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De la primaire française à la présidentielle américaine, comment les pirates informatiques de Vladimir Poutine pourraient perturber nos élections

Alors que les Etats-Unis pointent du doigt la Russie dans l'affaire des mails piratés du Parti démocrate, la menace de piratage électronique dans le cadre d'une élection est aujourd'hui bien réelle, aux Etats-Unis comme ailleurs.

Geek power

Publié le - Mis à jour le 5 Août 2016
De la primaire française à la présidentielle américaine, comment les pirates informatiques de Vladimir Poutine pourraient perturber nos élections

Atlantico : Selon les agences de renseignements américaines, la responsabilité de la Russie ne fait plus guère de doute dans l'affaire du piratage des mails du Parti démocrate cette semaine. Concrètement, comment un hacker pourrait-il influencer une élection ? Si l'on prend le cas des machines électroniques, assez répandues aux Etats-Unis, dans quelle mesure leur vulnérabilité peut-elle représenter une menace pour l'intégrité du vote ?

Fabrice Epelboin : Les machines à voter electroniques ne sont pas réellement sécurisées, et ne sont pas, dans l’absolu, sécurisables, surtout si la menace est une agence de renseignements russe, chinoise, iranienne, ou pourquoi pas, demain, allemande, française, israélienne, anglaise, ou américaine si jamais la Nsa se mettait en tête de changer le vote des citoyens américains.

Tout vote électronique laissera une place au doute une fois les résultats proclamésLa blockchain a fait apparaitre des pistes pour arriver à un vote electronique infalsifiable, mais c’est encore un espoir embryonaire.

Mais tout ceci n’est qu’un épisode dans la cyber guerre que se mènent les nations sur internet. Le premier épisode marquant est, sans doute, le virus Stuxnet que les Américains, aidés des Israéliens, ont utilisé pour saboter, des années durant, le programme nucléaire iranien. Ces derniers ont répliqué en 2012 en paralysant le secteur énergétique saoudien, puis en perturbant gravement les sites transactionels de nombreuses banques américaines. Cet épisode, qui remonte à l’administration Bush, a montré la fragilité et la dépendance de nos sociétés et de nos économies face au cyber, et a levé le voile sur une forme de "Guerre froide" entammée dans le cyber depuis quelques temps, et qui fait écho à la guerre qui se déroule au Levant, en Afrique et au Moyen-Orient.

Le cyber s’est imposé comme une nouvelle dimension de la guerre, qui vient s’ajouter aux autres. Tout comme la maitrise des airs est arrivée avec l’aviation et a radicalement changé l’art de la guerre, nous assistons à l’arrivée du cyber en pleine reprise de la Guerre froide. Un espace où la toute-puissance américaine ne lui permet pas si facilement d’imposer une suprématie, contrairement à ce qu’on aurait pu croire. Les choses sont en réalité plus complexes, et on peut combiner le cyber à bien d’autres approches pour, par exemple, imaginer renverser un adversaire politique sur l’échiquier international.

Dans ce contexte, pirater des machines à voter et changer le vote des citoyens d’un pays démocratique qui utilise une telle technologie est à la porté d’une agence de renseignements - les experts les plus reconnus sonnent l’alerte, une fois de plusA vrai dire, il semble que pour certaines machines à voter en usage aux Etats-Unis, ce soit à la portée de quasiment n’importe qui

Faire reposer le vote citoyen sur des technologies aussi peu sécurisées est de l’ordre du suicide démocratique. Les cyber-services russes sont incontestablement moins puissants que la Nsa, mais leur stratégie - si on part du principe que ce sont bien eux derrière les fuites d’emails du parti Démocrate, est bien plus fine. Les Russes sont des joueurs d’échecs, il ne faut jamais l’oublier.

 

>>>> A lire aussi : Au-delà du scandale des e-mails démocrates piratés aux Etats-Unis, Poutine est-il en train de se réinventer en grand manitou masqué des élections occidentales ?

 

Au-delà du cas des machines de vote électronique, quels sont les autres moyens qu'un pirate pourrait utiliser pour influencer une élection ?

La stratégie que déroule actuellement Wikileaks face à Clinton - et il est aisé d’imaginer que Poutine soit allié à Wikileaks dans cette opération - est redoutable. Qui plus est, elle est rôdée, et a déjà été mise en place lors du printemps arabe face à Ben Ali .

Il suffit de lire les écrits d’Assange, qui remontent à des décennies, pour comprendre la stratégie à l’œuvre face à Hillary Clinton. Pour Assange, toute organisation partage en son sein un secret qu’elle utilise pour tirer parti de ceux qui sont en dehors de l’organisation.

En publiant les emails du parti Démocrate américain montrant comment il a délibérément saboté la campagne de Bernie Sanders au profit de Hillary Clinton, Wikileaks ne fait que dérouler une fois de plus une attaque informationelle devenue classique, et d’autres suivront. 

En d’autres termes : le roi est nu. Les mensonges, les tricheries, la corruption, les petits arrangements, une fois des documents censés être confidentiels sont révélés aux yeux du public, tout devient visible sans qu’on puisse en nier la réalité, comme on peut le faire face à une investigation journalistique, par exemple.  

 
Commentaires

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  • Par padam - 01/08/2016 - 11:40 - Signaler un abus Ckolko (how much)?

    Les hackers russes sont certes très forts. Mais dans les cas de figure électoraux évoqués, inutile pour le pouvoir russe de les mettre à contribution. Il suffit de contacter les homologues de la NSA: il y a là-bas en rayons tout ce qu'il faut concernant les "secrets d'Etat" des Etats européens, les dirigeants et cadres politiques, les partis et leurs magouilles, etc,etc... En contrepartie, ce ne sont pas les idées qui manquent!

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Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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