de ceux qui parlent de bientôt Feu-président, il me reste en gros les articles de fin de l'humanité (que j'aime vraiment bien, allez savoir pourquoi) et les histoires d'alcôve et de gros sous de Trierweiler (dont il faudrait au passage vraiment plafonner les indemnités de répudiation...)... Je vais gagner du temps...

  • Par AvecNS - 20/03/2016 - 10:51 - Signaler un abus S'il faut choisir entre traiter l'économie et la sécurité

    Nous ne sommes pas sortis de l'auberge. On ne peut pas concilier réformes économiques et sécurité en France ? A quoi servent alors les conseillers, les hauts fonctionnaires, les parlementaires, tous pléthoriques ?

  • Par jurgio - 20/03/2016 - 14:30 - Signaler un abus On ne peut pas raisonner sur des sondages

    Ils représentent à peu-près ce qu'il y a dans la tête des gens. Ils sont pour la plupart dopés à la sûreté de l'emploi, empoisonnée par l'obsession du CDI et dudit esclavage par le sens sadique du profit patronal. L'éducation de gauche a donc réussi puisqu'elle a depuis longtemps porté ses fruits, obnubilant que ceux qui se sont enrichis aujourd'hui sont souvent ceux qui naguère ont pris des risques.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

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