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Pourquoi le soutien affiché par Angela Merkel à Emmanuel Macron risque d'être plus complexe à concrétiser qu'il n'en a l'air

Etre un ultra de l'Union européenne et montrer patte blanche ne fera pas tout pour Emmanuel Macron. A un moment, face à l'Allemagne, il faudra montrer les crocs si le nouveau Président souhaite vraiment réformer le modèle franco-allemand.

Bonnes intentions

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Pourquoi le soutien affiché par Angela Merkel à Emmanuel Macron risque d'être plus complexe à concrétiser qu'il n'en a l'air

Atlantico : Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont rencontrés ce lundi 15 mai dans le cadre du premier déplacement du nouveau Prédisent de la République française. Alors qu'Angela Merkel vient de conforter sa position lors d'un scrutin local, en quoi les agendas des deux première têtes exécutives peuvent-ils cohabiter ? Le couple franco-allemand, resté lettre morte depuis ces dernières années, doit-il réapprendre à travailler ensemble dans le cadre du projet européen ? Dans quelles conditions et avec objectifs ?

Emmanuel Macron : L'accueil réservé par Madame Merkel au nouveau Président français a été chaleureux. Aucune démonstration d'enthousiasme marqué. Mais un accueil appuyé à un nouvel interlocuteur dont on pense qu'il partage profondément la vision des choses sur l'Union Européenne et sur toute une série d'autres sujets. Angela Merkel et, surtout, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances avaient pris un risque durant la campagne présidentielle française, en ne se cachant pas de souhaiter la victoire d'Emmanuel Macron. Ils peuvent se dire qu'ils avaient misé sur "le bon cheval" - à la différence de 2012, campagne à l'issue de laquelle Angela Merkel aurait aimé voir la réélection de Nicolas Sarkozy. Pour autant, une fois qu'on aura fait connaissance, le réel va s'imposer. Madame Merkel a d'ailleurs déjà indiqué à propos d'Emmanuel Macron, à l'issue de leur premier entretien: "Je lui fais pleine confiance. Il sait ce qu'il doit faire". On est bien loin de l'estime et du respect réciproque qui avaient régné au moins jusqu'à la réunification : Madame Merkel parle au nom d'une puissance dont le modèle monétaire a été accepté par une grande partie de l'Europe et qui accumule les surplus commerciaux. Elle s'adresse à un pays qui n'arrive pas à résorber ses déficits et touché par une désindustrialisation sévère. Le rapport de force économique est inégal; le rapport de force politique pourrait être plus équilibré, voire à l'avantage de la France mais ni François Fillon ni Emmanuel Macron n'ont utilisé l'atout à la disposition de la France durant leur campagne électorale : profiter des lourdes erreurs politiques de Madame Merkel (rupture avec la Russie; politique non-soutenable à long terme d'accueil massif de populations réfugiées)  pour proposer une nouvelle relation franco-allemande, plus équilibrée avec une reprise en main du leadership politique par la France. 

Emmanuel Macron a certes décidé de s'afficher comme un ultra de l'Union européenne: il voudrait un Ministre des Finances et un budget européen. Ce faisant, il commet la même erreur que bien des européeistes français. Il ne voit pas combien, pour paraphraser Bismarck, "l'Europe" n'est rien de plus que la désignation prudente, par une Allemagne qui (depuis le nazisme) n'ose plus avancer ouvertement ses intérêts, de son ambition nationale. La seule attitude qui vaille face à l'européisme allemand serait de défendre avec modération et fermeté des intérêts spécifiquement français. L'entente entre la France et l'Allemagne s'est longtemps appuyée sur une claire reconnaissance, par chaque partenaire, de la légitimité des intérêts de l'autre. Depuis qu'avec le traité de Maastricht et l'éclatement de la Yougoslavie la France a cessé de défendre des intérêts propres face à l'Allemagne, elle ne s'attire plus son estime mais de constantes leçons d'économie politique et d'éthique de la responsabilité. Et cela n'a pas de raison de changer avec Emmanuel Macron. 

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 16/05/2017 - 10:23 - Signaler un abus Excellente contribution

    Point de vue intelligent, réaliste et équilibré, d'un contributeur compétent mais livrant sa pensée en des termes intelligibles. Du très bon Atlantico.

  • Par Gordion - 17/05/2017 - 14:32 - Signaler un abus Comme à son habitude...

    ..M.Husson nous éclaire sur les rapports de force et la Weltanschauung (bien émasculéée au demeurant) du IVème Reich. E t sur l'insoutenable légèreté des "élites françaises" dans leur incapacité à engendrer autre chose que l'esprit munichois qui lui valent si bien depuis 1871 jusquà Maastricht en passant par la réunification allemande.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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