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Pourquoi vouloir imposer un congé paternité obligatoire ne produira pas les effets recherchés

Selon un récent rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, le congé paternité pourrait passer à trois ou quatre semaines et être généralisé.

Révolution au sein du couple ?

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Pourquoi vouloir imposer un congé paternité obligatoire ne produira pas les effets recherchés

 Crédit PHILIPPE HUGUEN / AFP

Atlantico : Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales rendu public cette semaine suggère de porter le congé paternité à trois voire quatre semaines. De plus il insiste sur le fait qu'il faudrait rendre obligatoire le congé paternité. Est-il selon vous pertinent de poursuivre les mesures visant à un partage égal de la maternité entre la mère et le père ? 

 
Gérard Neyrand : Il est tout à fait dans la logique de l'évolution des moeurs contemporains de tendre vers une égalité parentale, qui est encore loin d'être effective. Égalité, bien sûr, ne signifiant pas indistinction, car dans la processus d'égalisation des places il n'a jamais été question de nier la différence des sexes, et ce qu'elle produit quant à la procréation. Il ne s'agit donc pas de viser le partage de la maternité, mais plutôt de la parentalité, et de permettre aux pères d'y avoir une place plus affirmée, alors même qu'aujourd'hui la plupart des mères travaillent à l'extérieur du foyer.
L'allongement du congé de paternité me semble donc tout à fait bienvenu, sachant que ce n'est que depuis 2001 que celui-ci est à deux semaines, auparavant il n'était que de trois jours, et les pères n'avaient guère le loisir de s'occuper de leurs bébés, ce qu'ils réclamaient pourtant de plus en plus... Quant au désir de le rendre obligatoire, on voit bien à ce que cela renvoie, à la volonté que le modèle de la "démocratie familiale" se généralise, autrement dit que les parents partagent les responsabilités dans une famille où sont affirmées, de façon parfois paradoxale, les valeurs d'égalité, mais aussi de liberté et d'autonomie. Ce qui laisse aux individus le soin d'interpréter comment cette visée égalitaire peut se mettre en place, y compris dans le rapport aux enfants.
 
Marc Mangin : Qu'un mécanisme propose de considérer les mères et les pères "sur un pied d'égalité", en leur proposant une formule qui leur permette de consacrer plus de temps à leur(s) enfant(s), on ne peut que s'en féliciter. Maintenant, une mère ne sera jamais un père et réciproquement ; vouloir en faire des parents interchangeables relève de l'erreur.
 
Imposer une mesure, en la rendant obligatoire, participe à la stigmatisation : vous avez d'un côté "les bons" (ceux qui se conforment à l'ordre) et, a contrario, "les mauvais" qui, pour des raisons qui ne regardent qu'eux, ne s'y conforment pas.
 
Maintenaant, il ne faut pas attendre d'un concept comme celui d'égalité, autre chose que des arguments philosophiques pour lutter contre la réalité des inégalités. Même chose pour la justice, qui n'existe qu'intellectuellement face aux injustices. L'égalité ne peut être qu'une quête ; il conviendrait de parler d'équilibre ou d'harmonie qui dépassent d'ailleurs les relations humaines et s'étendent à l'ensemble du monde qui nous entoure. Prétendre à l'égalité s'inscrit dans une démarche profondément égoïste contraire à son objet.
 

Marlène Schiappa, qui semble favorable à cette mesure, avait déclaré dans un tweet datant du mardi 11 septembre : « Réunion parents-profs de rentrée au collège : 27 mères. 6 pères ». Le constat d'une répartition inégalitaire des tâches dans une famille est souvent fait et décrié, notamment par les associations féministes. Qu'est-ce qui explique que celui-ci se prolonge ? 

 
Gérard Neyrand : Cette répartition très inégalitaire des activités, des tâches et des statuts qui y sont liés, est un héritage de l'histoire la plus récente. En 1960, le modèle familial restait très asymétrique, 40% seulement des femmes de 25-60 ans étaient actives, et quant elles travaillaient il s'agissait d'un travail et d'un salaire qualifiés d'appoints. Aujourd'hui les taux d'activité sont quasi équivalents, mais les postes élevés sont essentiellement masculins et les temps partiels pour s'occuper des enfants (notamment le mercredi) quasi exclusivement féminins... alors qu'on connaît par ailleurs les difficultés des femmes à se faire reconnaître dans la sphère politique, et des pères à rester en lien avec leurs enfants après une séparation. Le système social résiste à une évolution qui semble pourtant inéluctable, compte tenu de l'évolution des postes de travail, de la maîtrise de la fécondité, et des nouvelles représentations des rôles de sexe à une époque de baisse d'influence continue de la religion.
 
 
Commentaires

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  • Par gerint - 13/09/2018 - 22:17 - Signaler un abus Que ces conards de ministres

    S’occupent de ce qui les regarde et foutent la paix aux Français notamment la frappadingue excitée Schiappa

  • Par zen-gzr-28 - 14/09/2018 - 08:05 - Signaler un abus la "conclusion" de Marc Mangin

    démontre les failles du gouvernement. Au lieu de s'en tenir à sa mission régalienne et à son incapacité de la remplir, les Français sont infantilisés, "étouffés", manipulés,pompés (taxes et impôts) !Cela devient usant de constater leur suffisance, leur mépris, leur manque de professionnalisme. La palme revenant effectivement à Schiappa effectivement. Les généralités relèvent de l'imbécilité. L'égalité entre les hommes et les femmes prônée en toute occasion en est peut-être la preuve.

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Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air.

Il a publié de nombreux ouvrages dont Le dialogue familial, un idéal précaire (érès, 2009).

Il fait partie du comité de rédaction de la revue Dialogue et de la revue Recherches familiales.

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Marc Mangin

Marc Mangin a été journaliste pendant trente ans, spécialiste des questions asiatiques. Il est également photographe et auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Chine, l'empire pollueur (Arthaud, 2008), une série de récits de voyages : Tu m'as conquis tchador (2010), La Voie du bœuf (2011), Au sud de la frontière (2014), et un roman, Le Théorème d'archipel (2015) ou bien encore Au nom des pères (2017). 

 

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