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Pourquoi la suppression des notes sur 20 et le nouveau système d'évaluation voulu par l'éducation nationale n'est pas la solution ?

SOS éducation dénonce la disparition des notes sur 20 à l'école primaire et au brevet des collèges annoncée par le ministère de l'Education Nationale dans un décret publié le 31 décembre. Cette mesure parait pour beaucoup comme une illusion crée par le gouvernement.

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Pourquoi la suppression des notes sur 20 et le nouveau système d'évaluation voulu par l'éducation nationale n'est pas la solution ?

Atlantico : De manière générale, ce nouveau système de notation met-il en péril le système d'évaluation de l'école primaire en France ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? 

Pierre Duriot : Un médecin devant un malade fiévreux, décide de changer son vieux thermomètre à mercure et d'en prendre un à affichage digital. Cela ne guérira pas la maladie et n'améliorera pas le sort du malade, ni la compétence du médecin. Voilà à quoi pourrait s'apparenter cette mesure. Si on veut continuer la comparaison, dans le système scolaire qui est visé, le malade, l'élève donc, souffrirait de l'insuffisance de connaissances et de compétences que mettent en évidence les enquêtes internationales. Elles constatent le niveau de la France, située dans le ventre mou du classement, mais également la baisse régulière de ce niveau, voici quelques années en français et dans les disciplines attenantes à la langue, mais aussi, désormais, en mathématique, discipline dans laquelle les élèves affichent des performances tenant plus des items mécaniques que de la réussite dans les situations problèmes.

Le changement de l'échelle de notation n'est donc, dans les deux cas, d'aucune utilité et vise à côté de la cible. Il n'est, une fois de plus, que le révélateur de l'obsession de ce gouvernement qui ne concerne ni le niveau scolaire, ni la formation des professeurs, mais le confort des élèves et des parents électeurs et la préservation de leur amour propre.

Jean-Paul Mongin (Sos éducation): D’une manière générale, nous considérons qu’il est complètement absurde que depuis son bureau de la rue de Grenelle à Paris, un ministre de l’Education décide que dans telle petite école de Saint-Flour il faut appliquer tel système de notation. Le système de notation doit être cohérent avec un projet pédagogique porté par une équipe de professeurs et qui est un projet d’établissement. Le problème principal est celui de la centralisation extrême du ministère de l’Education Nationale qui ne laisse presque aucune autonomie aux acteurs de la réussite scolaire. 

Ensuite, sur la question de la notation chiffrée, on observe depuis plusieurs années qu’il y a une dégradation telle du niveau des élèves, que la seule ressource politique est de « casser le thermomètre ». On évalue les élèves avec des « smileys » au lieu de les mettre en face de la réalité de leur situation. Cette tendance, qui s’exprimait déjà sous les précédents gouvernements, de remplacer des systèmes de notations imparfaits, mais qui ont au moins le mérite d’être lisibles, par la pseudo-évaluation d’une myriade de compétences que les professeurs remplissent au doigt mouillé et que les parents ne savent pas déchiffrer, nous semble très inquiétante.

Il y a enfin un problème de contradiction du discours politique. En février dernier, Najat Vallaud-Belkacem parlait de restaurer l’autorité à l’école, de mettre l’accent sur la maitrise des fondamentaux et de la langue française, en s’engageant à ne pas supprimer les notes. Quelques mois plus tard, elle publie un décret qui dit l’inverse. Or pour que les politiques éducatives aient un effet elles doivent se projeter sur le long terme. Quel que soit le contenu des incessantes réformes introduites par les éphémères ministres de l’Education nationale, c’est avant tout leur manque de cohérence qui pose problème.

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 09/01/2016 - 12:20 - Signaler un abus C'est à pleurer

    Quand on voit le niveau de l'éducation, de la discipline, de l'expression en français et de l'orthographe. Une génération envoyée dans le mur, cela mérite bien le poteau d'exécution ou au moins la déchéance de nationalité.

  • Par zouk - 09/01/2016 - 12:30 - Signaler un abus NOtes du 20, sur 10 ou autres

    Sans notes comment un enseignant pourrait-il se rendre compte des progrès de ses élèves et surtout mesurer sa propre capacité à faire progresser ses élèves. Encore une lubie criminelle du "pédagogisme", dont nous devons malheureusement constater le terrible échec.

  • Par Gordion - 09/01/2016 - 15:44 - Signaler un abus Egalitarisme

    C'est le nivellement par le bas, comme dans tous les domaines. Et ce n'est que la continuité de ce que l'opposition d'aujourd'hui voulait à l'époque ...Rappelons-nous les objectifs de M.Pasqua - objectif de 85% de réussite au bac. (On y est). Il faut bien commencer à supprimer les marqueurs discriminants pour arriver à cette ânerie biologique, en parallèle on abaissera le niveau des programmes et des examens, et on instruira les correcteurs à faire preuve de clémence, et on triturera l'écart-type des statistiques dans le bon sens. Comme nous sommes tous égaux, il faut bien que tout le monde ait son bac, non? Quel vrai démocrate progressiste pourrait dire le contraire? Une sélection à l'entrée en université, vous voulez rire? Supprimons par contre ce qui marche, les classes préparatoires, symbole de l'élitisme eugéniste fasciste. On gardera par contre les écoles privées, c'est là où les enfants des bobos de la gauche internationaliste et libertaire envoie ses enfants.

  • Par vangog - 10/01/2016 - 05:26 - Signaler un abus Ah, parceque le but, c'est l'amour propre des parents????

    On croit rêver, devant une telle naïveté gauchiste! Afin de ne pas "stigmatiser" les pauvres parents de rejetons mal notés, ces connards de gauchistes préfèrent retirer les notes et s'offrir une bonne conscience de médiocres...Comment savoir, alors, si le rejeton progresse, et comment lui donner envie de progresser, sans notes? Peu importe! Car le nivellement gauchiste par le bas a décidé de supprimer purement et simplement le mérite, cet archaïsme petit-bourgeois anti-social et anti-conscience de masse...ainsi en a décidé le comité central des khmers rouges qui dirigent l'éducation irrationnelle!

  • Par PhloxxX - 21/01/2016 - 05:33 - Signaler un abus Système totalitaire

    "on verse dans l'égalité idéologique, donc dans l'égalitarisme", autant dire dans le totalitarisme des plus grand régimes communistes passés.

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Jean-Paul Mongin

Jean-Paul Mongin est délégué général de SOS éducation depuis 2014. Il est également à l'origine de la création en 2009/2010 de la maison d'édition Les Petits Platons, livre philosophique pour enfants traduits dans une quinzaine de langues. 

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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