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Poussée du M5S : l’Italie en route vers son moment Trump ?

La percée politique du Mouvement 5 étoiles en Italie depuis 2013 est révélatrice du mécontentement de la population à l'égard de la classe politique, aspirant à un renouveau.

Bis repetita

Publié le - Mis à jour le 25 Novembre 2016

Pour ce qui est du "moment Trump", je rappellerais que, dans le cas italien, celui-ci a commencé en 1994 avec Silvio Berlusconi. Il est, d’une certaine façon, le prédécesseur de Donald Trump puisqu’il s’était lancé en politique en tant qu’homme d’affaires, se présentant comme un outsider étranger à la classe politique traditionnelle, avec un style de communication révolutionnaire à l’époque pour l’Italie, tout en ciblant prioritairement la "brava gente", c’est-à-dire le peuple. L’Italie a donc déjà expérimenté ce moment, et ce pendant près de vingt ans. 

Quelles seraient concrètement les conséquences politiques de cette victoire du "non" ?

En premier lieu, je rappellerais qu’il ne faut pas oublier qu’une victoire du "oui" est possible. Toutefois, analysons l’hypothèse du "non" et ses conséquences. Celle-ci créerait – et elle crée déjà – une grande inquiétude en Europe, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, les chancelleries européennes redoutent une situation d’instabilité ou d’incertitude politique ; ensuite, cette période d’incertitude risquerait d’avoir des répercussions sur les marchés financiers, inquiétudes d’autant plus grandes au regard de la fragilité du système bancaire italien.

En cas de victoire du "non", normalement, le président du Conseil remettra sa démission au président de la République. Ce dernier aura alors trois solutions : la première sera de demander à Matteo Renzi d’aller vérifier s’il bénéficie de la confiance des Chambres ; il pourra également demander la recherche d’une nouvelle forme de gouvernement qui obtiendrait une majorité ; la dernière de ces solutions résidera dans l’organisation d’élections anticipées auxquelles, personnellement, je ne crois pas.

Que les élections aient lieu en 2017 ou à la fin du mandat de Matteo Renzi en 2018, le Mouvement 5 étoiles est particulièrement bien lancé pour les remporter. C’est d’ailleurs pour cette raison que tout le monde souhaite changer la loi Italicum, soit le mode de scrutin proposé par Matteo Renzi à deux tours, avec au deuxième tour les deux partis qui ont obtenu le plus de voix, sauf si l’un d’entre eux obtenait la majorité absolue au premier tour. Tous les autres partis, et pas seulement le Parti démocrate, sont inquiets par la possibilité que le Mouvement 5 étoiles puisse gagner le deuxième tour. Mais justement, parce qu’il y a cette hantise, l’idée actuelle consiste à remodifier la loi électorale pour éviter ce scénario qui, aux yeux de nombreux partis et des Européens, serait un scénario catastrophe. Mais tout cela ne résout pas le problème qui est que, s’il y a un Mouvement 5 étoiles aussi fort dans les sondages, c’est que cela correspond à un profond malaise dans le pays et à une attente des Italiens de quelque chose d’autre. C’est sur cela qu’il faut agir plutôt que sur la loi électorale. 

Propos recueillis par Thomas Sila

 
Commentaires

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  • Par Fondation pour l'innovation politique - 23/11/2016 - 10:53 - Signaler un abus Images politiques italiennes

    "cette disparition [de la droite et du centre] va de pair avec l’affirmation de deux forces. D’une part, et contrairement à certains pronostics, celle de l’enracinement durable du Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo dans le paysage politique italien. D’autre part, celle de la montée en puissance de la Lega Nord qui connaît avec Matteo Salvini une deuxième jeunesse. Retrouvez l'ensemble de l'article de Jean Sénié sur le blog Trop Libre. http://www.trop-libre.fr/images-politiques-italiennes/

  • Par Texas - 23/11/2016 - 11:59 - Signaler un abus Aucun doute

    sur la victoire du " io voto no " !

  • Par hermet - 23/11/2016 - 12:00 - Signaler un abus M5S vs Ligue du Nord

    Le non devrait l'emporter vu l'exaspération italienne vis à vis de la situation économique et la crise migratoire, en cas d'élection en 2017 le M5S devrait l'emporter et si c'est en 2018 avec un partie démocrate complètement usé il faut s'attendre à un affrontement entre le M5S et la ligue du Nord, dans les 2 cas de figure la zone Euro explose car ni Grillo ni Salvani ne se coucherons devant Merckel (comme Tsipras)et l'Italie n'est pas la Grèce : la zone Euro ne s'en remettra pas. (en + Trump ne va rien faire pour l'éviter) Donc l'élection présidentielle française dépend de l'Italie car si la zone Euro explose avant (2017) cela va rabattre beaucoup de cartes...à suivre de prés.

  • Par vangog - 24/11/2016 - 01:14 - Signaler un abus Fermer le sénat, diminuer le nombre de députés

    réduire les dépenses de l'état...tout cela correspond à des désirs patriotes. Le mouvement cinque Stelle est un mouvement conservateur gauchiste et écolo-réactionnaire...sans vouloir défendre Renzi, les Italiens seraient bien inspirés de voter pour la modernité politique, plutôt que pour la ringardise gauchiste...

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Marc Lazar

Marc Lazar est historien et sociologue français du monde politique. Spécialiste des gauches européennes et de la vie politique française et italienne, il est, depuis 1999, professeur des universités en histoire et sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est actuellement directeur du Centre d’histoire de Sciences Po et président de la School of Government de la LUISS (Libre Université Internationale des Sciences Sociales) basée à Rome.

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