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Pourquoi sacrifier l'armée de terre est une erreur stratégique majeure

La publication du Livre blanc de la Défense aura lieu dans quelques jours. Les rumeurs parlent de coupes budgétaires importantes, notamment pour l'armée de terre. Le chef d’État major de l'armée de terre n'a pas hésité à se désolidariser des orientations prises sur le sujet les jugeant en partie intenables. Quels sont les risques de ce sacrifice ?

Hara-kiri

Publié le - Mis à jour le 29 Mars 2013
Pourquoi sacrifier l'armée de terre est une erreur stratégique majeure

L'armée de terre pourrait connaître des coupes budgétaires importantes. Crédit Daniel Steger / CC

  1. Atlantico : La publication du Livre blanc de la Défense aura lieu dans quelques jours. On parle de coupes budgétaires massives pour l'armée de terre. En quoi l'amputation du budget affilié à l'armée de terre représenterait un danger et une erreur stratégique ?

François Géré : L’armée de terre n’est pas visée en tant que telle. Depuis la fin de la guerre froide et depuis la décision -qui sera toujours un objet de controverse- d’abolir le service national,  l’armée de terre a été réduite. En raison de la paix aux frontières et globalement en Europe, nous  savons que l’armée de terre est devenue une armée de projection. Mais avec quels moyens ? Or on (à savoir tous les gouvernements)  a taillé dans ces capacités, Plus grave encore, les industriels n’ont pas été au rendez-vous.

Les capacités de projection telles que l’A 400 M ont traîné pendant plus de vingt ans. Pour projeter nos forces nous devons, au prix fort, louer des Antonov. Finalement, les espoirs d’une Défense européenne ont servi d’alibi au retard de tous ces programmes. Ce qu’il faut prendre en compte c’est la capacité combattante. Or les Forces spéciales à elles seules, ne peuvent pas résoudre le problème opérationnel et moins encore le problème financier. Unités d’élite équipées de matériels de très haute technologie elles ne permettent guère de réaliser des économies.

Simultanément les opérations extérieures ont changé de nature. La tradition Lyautey de l’armée au contact des populations est  révolue. Ce n’est plus du tout cela. Même si, en terme d’opérations psychologiques,  il conserve une très forte valeur. Pour faire simple, nous sortons de l’Afghanistan pour entrer dans le "modèle  Mali". Car le Mali constitue, sous réserve de la réussite finale qui n’est pas assurée, mais qui est en bonne position,  un modèle. Intervention surprise rapide. Transfert aux forces locales, appuyées par des forces spéciales et par des moyens de renseignement discrets. Retrait rapide de la force française.

Il existe cependant  une erreur de perception de la durée. Trois mois ce n’est rien. Parler d’enlisement au bout de deux semaines est simplement grotesque.  Trois ans cela devient vraiment préoccupant si aucune solution politico-militaire n’est intervenue. Voyez l’échec en Afghanistan.

N'est-ce pas méconnaître la nature actuelle des conflits que de vouloir effectuer ces coupes budgétaires ?

Les conflits actuels sont asymétriques et les domaines d’action changent de nature. Ils incluaient la présence des armées au sein des populations parce qu’il s’agissait de pacification et de stabilisation. La situation montre que ce modèle, très valable dans les Balkans, a mal fonctionné  en Afghanistan. En revanche, au cas par cas, il peut s’avérer pertinent en Afrique. Autant dire qu’il n’existe pas de modèle fixe. D’autant plus que les pays occidentaux ne disposent plus des moyens financiers permettant d’exercer une influence à travers une présence sur la longue durée dans des territoires lointains.

 
Commentaires

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  • Par la saucisse intello - 28/03/2013 - 09:01 - Signaler un abus Monsieur l'historien.....

    Pourquoi diable nous bassiner avec "la projection" ? Tout le monde connait les prochains champs de bataille. Et là, la N.E.B ne vous servira A RIEN. Là, ce sera une "guerre de taupes" et elle sera longue, difficile, coûteuse mais pas en matériel. Et vous le savez. Paranthèse, monsieur l'historien : Cet "IFAS" que vous dirigez emploie combien de généraux à la retraite et pour quel salaire ? Non, juste comme ça, pour savoir ! Puis il y a l'"IFRI", il y aussi l'"IFDEN", ça en fait des casquettes à étoiles tout ça ! Et ça en côute des sous! Et pourquoi ?

  • Par SteakKnife - 28/03/2013 - 11:45 - Signaler un abus Oh mon dieu

    La France découvre avec stupeur qu'elle n'a plus les moyens de financer ses tendances impérialistes.

  • Par gdv - 28/03/2013 - 12:41 - Signaler un abus Une Europe de la défense...voilà la solution

    La solution n'est pas si compliqué que ça, l'europe et une défense commune avec l'allemagne. Bien plus efficace et bien plus fédérateur que tous les discours. De toutes les façons, nous n'avons plus le choix, il suffit d'attendre que les taux montent. Ne vous bercez d'aucune illusion...il suffit d'attendre.

  • Par SteakKnife - 28/03/2013 - 13:01 - Signaler un abus @gdv

    Les taux de quoi?

  • Par sheldon - 28/03/2013 - 13:46 - Signaler un abus La gauche sacrifie la défense pour les retraites des régimes

    Pour ne pas avoir à toucher aux retraites de ses électeurs : fonctionnaires et tous les régimes spéciaux, on est prêt à toucher à la défense du pays. Le nombre important d'antimilitaristes à gauche en ferait d'ailleurs une bonne mesure pour les sondages . On a connu en 39 ce que nous a couté 36 et la suite ! Mais, est ce que la Corrèze a une armée ? non ! alors pour la France ce sera le minimum !

  • Par Stef - 28/03/2013 - 13:59 - Signaler un abus Personnellement

    je supprimerais bien la gendarmerie.

  • Par fentreti - 28/03/2013 - 15:30 - Signaler un abus Bravo , trés bonne décision

    Et avec les économies réalisés , on construira des écoles , et des hopitaux . Bravo !

  • Par jlbaty - 28/03/2013 - 15:50 - Signaler un abus Stef je supprimerais bien les

    Stef je supprimerais bien les flics et maintiendrais la gendarmerie Maintenant on va avoir la moitié des effectifs en mission et l ' autre moitié en opération avant on avait les 3/4 des effectifs a rien faire et le 1/4 en opération

  • Par toupoilu - 28/03/2013 - 17:51 - Signaler un abus L'armée, c'est facile de la reduire,

    C'est quelquefois trop tard pour la remettre a niveau.

  • Par sicenetoi - 28/03/2013 - 20:49 - Signaler un abus Réduire le budget de la défense ?

    Pourquoi pas ? On pourrait commencer par mettre à la retraite d'office toutes les vieilles ganaches qui sont en nombre conséquent dans beaucoup de ministères et qui profitent, littéralement d'avantages énormes ( logement de fonction non déclarés en avantage en nature) sans prendre de risques. La cour des comptes a récemment pointé,en langage diplomatique la phlétore de l'encadrement, cela ferait des économies substantielles. Ensuite, la force de dissuasion nucléaire ruineuse, en matériel ( SNLE et autres engins du même type, Avions de ce très cher Dassault, et j'en passe) est-elle toujours nécessaire ? je ne le crois pas, la guerre aujourd'hui, c'est ce qui se passe au Mali ! et on ne va pas demain atomiser les djihadistes, si toutefois on les trouvait ! Il y a des économies à faire, c'est entendu mais pas n'importe ou ! PS: notre armée n'a jamais obtenu de victoire dans aucun des conflits auxquels elle a participé... c'est dire si elle était efficace !

  • Par simple citoyen - 28/03/2013 - 22:15 - Signaler un abus Ce n'est pas une erreur

    C'est une volonté. Le prochain maillon sera très certainement la force de frappe. Il y a là simplement la mise en oeuvre de l'atlantisme revendiqué de Sarkozi et (semi)caché de Hollande. Comme il se trouve que cela permet de continuer à financer l'achat clientéliste des votes socialistes, il n'y a aucune contradiction. Une simple alliance de l'opportunisme politique et d'une stratégie dont l'aboutissement est la mise en place sans possibilité de retour du glacis américain sur une Europe dominée par l'Allemagne et encadrée par l'Angleterre et la Turquie.

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François Géré

François Géré est historien.

Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

 

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