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Pouvoir d’achat : ce qui a vraiment marché ailleurs ou dans le passé (spoiler : ça dépasse un peu la politique économique actuelle...)

Alors que le débat sur le pouvoir d'achat se fait très prégnant en France, il est tentant de regarder ce qui a pu marcher dans d'autres pays, ou même par le passé en France. Mais une chose apparaît claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité.

Solution(s)

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On peut également évoquer la période de la zone euro avant crise. La croissance était forte mais la politique budgétaire n'était pas vraiment restrictive. Ce qui a tiré la croissance à cette époque, ce sont les taux d'intérêt très bas. C'est à dire une politique monétaire expansionniste avec des taux d'intérêt bas et une croissance mondiale synchrone avec une grosse progression du commerce mondial entre 2002 et 2008. Donc c'est une relance par la demande qui est d'origine monétaire plus les exportations.

Au regard de ces éléments, quelles sont les leçons que peut en tirer le gouvernement français pour améliorer le pouvoir d'achat ? 

L'amélioration du pouvoir d'achat peut être la baisse du chômage mais ce n'est pas ce qui nous intéresse aujourd'hui. La question est de savoir si, dans une économie en régime de croisière, donc pas simplement lorsqu'elle sort de récession, on peut avoir une politique d'augmentation du pouvoir d'achat.

Et ici, la réponse est claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité. Les gains de productivité en France sont inférieurs à 1% par an et les salaires ont augmenté légèrement plus vite que la productivité (avec l'Italie ce sont les seuls pays de l'OCDE dans ce cas). Donc aujourd'hui on a un gain de pouvoir d'achat en France qui est plafonné aux gains de productivité, c’est-à-dire 0,7, 08% par an. Par ailleurs le gouvernement français va devoir réduire les déficits publics, puisque compte tenu du point de départ du PIB en déficit public, des baisses d'impôt et des hausses de dépense annoncées (formation militaire…) tout le monde est d'accord pour dire qu'à l'horizon 2021, pour ramener le déficit public à 2% du PIB, il faudra baisser ce déficit de 3 points de PIB. 3 points de PIB d'ici 2021 c'est la croissance attendue de la productivité. On va donc donner 3 points de PIB aux ménages pour leur en reprendre 3. Si  nous voulons respecter nos engagements budgétaires, nous devrons reprendre aux ménages tout le supplément de revenu engendré par les gains de productivité. Il n'y aura donc pas de gain de pouvoir d'achat des ménages sauf si , pour une raison qui nous échappe aujourd'hui les gains de productivité se mettent à devenir plus fort que ce que l'on a connu depuis 10 ans, ce qui est hautement improbable.

Le problème que nous avons en France c'est que toutes les enquêtes montrent que les difficultés de recrutement des entreprises sont considérables; Cela veut dire que même à 9,5% de taux de chômage il est peu probable que ce taux baisse de beaucoup puisque l'on arrive à des niveaux de difficulté de recrutement très élevés pour les entreprises. Les gains de pouvoir d'achat ne viendront pas non plus d'une baisse considérable du chômage. Les chômeurs qui restent auront beaucoup de mal à trouver un emploi et les gains de productivité seront repris par l'Etat en raison de ces objectifs de réduction des déficits. Sauf si les Français décident de laisser grimper le déficit public à 5% du PIB ce qui est hautement improbable, ce qui en plus serait l'objet d'une condamnation en Europe il n'y aura aucun gains de pouvoir d'achat dans les 3 prochaines années.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 13/02/2018 - 12:04 - Signaler un abus Question "idiote"

    A quoi donc peut servir la croissance, quand elle ne profite pas au peuple, dans leur vie de tous les jours ? M. ARTUS, c'est pas lui qui a dit qu'en baissant fortement les retraites, mécaniquement nous aurions 3 points de PIB en plus ? Et les actionnaires, ils auront combien ?

  • Par kelenborn - 13/02/2018 - 15:39 - Signaler un abus Oui

    Toujours excellent Artus!!! Ferjou, resservez nous plus souvent du Artus et du Husson !

  • Par JA MESTIVIER - 13/02/2018 - 17:31 - Signaler un abus OK Kroissance

    croissance

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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