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Pourquoi le sarkozysme reste le centre de gravité de la droite... mais sans locomotive pour l’incarner

Même s'il s'est retiré officiellement de la politique, nulle figure ne reste aussi populaire à droite que celle de l'ancien président.

Héritage impossible

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Pourquoi le sarkozysme reste le centre de gravité de la droite... mais sans locomotive pour l’incarner

 Crédit Jean-Christophe MAGNENET / AFP

Atlantico : D'après un sondage réalisé par l'IFOP et publié aujourd'hui dans les colonnes du JDD, Nicolas Sarkozy demeure la figure la plus populaire à droite. Comment expliquer que six ans après la fin de son mandat, l'ex-président reste encore le centre de gravité de la droite ?

Christophe Boutin : Effectivement, c’est Nicolas Sarkozy qui sort de ce sondage comme « incarnant le mieux la droite », mais quant à être certain qu’il en représente toujours le centre de gravité c’est peut-être plus compliqué. Notons, avant toute chose, que la question était relativement « ouverte » en ce sens qu’elle ne donnait pas de date : il ne s’agissait pas en effet de savoir qui incarnait le mieux la droite en 2018, et cette manière de poser la question a pu jouer un rôle. On notera d’ailleurs, allant dans le même sens, que le sondage propose dans les réponses proposées des personnalités sinon retirées de la vie politique, du moins ayant pris leurs distances, de gré ou de force, avec la politique nationale (Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, ou, dans une moindre mesure, un Xavier Bertrand replié sur les « Hauts-de-France », ne manque finalement que Jean-Pierre Raffarin), et des personnalités qui, au contraire, cherchent aujourd’hui, luttant entre elles pour cela, à y jouer un rôle de premier plan (Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan).

Une fois posée cette réserve, ce que l’on pourrait retenir c’est que, plus de six ans après son échec à sa réélection, l’ancien Président serait toujours ressenti comme étant viscéralement « de droite », mais encore faudrait-il alors distinguer entre l’avis des Français en général et celui des « sympathisants de droite » (un terme que l’on aurait aimé à préciser lui aussi). C’est ainsi que Nicolas Sarkozy partage la première place (58%) à égalité avec Alain Juppé pour l’ensemble des Français, mais qu’il est « de droite » pour 83% des sympathisants de droite, quand le maire de Bordeaux ne l’est que pour 68%...

Cela renvoie à la question posée et à son caractère ambigu. Dois-je choisir dans ma réponse celui qui incarne le mieux la droite en tant qu’absolu – si tant est que je sois à même de définir cette droite chimiquement pure – ou celui qui incarne le mieux la droite que je souhaiterais ? Et l’on constate, avec le différentiel évoqué que, par exemple, Nicolas Sarkozy est plus une incarnation de la droite pour les électeurs de cette dernière, et Juppé pour les électeurs du centre et de gauche… pour lesquels Sarkozy incarnerait non la « droite républicaine », mais comme une forme médiatiquement acceptable de l’extrême droite.

Une autre preuve de la difficulté de bâtir une analyse sur ce sujet est que l’on trouve dans les résultats, devant Marine le Pen (42%), Laurent Wauquiez et Nicolas Dupont-Aignan (41%), et à égalité avec Valérie Pécresse… le Premier ministre d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe (46%). Or ce dernier, assez logiquement, n’incarne la droite que pour 37% des sympathisants de droite. Bref, il semble difficile, au vu de ses formulations, de se baser sur ce seul sondage pour faire de Nicolas Sarkozy, en 2018, le « centre de gravité de la droite ».

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 10/09/2018 - 10:09 - Signaler un abus Le microcosme parisien

    Ces joutes politiques, ces sondages pour vérifier la popularité des un et des autres, tous ces commentateurs, tous les soirs à la télé, quel intérêt pour le pays ? Quelle couche de la population se passionne pour ça : les retraités !! C'est une forme de spectacle permanent, qui banalise la politique au même titre qu'Hanouna banalise la bêtise. C'est pas sur cette médiocrité permanente qu'on tire un pays vers l'excellence. Une équipe qui gagne n'est ni de droite, de gauche ou du centre. Seuls ceux qui ont un intérêt adorent ces clivages, d'où la manipulation médiatique permanente. Mais une manipulation qui ne change rien à la marmite des français, ce qui limite fortement le microcosme parisien.

  • Par Poussard Gérard - 10/09/2018 - 10:42 - Signaler un abus Sarkozy est popluaire lorsqu'il ne fait plus de

    politique donc sans danger pour le mignon arc en ciel et la gauchosphere..Comme Chirac le président fainéant qui à part l'Irak n'a rien fait.. Vous détestez wauquiez et vous ignorez ses résultats en auvergne rhônealpes il a imposé les 35 h aux agents qui en faisaient moins les portiques dans les lycées, des amendes àla Sncf, la clause Molière remise en cause pas le gouvernement, une gestion rigoureuse sans augmentation d'impôts..etc..et fut élu sans les voix des socialistes..Pour cette presse complice du pouvoir c'est l'homme à abattre ou à ignorer pour opposer à la marionnette un opposant d'opérette comme melenchon..

  • Par Orchidee31 - 10/09/2018 - 19:44 - Signaler un abus Poussard Gérard

    Tout à fait d'accord avec vous -

  • Par Thierry27 - 11/09/2018 - 13:01 - Signaler un abus Halte à la manipulation !

    La manœuvre devient grossière... Comme le dit bien C. Boutin, ces "personnalités" testées sont en général retirées de la politique (Sarkozy) ou de la droite (Bertrand, Philippe). Si Sarkozy a été testé, alors pourquoi pas F. Fillon, dont le projet a recueilli, il y a seulement 21 mois, les 2/3 des 4,2 millions de voix de la primaire ? C'est ce projet, libéral-patriote-conservateur, qui, bien plus que celui de Sarkozy, se situait à la convergence, au centre de gravité des droites. Son assassinat judiciaire n'y change rien. Entièrement d'accord avec Gérard Poussard : le mépris que subit L. Wauquiez chez les bobos médiatiques devient insupportable ! Il est intellectuellement au top (au-dessus de Macron), il gère très bien sa région, il est l'un des rares dirigeants politiques à n'avoir jamais augmenté un seul impôt, il est pro-business mais il a aussi compris l'angoisse identitaire des Français. Avec Bruno Retailleau, et idéalement une personnalité plus nettement libérale (un retour de V. Calmels ?), il y a là de quoi incarner un projet d'avenir, seule alternative au vide macronien discrédité par ses scandales, son arrogance et son absence de vraies réformes et de résultats.

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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