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Le prince héritier du djihâd réplique à celui de la couronne saoudienne : la réponse d’Al Qaïda à MBS

Hamza Ben Laden, fils d'Oussama Ben Laden, fait planer une menace sur l'Arabie saoudite, dont il souhaite renverser la monarchie, sur laquelle règne Mohammed Ben Salmane. En a-t-il les moyens et quels seraient ses moyens d'action ?

De l'électricité dans l'air

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Le prince héritier du djihâd réplique à celui de la couronne saoudienne : la réponse d’Al Qaïda à MBS

 Crédit AL-JAZEERA / AFP

  1. Atlantico : Dans le contexte réformateur économique et sociétal initié par le Prince héritier Mohammed ben Salmane, le site américain WarOnTheRocks dresse le portrait de la menace qui pourrait planer sur le pays. Hamza Ben Laden, fils d'Oussama Ben Laden et  « héritier » d'Al-Qaida, qualifié ici de « Prince de Djihad ». Quelles sont les failles et faiblesses que pourraient exploiter Al Qaida et Hamza ben Laden dans leur volonté de faire chuter le pouvoir saoudien ? 

Ces réformes reposent sur l’instauration d’une « verticale du pouvoir », incarnée par le prince héritier ; une pratique en rupture avec la traditionnelle politique d’équilibre des dynastes successifs, équilibre entre les différents rameaux de la famille royale comme entre les tribus. Sous l’influence de Mohammed Ben Zayed (« MBZ »), à la tête des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Salmane (« MBS ») entend conduire une politique éclairée et combler une partie du fossé entre le wahhabisme des mœurs locales d’une part, l’hypermodernité occidentale de l’autre.

Vue d’Occident comme juste et raisonnable, une telle politique est susceptible de provoquer des ressentiments et des mécontentements dans le pays. D’autant plus cette politique dite « de réformes » (il s’agirait plutôt d’une transformation) conduit à relâcher les liens avec le conseil des oulémas, i.e. à fragiliser l’alliance étroite entre le « palais » et la « mosquée » (le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, en langage chrétien). Il convient ici d’en venir à l’histoire et de pénétrer le domaine de la théopolitique : l’alliance entre la tribu des Saoud et la confrérie des Wahhabites date du milieu du XVIIIe siècle.

A cette époque, le rigorisme islamique des Wahhabites constituait une forme de progrès. A tout le moins, ce rigorisme contrebalançait les mœurs tribales. Toujours est-il que la « longue marche » vers le rassemblement des tribus de la péninsule Arabique repose sur cette alliance. Un certain temps, elle a été interrompue par le vice-roi d’Egypte, Méhémet Ali (avec le soutien français), puis par les Ottomans dont l’empire a sombré à la fin de la Première Guerre mondiale. A l’époque où le Turc Mustafa Kemal abolit le califat, en 1924, Ibn Saoud s’empare de La Mecque et de Médine, les lieux saints de l’Islam. Reconnue sur le plan international quelques années plus tard, l’Arabie Saoudite devient un « quasi-califat » sunnite. Le soutien occidental aux projets de Mohammed Ben Salmane repose sur l’idée que le futur de l’Islam, en tant que religion et forme de civilisation, se jouera dans ce quasi-califat (85 % des musulmans sont sunnites). Certes, il n’est pas dans l’intention de Mohammed Ben Salmane de mener une politique de la table rase, mais on comprend aisément que l’inflexion de la politique saoudienne puisse provoquer des chocs en retour. Al-Qaida, l’Etat islamique et leurs épigones sont aux aguets (cf. infra).

 
Commentaires

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  • Par Labarthe - 23/05/2018 - 22:42 - Signaler un abus Les wahhabites et nous...

    Les wahhabites ne sont pas des amis de la France. Déjà à l’ époque De Méhémet Ali, ils étaient instrumentalisé par les Anglais contre notre influence en Égypte.

  • Par Labarthe - 23/05/2018 - 23:14 - Signaler un abus L’Islam radical...

    N’oublions pas que c’est l’ Arabie Saoudite qui a financé les salafistes et toutes les expressions de l’Islam radical en Europe. Pas les Iraniens. Pas les Chiites. Je ne crois pas un instant à une rupture des Saoud avec le wahhabisme. Au contraire les wahhabites sont indispensables dans le combat contre les chiites iraniens et pour contrôler les foyers de pauvreté et de mécontentement économique qui apparaissent en Arabie Saoudite.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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