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Prénoms BCBG, prénoms ploucs… : quand votre signature révèle vos origines sociales

Sommes-nous prédéterminés socialement dans le choix des prénoms que nous donnons à nos enfants ? Sommes-nous capables, au contraire, de nous affranchir des règles et des codes qui régissent notre milieu ? Troisième épisode de notre série sur les marqueurs sociaux.

Série marqueurs sociaux

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Quels sont les nouveaux noms BCBG ?

Ce sont des prénoms qui ne sont pas popularisés. Les classes supérieures puisent dans un vivier de prénoms familiaux, ils recyclent le prénom du grand-père ou de l’arrière-grand-père, l’idée étant d’éviter le prénom trop répandu. Ce sont, par exemple : Foulques, Maïeul, Garance…

Garance est assez répandu, déjà…

A Paris, oui. Suzanne et Madeleine sont très peu attribués au niveau national, mais ils le sont pas mal à Paris. Les prénoms rétro ont commencé à apparaître dans la capitale bien avant de se répandre dans toute la France.

Il y aurait donc une propagation des prénoms du haut vers le bas et de Paris vers la province ?

C’est assez vrai, mais on ne peut pas en faire une généralité. Paris a donné le la sur les prénoms rétro et les prénoms de l’Ancien Testament. Mais les innovations comme Timéo et Lilou, qui sont des prénoms peu donnés dans les classes sociales supérieures, n’apparaissent pas dans le top 100 parisien. Lilou a pour origine "Le Cinquième élément" de Luc Besson. Nolan est aussi un prénom répandu dans les classes plus modestes. Il est apparu d’abord en Bretagne et s’inscrit dans la vogue des prénoms irlandais.

Peut-on tracer des lignes qui guident les modes à l’intérieur de chaque classe sociale ? Peut-on dire, par exemple, que ce qui prime dans les classes supérieures, c’est le besoin de se distinguer ? Que le plus important, dans les classes moyennes, c’est de s'inscrire dans la tendance ?

Il y a une constante, c’est la distinction, et cela, dans toutes les classes sociales. Dans les classes moyennes, les parents vont par exemple décider d’écrire Maylis avec deux "s" ou Nolan avec un "e". Il faut savoir que le répertoire des prénoms augmente significativement chaque année. A cela s’ajoutent des variantes, qui vont permettre aux parents de se démarquer davantage. Dans les classes supérieures, les recherches de prénoms vont se faire dans un registre plus classique, ou plus rare. C’est le cas d’Octave, par exemple, qui est très peu donné, et qu’on ne trouvera pas dans les classes ouvrières, qui le trouveront trop précieux, trop typé. Le prénom Emma aurait pu connaître le même destin, mais il a été rattrapé par un succès européen et planétaire qui fait qu’il a été adopté par toutes les classes sociales.

Y a-t-il des prénoms communs à toutes les classes sociales ?

Il peut, effectivement, y avoir un engouement commun. C’est le cas d’Alice, qui se retrouve aujourd’hui dans le top 20 national.

Sait-on pourquoi un prénom se propage au-delà du cercle dans lequel il apparaît et pourquoi un autre ne "prend pas" ?

L’effet des dynamiques de propagation, aujourd’hui, est un peu freiné par le fait que le répertoire s’agrandit sans cesse. Le choix de prénoms est devenu tellement vaste qu’il est plus difficile, aujourd’hui, de mesurer le mécanisme de propagation. Le phénomène de diffusion, par exemple, de Camille et Thomas qui étaient très en vogue dans les années 90, ne joue plus aujourd’hui de la même façon, même s’il est encore réel. Il y a des tas de dynamiques qui entrent en jeu qui font qu’on ne peut plus dire que ce sont toujours les prénoms chic qui se diffusent.

En fin de compte, est-ce que le point commun à toutes les classes sociales – et la nouveauté -, ce n’est pas le besoin, l’envie, de se distinguer ?

Effectivement. Depuis le début des années 2000, le phénomène de distinction est flagrant. On peut le relier à la montée de l’individualisme, mais aussi au marketing de plus en plus agressif pratiqué par les marques. Et puis, il y a eu la libéralisation de la législation en 1993 : avant cette date, l’état civil pouvait en effet interdire un prénom. Depuis, virtuellement, tous les prénoms sont acceptés, ce qui explique l’élargissement considérable du répertoire des prénoms.

Propos recueillis par Barbara Lambert

 

 
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Stéphanie Rapoport

Stéphanie Rapoport est l’auteur de l'Officiel des prénoms ainsi que d’autres publications sur les prénoms. Elle anime le site meilleursprenoms.com.

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