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Pouvoir d’achat : ce qui a vraiment marché ailleurs ou dans le passé (spoiler : ça dépasse un peu la politique économique actuelle...)

Alors que le débat sur le pouvoir d'achat se fait très prégnant en France, il est tentant de regarder ce qui a pu marcher dans d'autres pays, ou même par le passé en France. Mais une chose apparaît claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité.

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Pouvoir d’achat : ce qui a vraiment marché ailleurs ou dans le passé (spoiler : ça dépasse un peu la politique économique actuelle...)

Atlantico : Alors que le gouvernement est actuellement en prise avec la question du pouvoir d'achat, quels sont les précédents historiques, en France ou à l’étranger qui peuvent illustrer des périodes ou le pouvoir d'achat a pu connaître une amélioration ? 

Patrick Artus : Il y a des exemples qui sont très regardés dans les années 90 comme le Canada, la Suède, le Danemark ou l'Irlande. Ce sont des exemples de pays qui, au début des années 90, ont considérablement réduit leur déficit public, ce qui a résulté en une forte poussée de la croissance et une baisse du chômage. Il y a un grand débat sur cette question entre économistes. Entre d'une part, les tenants de la thèse de la neutralité ricardienne  qui pensent que la réduction des déficits publics s'est faite par la baisse des dépenses publiques, c'est à dire par une anticipation de la baisse des impôts par les ménages qui a engendré une baisse du taux d'épargne des ménages, ce qui fait que la croissance accélère alors qu'on réduit les déficits publics.

Ce serait l'idée, reprise aujourd'hui dans des travaux récents par Alberto Alesina qu'une réduction des déficits publics peut être expansionniste si elle est faite par une baisse crédible des dépenses publiques qui conduit à une baisse des impôts anticipés.

Et, d'autre part, les gens qui contestent cette thèse en disant qu'il faut prêter attention à ce qui a été entrepris en globalité.  Parce qu'au Canada, en Suède ou au Danemark, à cette époque, il y a eu  très forte baisse des taux d'intérêt et une forte dévaluation du taux de change. La baisse du taux d'épargne est attribuée non pas à l'anticipation de la baisse des impôts mais au couple dépréciation des changes et baisse des taux d'intérêt.

Il y a un débat à ce niveau-là qui reste non tranché.

Ensuite, il y a un débat sur le Portugal aujourd'hui. On voit apparaître une thèse qui soutient que ce qui fait que la situation économique du Portugal s'est considérablement améliorée depuis 2/3 ans et que l'on constate un retour de la progression du pouvoir d'achat avec une croissance forte serait la conséquence de l'action du gouvernement de gauche qui  abandonné l'austérité pour adopter une politique de relance budgétaire. Sauf que ce n'est pas vrai. Quand vous regardez les chiffres des déficits publics au Portugal, qui est de -2% du PIB, on constate qu'il n'y a pas de relance budgétaire. C'est ce que le ministre des finances du Portugal a confirmé en disant qu'il a simplement corrigé quelques exagérations des plans d'austérité sur les retraites ou les bas salaires des fonctionnaires.

Quand on regarde ce qui fait la croissance du Portugal c'est le couple exportation-investissements, comme en Espagne. Ce sont donc les grands gains de compétitivité qui sont dû à la baisse des salaires qui ont construit ce retour de la croissance. Ce n'est donc pas la relance keynésienne au Portugal qui a amélioré l'économie. Le Portugal, comme l'Espagne, récupèrent les fruits d'une politique de très forte amélioration de la compétitivité.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 13/02/2018 - 12:04 - Signaler un abus Question "idiote"

    A quoi donc peut servir la croissance, quand elle ne profite pas au peuple, dans leur vie de tous les jours ? M. ARTUS, c'est pas lui qui a dit qu'en baissant fortement les retraites, mécaniquement nous aurions 3 points de PIB en plus ? Et les actionnaires, ils auront combien ?

  • Par kelenborn - 13/02/2018 - 15:39 - Signaler un abus Oui

    Toujours excellent Artus!!! Ferjou, resservez nous plus souvent du Artus et du Husson !

  • Par JA MESTIVIER - 13/02/2018 - 17:31 - Signaler un abus OK Kroissance

    croissance

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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