Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 26 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi, toute question idéologique exclue, il faut se méfier des statistiques ethniques

« Démocratie providentielle », « démocratie extrême », les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd’hui au cœur du débat public : le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l’islam, le rapport à la République et à la nation. Extrait du livre "De la démocratie en France" de Dominique Schnapper, aux éditions Odile Jacob.

Bonnes feuilles

Publié le
Pourquoi, toute question idéologique exclue, il faut se méfier des statistiques ethniques

Les sociologues, étant donné leur point de vue intellectuel et leurs convictions, soulignent que l’ethnique ne saurait renvoyer à une définition essentialiste (ou héréditaire ou génétique), mais à une définition sociale. Sans aucun doute. La définition « sociale » n’en pose pas moins de problèmes, même s’ils sont d’un autre ordre. L’ethnique ne renvoie pas à un groupe culturellement ou socialement homogène. Des grands-parents nés en Algérie, en Roumanie ou en Italie ne conduisent pas à la même conscience ethnique de leurs descendants.

Certains d’entre eux sont moins perçus dans la vie sociale comme Algériens, Roumains ou Italiens que juifs ou musulmans, ou simplement Français, comme dans le cas, par exemple, d’Yves Montand et de bien d’autres fils d’immigrés italiens. Faut-il alors construire une catégorie nationale ou religieuse pour rendre compte de cette réalité et comment ? Il ne suffit pas de remplacer la religion ou la nation par le terme plus vague de culture pour résoudre le problème. Nous ne sommes pas là face à une difficulté technique, mais devant une réalité sociale qui soulève une interrogation proprement sociologique : comment définir les autoassignations ou les hétéroassignations significatives par des catégories statistiques qui, par définition, ne peuvent que schématiser et cristalliser une réalité complexe et mouvante ? La société moderne n’est pas formée de groupes juxtaposés, aux frontières claires, mais d’individus dont les rôles, les références et les identifications sont multiples. Suivant les situations sociales et les circonstances historiques, ils choisissent, en fonction de leur passé individuel et collectif, des références et des identifications – sans compter les oublis –, toujours susceptibles d’être remises en question. Les sociétés modernes sont fondées sur la mobilité des hommes, la pluralité de leurs fidélités et de leurs abandons, de leurs identités et de leurs identifications. « Le propre des ensembles sociaux est d’être équivoques, d’avoir des frontières mal définies. [...] Chaque fois que l’on envisage des groupements, des entités collectives, diverses perspectives sont possibles, donc plusieurs classifications. »

La diversité des origines, des pratiques et des références, la multiplication des populations marginales rendent particulièrement ambiguës les notions mêmes de population « juive », « musulmane », « arabe », « noire » ou « arménienne » à l’intérieur d’une population nationale. La seule définition que l’on puisse en proposer est l’affirmation par les individus de leurs références et de leurs identifications – sans oublier qu’elles évoluent avec les événements historiques. Le nombre des juifs avait brutalement augmenté lors de la guerre des Six Jours : convaincus que l’État d’Israël était en danger mortel, nombre de personnes qui croyaient avoir oublié leurs liens avec le judaïsme se sentaient à nouveau juives. Les relations des individus aux collectivités historiques particulières dont ils sont issus, réellement ou mythiquement, sont complexes, elles évoluent avec le temps. Cela rend difficile d’isoler la population par les instruments habituels de la statistique publique, dont les critères ne peuvent être que simples et constants. Les instruments statistiques précis mais, par définition, grossiers imposent une clarification qui trahit la complexité et les ambiguïtés de la réalité sociale. L’autodéclaration, le plus souvent utilisée au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, ne permet pas mieux que les catégories indirectes de connaître les véritables identifications. Au nom de quoi demander aux individus de se classer une fois pour toutes dans une catégorie ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anguerrand - 14/01/2018 - 20:49 - Signaler un abus Il faut dire la VERITÉ

    Pourquoi les sans dents n’auraient pas le droit de savoir que la population de la France est constituée à 20 % de musulmans soit 13,5 millions de musulmans, nos prisons ont 80 % de prisonniers d’origine africaine. Une hypothèse,( a tout hasard ) de nous faire accepter des milliers de nouveaux immigrés que l’on financera avec nos impôts et qui nous obligeront à fermer nos portes à double tour! Nos politiques y compris Macron et MLP devront un jour comparaîtrent pour haute trahison contre nos Valeurs et nos libertés. Les pays ayant refusé toute immigration n’ont pas notre délinquance, ni la haine du pays qui les accueillent

  • Par Deudeuche - 14/01/2018 - 21:25 - Signaler un abus @Anguerrand

    De Macron à MLP ca va faire du boulot pour les tribunaux, révolutionnaires je suppose. Si les Français dit de souche étaient clairs sur leur identité nationale, familiale, spirituelle, franchement il n’y aurait aucun problème à assimiler des nouveaux entrants. Mais les “de souches” sont paumés, sans valeurs communes ni cohérence. Alors oui ça craint mais pour être francs, il faut vouloir dire c’est quoi la France?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Je m'abonne
à partir de 4,90€