Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

La presse française sous influence... mais de qui ?

Dans son long entretien au Point, Emmanuel Macron a ciblé aussi Le Figaro, dans une attaque à peine voilée. Mais cette question de la "consanguinité" de la presse française est l’arbre qui cache la forêt : la question de l’influence des GAFA parait plus préoccupante et dangereuse.

Macron 1 - Dassault 0 ?

Publié le
La presse française sous influence... mais de qui ?

Atlantico : Emmanuel Macron dans son entretien au Point s'est attaqué à l'indépendance de la presse. Il a critiqué la "consanguinité" entre une partie des industriels et la presse, s'arrêtant tout particulièrement sur le cas des lobbys de la défense, ciblant ainsi directement Le Figaro. Peut-on vraiment parler de consanguinité de la presse et des grands groupes industriels ? Et des lobbys en général ?

Dominique Wolton : Ce n'est pas un problème spécifique à la France, mais il est vrai que dans cette tentation de lier lobbys industriels et milieux politiques, la France est particulièrement touchée. Les marchands de canons ont toujours été plus ou moins propriétaires des grands groupes de presse. C'est un vrai problème démocratique. Il faudra un jour réussir séparer influence sur la presse et détention du capital – et même détention du capital d'information. Car la question est beaucoup plus forte en France en Europe et dans le monde depuis l'avènement d'internet.

Le lobbying des industries est artisanal quand on le compare à celui des GAFA. Le problème n'est pas seulement de réguler l'influence de tel ou tel groupe mais de réguler l'influence énorme de ces GAFA. C'est beaucoup plus menaçant. 

Cependant, Dieu merci, l'influence est beaucoup moins importante qu'on ne le croit. On oublie qu'il ne suffit pas que quelqu'un dise quelque chose pour que le récepteur y adhère ! C'est là où toutes ces thèses de la part des propriétaires des médias comme de la part des politiques qui veulent réguler l'influence est un peu naïve parce qu'ils croient qu'il suffit que le Figaro parle pour qu'il soit cru par les gens. Non. Il y a une influence certes, mais on observe que cette influence est néfaste dans la durée. Le problème est donc plus complexe quand on parle d'industrie de l'information et de la communication. Et même au-delà de ces industries, c'est l'enjeu des industries de la culture et de la connaissance. 

Ce vieux problème qui traine depuis 1820 sans avoir jamais été résolu rebondit encore plus fort avec la question de la concentration des industries de la connaissance et de la culture, et de l'information. Il faudrait les réguler à minima pour que cela soit plus démocratique. Il faut limiter les concentrations, les fusions et la détention de plusieurs types de supports. 

Jean-Marie Charon : Le sujet n’est pas vraiment neuf. Le terme de « consanguinité » n’est pas le plus approprié, puisqu’il s’agit d’une dépendance capitalistique d’une part des médias à des groupes industriels de premier plan : Le Figaro dont le premier actionnaire est Serge Dassault, TF1 qui est une filiale de Bouygues, de Vivendi (Canal) contrôlé par Vincent Bolloré, etc. Le sujet n’est pas nouveau puisque dans les années 80 le groupe de Jean-Luc Lagardère était à la fois dans l’électronique et l’armement tout en contrôlant Hachette Filipacchi média l’un des premiers groupes mondiaux de magazines, alors que La Compagnie Générale des Eaux (devenue Véolia) créait Vivendi, etc..

S’agit-il d’un contrôle éditorial de l’information ? Le débat est récurrent sur le sujet ? Certes les dirigeants des groupes industriels ou leurs ne tiennent pas la main des journalistes au quotidien. En revanche, il s’agit d’un facteur d’autocensure, en même temps que les propriétaires peuvent avoir leur mot à dire dans le choix des dirigeants des rédactions.

Quelle a été l'évolution de cette situation ? La situation actuelle est-elle "meilleure" ou pire que dans le passé ? L'impact sur le lectorat est-il mesurable ? 

Jean-Marie Charon : La situation évolue en effet, sous la pression de la dégradation des modèles économiques liés au numérique. Des médias hier indépendants doivent leur salut à des rachats par ces groupes. On peut penser au Monde ou à Libération. Surtout de nouveaux géants industriels font leur entrée venant cette fois de l’univers des télécommunications et du numérique. Xavier Niel et Free ou Patrick Drahi et Altice pour la France. Jeff Bezos, Verizon ou ATT par exemple aux Etats -Unis. Leur influence est ici d’autant plus déterminante qu’ils entrent dans les médias pour reconfigurer le paysage de l’information et de la communication en cohérence avec leurs intérêts industriels et financiers. Les rachats qu’ils opèrent ou les partenariats qu’ils engagent sont marqués par un profond déséquilibre dans le partage des ressources, en même temps qu’ils privilégient les « marques médias » ayant le plus fort potentiel de développement tant d’images que de revenus. L’impact sur le public est d’autant plus substantiel que c’est par ces intermédiaires, fournisseurs d’accès, moteurs de recherche, réseaux sociaux que les individus ont et auront de plus en plus accès à l’information.

Dominique Wolton : Le problème est la multiplication des supports et la concentration des industries. Les supports électroniques sont en train de prendre le pas sur les industries de contenus : il y a tellement de tuyaux ! Ce sont les GAFA qui bouffent tout. Le tourisme, le commerce, tout est sous leur coupe. Et ils s'intéressent aujourd'hui à l'information, ce qui fait qu'il y a un vrai problème de séparation. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 01/09/2017 - 09:24 - Signaler un abus Sacré Macroléon...!!!

    Comme tous les hommes providentiels, il nous prend pour des cons !... il allume un contre-feu en attaquant la presse de droite ce qui fait plaisir à la presse de gauche (80%)...Celle qui va l'aider à faire passer ses réformes libérales.....sacré Macroléon!!!!

  • Par Raymond75 - 01/09/2017 - 09:28 - Signaler un abus Influences et confusion

    La presse en France est majoritairement sous le contrôle des grands groupes financiers et dans la dépendance de la publicité (malgré les subventions) ; mais aussi depuis les dernières élections on voit des candidats recalés se caser comme 'chroniqueurs' sur divers médias. Probablement pour continuer à exister, car à part vendre leurs carnets d'adresses ils ne doivent pas pouvoir servir à grand chose dans une entreprise, et donc dans la 'vraie' vie.

  • Par Atlante13 - 01/09/2017 - 11:03 - Signaler un abus Foutage de gueule macronesque,

    il prend vraiment les français pour des c**s. Les médias ayant été pris la main dans le sac lors de la dernière présidentielle, il fait semblant de s'en prendre à la presse, de droite bien sûr et clairement désignée, pour essayer de se dédouaner. Ce type est un escroc intellectuel.

  • Par pasdesp - 01/09/2017 - 11:49 - Signaler un abus Ingrat le petit goebbels!

    Il ne supporte decidement aucune voix discordante meme en mode mineur! Heureusement qu'on a macron on aurait pu entendre des bruits de bottes!

  • Par JG - 01/09/2017 - 13:46 - Signaler un abus Et le magazine Challenge

    Il appartient à qui ?....car comme cirage de botte macronesque, on fait difficilement mieux !! Et le passage du journaliste Bruno Roger Petit au porte parole de Macron, c'est pas de l'influence ça ???

  • Par Ganesha - 01/09/2017 - 17:55 - Signaler un abus GAFA ?

    Cet article ne prend à aucun moment la peine de le préciser ! Si, comme moi, vous ne savez pas ce qu'est un GAFA, consultez : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ants_du_Web

  • Par Cervières - 01/09/2017 - 22:17 - Signaler un abus Ce n'est plus de la consanguinité

    c'est de l'inceste les journaux français étant largement financés par l'état et le gouvernement.

  • Par vangog - 02/09/2017 - 09:44 - Signaler un abus Arrêt total du subventionnement de la propagande gauchiste!

    Cela devient une urgence démocratique...et le petit Macron, qui cherche désespérément où faire des économies, aurait ainsi l'occasion de commencer à marcher droit (et non pas en crabe)

  • Par A M A - 02/09/2017 - 12:28 - Signaler un abus Bientôt la "Pravda".

    Bientôt la "Pravda".

  • Par Vincennes - 02/09/2017 - 18:22 - Signaler un abus @Vangog : "le petit macron qui chcerche désespérément où faire

    des économies" !!! Il pourrait commencer par "VENDRE" la chaine d'HOLLANDE n° 27, voulue par Hollande (comme la 5 voulue par Mitteux) où on été "placé" un bon nombre de "copains des copains" ..... chaine que pas grand monde regarde mais qui coûte chère pour ce qu'elle rapporte!!

  • Par cloette - 03/09/2017 - 07:13 - Signaler un abus triste quinquennat qui débute

    dans la courtisanerie , le cirage de pompes d'une médiocratie prétentieuse et aveugle . Mais je reste optimiste car au vu des commentaires, pas tous, pas tous !!!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

Voir la bio en entier

Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS. Il a notamment co-dirigé avec Arnaud Mercier l'ouvrage collectif Armes de communication massives : Informations de guerre en Irak 1991-2003  chez CNRS Éditions

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€