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Pourquoi le risque bancaire qui menace l’Europe concerne bien plus l’Italie que la Turquie

Selon Tom Kinmonth ce qui devrait se passer en Italie dans les prochains mois devrait fixer la politique bancaire européenne pour les trois ou cinq ans à venir.

Politique européenne

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Pourquoi le risque bancaire qui menace l’Europe concerne bien plus l’Italie que la Turquie

 Crédit YVES HERMAN / POOL / AFP

Atlantico : Alors que la crise monétaire turque a entraîné un vent d'inquiétude sur les positions bancaires européennes dans le pays, le stratégie de la banque ABN Amro,  l'analyste Tom Kinmonth, a indiqué que le risque bancaire européen devait plutôt être observé du côté de l'Italie pour les prochains mois. Quels sont ces risques pointés du doigt ? A quel point le risque italien peut-il peser sur les partenaires européens ? 

Michel Ruimy : Le fond du problème n’est pas le système bancaire italien car si les établissements étaient dans un si piteux état, comment expliquer que les relativement bonnes performances des banques italiennes comparées à celles de leurs consœurs européennes. 

Le secteur bancaire italien, atomisé entre quelque 700 établissements différents, souffrait d’une capitalisation insuffisante car, au contraire des autres pays européens, l’Italie a manqué l’opportunité de sécuriser son système bancaire quand il y avait, à la fois, le besoin et la volonté politique dans l’Union européenne, pour autoriser un soutien public.
De plus, les institutions possédaient un niveau élevé de prêts non performants, qui demeurent un frein pour le système bancaire italien et l’économie dans son ensemble car ils exigent davantage de provisionnement et limitent la rentabilité des banques et, par conséquent, leur solvabilité.
 
Aujourd’hui, les bilans ont été renforcés et les créances douteuses, qui étaient estimées à près de 260 milliards d’euros à fin 2017, commencent à baisser mais tout n’est pas revenu à la normale. Cette diminution suggère qu’après une période prolongée de stress économique considérable, le secteur bancaire italien est à un moment charnière puisque que le taux de formation de nouvelles créances douteuses a désormais atteint son niveau d’avant la crise de 2007.
 
Ce constat est toutefois à modérer. En effet, le problème des créances douteuses est plus prégnant pour les banques de second rang que pour les grands groupes bancaires italiens qui semblent avoir surmonté cet obstacle. Cette situation s’explique par la rentabilité supérieure et plus diversifiée, ainsi qu’au meilleur accès aux marchés des actions, des grands établissements du pays, qui leur permettraient de plus facilement absorber l’impact de la dépréciation des expositions problématiques. Dès lors, par contraste, elles présentent une rentabilité et des niveaux de provisionnement plus modérés. 
 
A cela s’ajoutent une marge de manœuvre plus limitée du gouvernement pour soutenir son système bancaire ainsi que des finances publiques mises à rude épreuve, empêchant, par là même, le gouvernement italien d’apporter un vaste soutien comparable à ce qu’ont mis en place l’Espagne ou l’Irlande. 
 
Considérés conjointement, ces facteurs expliquent pourquoi les banques italiennes de second rang subissent encore une pression considérable qui fait contrepoids à l’amélioration macroéconomique. Plus récemment, le Mécanisme européen de surveillance unique, le superviseur des principaux établissements de crédit en zone euro, a accru la pression en demandant aux banques d’accroître leur couverture des créances douteuses afin de renforcer la résilience du système bancaire européen face aux futures crises financières. Conscient du problème, le gouvernement italien a pris des mesures pour faciliter et accélérer la cession de ces créances douteuses. Les mesures mises en œuvre par le gouvernement italien pour consolider les banques en difficulté ont aidé à stabiliser le secteur et à donner plus de visibilité sur la gestion du risque bancaire. 
 
C’est pourquoi, on peut considérer, à présent, que le risque systémique lié au secteur bancaire italien a sensiblement diminué. Il n’a pas pour autant disparu notamment pour les autres établissements européens car il faut bien comprendre, par exemple, qu’une banque en France ne consent pas de crédits uniquement à des entreprises ou à des ménages français, n’investit pas uniquement dans la dette souveraine française. Elle peut avoir des activités ou des filiales à l’étranger. L’exposition au reste du monde représente donc l’ensemble des créances des banques d’un pays envers des entités étrangères. Plus les institutions financières d’un pays ont de créances envers des pays étrangers en difficulté, plus elles sont fragilisées en cas de crise graves dans ces pays (phénomène de contagion).
 
De manière plus précise, face au « risque Italie », les banques allemandes et françaises sont les entités les plus exposées en Europe, les établissements français davantage que les établissements allemands, notamment via leurs filiales (la BNP Paribas contrôle la Banca Nazionale del Lavoro et le Crédit agricole s’est renforcé dans la péninsule en 2016, via le rachat de Pioneer par sa filiale de gestion d’actifs Amundi), qui sont essentiellement financées localement, via les dépôts des particuliers transalpins. L’exposition directe des banques françaises est donc limitée. Néanmoins, compte tenu du poids du pays, une grave crise italienne ne manquerait pas de les affecter indirectement.
 
 
Commentaires

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  • Par GP13 - 16/08/2018 - 11:32 - Signaler un abus Creuser le fond de la piscine ?

    Le fédéralisme européen inhérent à l'euro ne marche pas. Augmentons le fédéralisme et ça ira bien. Les peuples échaudés n'en veulent pas. Les technocrates oui. C'est bien ce qui risque d'arriver, pour une explosion finale encore plus forte !!

  • Par vangog - 16/08/2018 - 13:17 - Signaler un abus Et pourquoi une banque privée ne pourrait-elle faire faillite?..

    Qu’est-ce-que c’est que ce système très anti-libéral, où la BCE apporte sa garantie de paiement, et rachète les dettes pourries des banques, et où les actionnaires de la haute finance en connivence avec ce système socialiste, s’en mettent plein les poches, tout en sachant qu’ils ne peuvent faillir, pour cause de « risque systémique »...moi je dis qu’au delà d.un seuil acceptable de dettes pourries, les banques devraient être arrachées des mains des actionnaires impécunieux, et nationalisée par l’état. Les rachats de dettes pourries par la BCE, sans contrepartie, sont une aberration qui mène aux situations italiennes et autres...

  • Par ajm - 16/08/2018 - 19:37 - Signaler un abus Créances pourries, economie nationale pourrie?

    Vanfog: quand un.pays va mal , un pan énorme de dettes et de créances du pays en question devient problematique. Les banques Italiennes financaient l'économie réelle de l'Italie, ses PME notamment, souvent petites, avec une surface financière réduite. Ce ne sont pas seulement des PME mal gérées et perdant structurellement de l'argent, qui deviennent "pourries" mais des entreprises habituellement saines. Les banques Italiennes, plus que les Françaises par exemple, avaient des actifs peu internationalisés, en cas de difficultés du pays, elles sont évidemment très touchées.

  • Par FalcozVigne - 17/08/2018 - 22:02 - Signaler un abus Créances indues

    Pour faire avancer les choses,seul l'alliance des pays du sud peut influer sur les technocrates de Bruxelles!

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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