Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi la science n’a toujours pas réussi à trouver de remède aux rhumes les plus courants

C'est un des tracas les plus communs et les plus enquiquinant de la planète. Et pas uniquement pour ceux dont le nez se met soudainement à couler... aussi pour les chercheurs !

Snif !

Publié le
Pourquoi la science n’a toujours pas réussi à trouver de remède aux rhumes les plus courants

Atlantico : La médecine a fait d'immenses progrès ces dernières années. L'espérance de vie avec le recul nécessaire a largement augmenté. Ce qui relevait de la condamnation à mort il y a un demi-siècle est devenu quelque chose dont on se remet parfaitement avec le traitement approprié… Mais alors comment expliquer qu'à chaque hiver le rhume continue d'invalider votre interlocuteur ? Pourquoi aucun traitement n'a été trouvé ?

Stéphane GAYET : Il est vrai que c'est dans le domaine des maladies infectieuses que les progrès de la médecine ont été les plus spectaculaires. Avec les bactéries qui sont des êtres vivants unicellulaires, les progrès ont surtout été obtenus grâce aux antibiotiques, mais aussi avec la mise au point de vaccins : diphtérie, tétanos, coqueluche, fièvre typhoïde, méningites à méningocoque et à hæmophilus, pneumonie et méningite à pneumocoque, pour citer les plus exemplaires ; ces différentes maladies bactériennes peuvent toutes donner lieu à des formes très graves et même mortelles.

Avec les virus, qui sont des entités biologiques sans métabolisme et donc sans vraie vie, les progrès ont été obtenus surtout grâce aux vaccins : poliomyélite antérieure aiguë, variole, rougeole, rubéole, oreillons, hépatite virale B, fièvre jaune, grippe, rage et papillomavirus ; il s'agit là de maladies virales pouvant donner des formes compliquées plus ou moins graves, et pour certaines d'entre elles des décès ou des cancers.

 

Beaucoup de progrès accomplis en pathologie infectieuse ; et le rhume ?

 

Toutes ces avancées vis-à-vis des maladies bactériennes et virales ont indiscutablement fait progresser l'espérance de vie, en évitant de très nombreux décès prématurés.

Mais, à côté de ces maladies infectieuses potentiellement graves, il en est d'autres qui ne le sont pas. Le rhume en fait partie, il est même exemplaire. C'est une maladie virale bénigne, mais très contagieuse. Le rhume provoque une fatigue, une fièvre discrète, une obstruction nasale gênante et un écoulement de sécrétions, ainsi que des éternuements. Avec le rhume, il faut s'attendre à une ou deux nuits malaisées. Il a plusieurs appellations : rhume, rhinite, coryza ou encore de façon familière la "crève". Il s'étend fréquemment au pharynx (gorge) et prend alors le nom de rhinopharyngite (mal de gorge, avec douleurs à la déglutition). Il est vrai que nous n'avons réalisé aucun progrès concernant le rhume : ni vaccin ni traitement curatif. Pourtant, s'il n'est pas grave, le rhume affaiblit tout de même le corps et rend le sujet atteint moins efficace au travail ; il est fréquent de devoir cesser son activité professionnelle pendant un ou deux jours, ne serait-ce que pour éviter de contaminer les autres, en plus de se reposer au chaud. On a souvent tendance à banaliser cette maladie en ces termes : "Ce n'est qu'un rhume ; un simple rhume" ; mais sa fréquence immense en fait une question de santé publique à part entière. Il va sans dire que la maladie appelée communément "rhume des foins" n'a rien d'une infection : c'est une allergie aiguë (rhinite allergique).

 

Pourquoi cette absence de progrès vis-à-vis du rhume ?

 

L'absence de progrès réalisé vis-à-vis du rhume tient surtout à deux causes : sa bénignité n'a pas incité à effectuer beaucoup de recherches ; il est dû à des espèces virales variées et au sein de chaque espèce virale à des sérotypes (des variants) variés et parfois nombreux. La principale espèce de virus en cause est le rhinovirus. Or, on a découvert au minimum 160 sérotypes (variants, souches) différents au sein de cette espèce, ce qui complique beaucoup la mise au point d'un vaccin. Par ailleurs, les médicaments antiviraux que l'on possède déjà en médecine ne sont pas efficaces sur le rhinovirus : on dispose d'antiviraux contre le virus de l'hépatite B, ceux de l'herpès, de la varicelle et du zona, le cytomégalovirus (CMV), ceux de la grippe, les virus VIH-1 et VIH-2… Mais rien contre les virus des rhumes, en particulier le rhinovirus qui serait à l'origine de 75 % des rhumes.

Pourtant, on sait depuis des décennies que le rhume est toujours d'origine virale et que des virus variés peuvent être en cause, dont le rhinovirus dans environ trois cas sur quatre, mais aussi l'adénovirus (virus impliqué dans des infections très variées, dont des infections des voies respiratoires et des infections des ganglions, d'où son nom) et le coronavirus humain (virus impliqué dans le rhume, la gastroentérite aiguë virale et le syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS, et caractérisé par une couronne de spicules ou épines, d'où son nom).

 

C'est donc le désert thérapeutique en matière de rhume, ce qui contribue à en faire dans le sens commun une fatalité : il est fatal – soi-disant – de le contracter tellement il est fréquent et contagieux ; il faut fatalement se résigner à attendre sa guérison spontanée en trois jours.

 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Alix007 - 11/09/2018 - 13:00 - Signaler un abus Mon histoire

    Constamment enrhumée pendant l'enfance et l'adolescence au point de devoir appliquer chaque jour de l'année des crèmes réparatrices sur le nez et de mettre des gouttes dans mon nez chaque soir pour dormir. Généralistes, allergologues, autorhino... et sous le conseil de ce dernier opération des végétations à 13 ans. Aucun des traitements n'a servi à RIEN. Même l'opération (merci la sécu de demander le remboursement à l'autorhino). A 18 ans, je consulte un acupuncteur qui me conseille de cesser totalement le lait. Résultat : d'immenses progrès. Mais j'attrape encore un rhume ou deux en hiver. Réfléchissant à ce qui s'est passé, je change radicalement d'alimentation (sans intégrisme non plus). J'ai maintenant un petit rhume tous les 3 ou 4 ans, en vivant à Paris, en prenant le métro etc. Ne sommes-nous pas en grande partie ce que nous mangeons ?

  • Par Stéphane Gayet - 11/09/2018 - 20:31 - Signaler un abus Votre exemple est démonstratif : le lait de vache !

    Votre histoire est tout à fait exemplaire. Le ou les allergologues et le ou les otorhinolaryngologistes sont passés à côté du diagnostic. Le lait est connu pour favoriser les infections de la sphère ORL (rhinite, pharyngites, otites…) chez les sujets ayant une intolérance ou une allergie à l'un de ses composants. Le lait de vache est parmi les laits de mammifères celui qui donne le plus d'effets indésirables. Je vous suggère la lecture du livre "Les laitages : une sacrée vacherie !" par Nicolas Le Berre, médecin. Vous vous y reconnaîtrez. Et c'est votre acupuncteur qui a vu clair. Votre phrase de conclusion est vraiment pertinente : notre santé est liée essentiellement à notre alimentation. Pour bien faire, il faudrait ne pas manger de dessert et quitter la table en ayant encore un peu faim. Chacune et chacun doit observer et écouter son corps et ses réactions. Notre médecine occidentale est trop arc-boutée sur la science pure et dure. Il y a encore beaucoup de médecins qui considèrent que tout ce qui n'est pas démontré scientifiquement n'a pas de valeur : c'est insensé et je suis dépité par leurs limites. Merci de votre témoignage.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€