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Pourquoi les rodomontades Trump Macron ne changent rien à la nouvelle ère de relations internationales dans laquelle nous sommes entrés

Sous l'effet de la globalisation, les acteurs influents sur la scène internationale n'ont cessé de se développer au cours des dernières décennies, et ce au détriment des Etats.

Beaucoup de bruit pour rien

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Pourquoi les rodomontades Trump Macron ne changent rien à la nouvelle ère de relations internationales dans laquelle nous sommes entrés

Atlantico : Suite au retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, le PDG Michael Bloomberg s'est proposé d'apporter les 15 millions de dollars correspondant à la part des Etats-Unis pour le fonctionnement de l'agence en charge de la coordination de l'accord. Quels sont aujourd'hui les nouveaux acteurs influents de la scène internationale ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : De fait, les Etats n’ont plus le monopole des relations internationales. Au vrai, ce monopole n’aura pas duré si longtemps. L’émergence et l’affirmation de l’Etat territorial comme type d’unité politique, d’abord sous la forme de l’Etat royal, puis sous celle de l’Etat-nation, correspondent à l’histoire moderne européenne et occidentale. Les principaux Etats-nations européens se sont dotés de vastes empires qui, d’une certaine manière, ont préparé la mondialisation de l’Etat-nation. Lors de la décolonisation, les minorités indépendantistes actives au cœur du processus ont prétendu importer ce type particulier d’unité politique et transformer les anciennes possessions coloniales, celles-ci regroupant des territoires et des populations hétérogènes (voir les clivages géographiques, ethniques, tribaux et claniques), en des nations modernes.

Sur le plan du droit international public, il y aurait peu ou prou uniquement des Etats-nations à la surface de la planète, regroupés au sein de l’ONU (quelque 195 Etats ou prétendus tels). In fine, nous en sommes venus à confondre le politique avec l’étatique. Pourtant, il faudrait s’interroger sur le fait de considérer la Chine populaire ou l’Inde comme des Etats-nations classiques. Ne s’agirait-il pas plutôt d’Etats-civilisations, correspondant avec ce que l’on appelait autrefois des empires, au sens traditionnel du terme ? A l’inverse, les micro-Etats sont-ils bien des Etats ? Une approche strictement juridique ne suffit pas.

D’aucuns expliquent que le durcissement des relations internationales et les politiques de puissance des uns et des autres nous replongeraient dans l’ancien monde westphalien. Comparaison n’est pas raison. Le monde westphalien était européo-centré et reposait sur un équilibre d’Etats souverains qui refusaient l’autorité et l’arbitrage des instances supranationales (la Papauté et le Saint-Empire). Les rivalités de puissance à l’extérieur de l’Europe visaient à accumuler des ressources de pouvoir, afin de peser au "centre" du système et de se poser en hégémon. A l’évidence, l’équation de la puissance mondiale est désormais autre. Si l’on veut, au moyen de cette expression de "monde westphalien", insister sur les rapports de force, ceux-là existaient bien avant l’ère étatique, à l’époque de Pharaon et des Hittites, des guerres médiques (cf. Hérodote) et de la guerre du Péloponnèse (cf. Thucydide) ou encore de Rome et Carthage (cf. Polybe). Enfin, la possible bascule dans un "hyperchaos" à la Mad Max ou le déclenchement d’une sorte de guerre civile mondiale ne signifieraient en rien le retour à l’ère westphalienne.

Dans le cas présent, l’annonce faite par Michael Bloomberg souligne l’importance des acteurs subétatiques, à l’instar des grandes métropoles américaines ou encore des grandes firmes transnationales capables désormais de développer une sorte de diplomatie privée, y compris sur le plan écologique, ainsi que des ONG. De fait, firmes et ONG constituent déjà les interlocuteurs des Etats. L’expression aujourd’hui fréquente de "gouvernance" vise à rendre compte de cette coopération étroite entre acteurs publics et privés dans le champ de la diplomatie, au sens large du terme. Dans cette affaire, il importe de prendre en compte les Etats membres de la Fédération des Etats-Unis d’Amérique, détenteurs d’importants pouvoirs. Ainsi, cette erreur diplomatique que commet Trump en sortant du cadre de l’accord climatique international – ce cadre était suffisamment souple pour permettre des aménagements et il ne préfigurait en rien la constitution d’un "Léviathan" planétaire – pourrait être en partie compensée par l’action du marché, de la société civile ainsi qu’un fédéralisme renouvelé. Belle illustration des vertus du libéralisme politique et économique ! Nous n’en sommes pas là et la diplomatie climatique mondiale ne doit pas occulter d’autres aspects de la privatisation des relations internationales. 

Parmi les acteurs non-étatiques au poids grandissant, il faut tenir compte aussi du crime organisé ou encore du terrorisme islamique (le djihadisme global). Quant au Hezbollah et aux milices chiites qui, à bien des égards, doivent aussi être considérés comme des entités terroristes, rappelons qu’ils sont au service du régime chiite-islamique de Téhéran, plus précisément des "Gardiens de la Révolution". Ce sont les outils extérieurs de ce régime, non pas des acteurs "exotiques" et anomiques d’un nouveau genre. 

 
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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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