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Pourquoi le soutien affiché par Angela Merkel à Emmanuel Macron risque d'être plus complexe à concrétiser qu'il n'en a l'air

Etre un ultra de l'Union européenne et montrer patte blanche ne fera pas tout pour Emmanuel Macron. A un moment, face à l'Allemagne, il faudra montrer les crocs si le nouveau Président souhaite vraiment réformer le modèle franco-allemand.

Bonnes intentions

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A l'inverse, quels sont les points ou France et Allemagne peuvent avoir des divergences d'intérêts ? Sont ils pris en compte par Emmanuel Macron ? Comment pourrait il agir au mieux des intérêts français dans un tel cadre ?

Comme la France et l'Allemagne ne sont pas unies par de grandes ambitions: pacifier le Proche et le Moyen-Orient; construire avec la Russie un pilier européen de l'Eurasie; investir massivement dans l'éducation et la recherche pour tenir l'engagement de la Stratégie de Lisbonne de 2000 ("faire de l'économie de l'Union européenne l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde"), les deux pays sont condamnés à se chamailler autour de la question de la relance économique dans une zone euro à bout de souffle.

Comme les grands idéologues du XXè siècle, Emmanuel Macron explique que si l'utopie européenne n'a pas réussi, c'est parce qu'on n'a pas versé assez dans cette utopie. Il faudrait "plus d'Europe". Madame Merkel ne peut pas avancer dans cette direction d'ici le mois de septembre et les élections législatives allemandes; mais il est peu probable qu'elle changera d'avis après ces élections: selon elle il y a des règles de fonctionnement de l'économie européenne; il faut que la France s'empresse de les respecter; c'est le préalable à tout pas de l'Allemagne vers la France. 

En fait, Emmanuel Macron vient de commettre l'erreur classique d'un partenaire de l'Allemagne mal préparé à une négociation avec ce pays. La première rencontre, lorsque l'on entre dans une relation d'affaires avec les Allemands, est décisive dans la mesure où la manière de poser les bases de la négociation est encore plus décisive avec eux qu'avec d'autres cultures. Si vous oubliez de formuler l'une de vos exigences lors de cette première rencontre, ensuite c'est trop tard. Le partenaire allemand considérera, si vous amenez plus tard des exigences nouvelles, que vous n'aviez pas été honnête la première fois; la confiance en sera ébranlée et la négociation beaucoup plus difficile. Certes on a raison de dire qu'Emmanuel Macron a sans doute eu tort de ne pas rompre avec l'habitude de ses prédécesseurs d'une "première visite" à Berlin. Mais cela serait à nuancer si le nouveau président français en avait profité pour poser clairement des intérêts français divergents de ceux de l'Allemagne (l'absence de politique de change active de la zone euro; la mauvaise gestion de l'espace Schengen par l'Allemagne; les intérêts français en Méditerranée; l'exigence d'un véritable protectionnisme européen etc....). Au lieu de cela, il a voulu briller en bon élève de l'européisme, c'est-à-dire qu'il a accepté le cadre allemand de mise en oeuvre d'une politique européenne. L'occasion perdue aujourd'hui ne sera jjamais rattrapée. 

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 16/05/2017 - 10:23 - Signaler un abus Excellente contribution

    Point de vue intelligent, réaliste et équilibré, d'un contributeur compétent mais livrant sa pensée en des termes intelligibles. Du très bon Atlantico.

  • Par Gordion - 17/05/2017 - 14:32 - Signaler un abus Comme à son habitude...

    ..M.Husson nous éclaire sur les rapports de force et la Weltanschauung (bien émasculéée au demeurant) du IVème Reich. E t sur l'insoutenable légèreté des "élites françaises" dans leur incapacité à engendrer autre chose que l'esprit munichois qui lui valent si bien depuis 1871 jusquà Maastricht en passant par la réunification allemande.

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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