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Pourquoi le top 20 des plus grandes entreprises mondiales de la Tech ne comporte pas une seule marque européenne

Selon une liste, dressée par le média américain Axios, classant les 20 plus grandes entreprises du secteur technologique par leur capitalisation boursière, Chine et États-Unis se partagent l’intégralité des places. Si les États-Unis occupent les 5 premières places et font figurer 11 de leurs entreprises sur les 20 du classement, la Chine parvient à hisser 9 de ses géants technologiques dans cette même liste.

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Pourquoi le top 20 des plus grandes entreprises mondiales de la Tech ne comporte pas une seule marque européenne

 Crédit JACQUES DEMARTHON / AFP

Atlantico : Comment peut-on expliquer la totale absence des européens dans cette liste ? Quelles sont les particularités du marché européen qui pourraient expliquer cette absence, malgré l’importance du marché de l’Union européenne ?

Michel Ruimy : La technologie numérique (plateformes, logiciels…) irrigue aujourd’hui l’ensemble des secteurs économiques.

Au cœur de cet écosystème mondial, nous trouvons les États-Unis, qui ont démarré depuis bien longtemps leur « Troisième Révolution industrielle ». Le chiffre d’affaires cumulé des géants américains de la technologie : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (GAFAM) est comparable au Produit intérieur brut de la Suède (plus de 500 milliards USD) et leur capitalisation boursière avoisine 3 000 milliards de dollars ! Ailleurs, en Chine, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi (BATX) sont partis à la conquête d’un marché européen vulnérable et déjà colonisé par les géants américains du digital.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, sur plus de 160 « licornes » (entreprises non cotées en Bourse ayant une valeur de marché de 1 milliard de dollars) qui opèrent dans le secteur du numérique, 60% sont situées aux États-Unis, un peu moins de 25% en Asie et seulement 10% en Europe. Le classement dressé par Axios est encore plus édifiant.

L’Europe est ainsi coincée entre les GAFAM et BATX et ne parvient toujours pas à bâtir ses propres « licornes ». En d’autres termes, bien que l’entreprise suédoise Spotify soit leader mondial du streaming en ligne, l’Europe est peu présente sur le marché international concurrentiel de l’Internet dominé par les startups du numérique.

Pourquoi ? Cette situation s’explique notamment, au niveau macroéconomique, par un manque de stratégie voire une absence de prise de décision commune au sein des Etats membres et par un niveau de numérisation très disparate et, au niveau microéconomique, par un manque d’investissements et par la crainte des grandes entreprises européennes traditionnelles de se faire « ubériser ». Mais, plus fondamentalement, elle résulte du réflexe de chaque pays de mener ses propres objectifs en s’éloignant d’une approche européenne intégrée et coopérative.

Il en résulte que les initiatives du marché unique numérique, peut-être insuffisantes, souffrent de l’absence de vision commune des Etats membres et d’une trop faible conscience de la révolution numérique en cours. En effet, le contrôle des technologies, qu’elles soient militaires, duales ou purement civiles, est l’un des enjeux essentiels des antagonismes à venir. Pour être crédible et en mesure de peser sur les affaires du monde, l’Europe doit se donner les moyens d’atteindre une maîtrise complète des technologies qui préserveront son indépendance économique, militaire, culturelle...

 
Commentaires

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  • Par vangog - 14/06/2018 - 09:59 - Signaler un abus Entre deux repas bien arrosés...

    avec les lobbyistes des multinationales, vous ne voulez quand même pas que Juncker-le-fiscaliste, la bécasse Moguerrini et Mosco-le-vicieux aient un projet numérique libre et non normatif pour l’Europe, non?...après la digestion, et quand ils auront le temps...

  • Par A M A - 14/06/2018 - 10:07 - Signaler un abus AMA

    C'est bien là qu'est le cœur du sujet. Tout tourne autour du rapport de force USA/Chine. L'Europe est à la traine de cette rivalité. Doit-elle se ranger du côté chinois contre Trump, ou suivre Trump dans sa politique antichinoise?

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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