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Pourquoi un rire est une réaction du cerveau qui cache des larmes beaucoup plus souvent qu’on le croit

Rire et larmes : deux réactions totalement antinomiques, mais qui pourtant auraient la même origine cérébrale selon le neurologue américain Michael Graziano.

Rira bien qui pleurera le dernier

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Pourquoi un rire est une réaction du cerveau qui cache des larmes beaucoup plus souvent qu’on le croit

Atlantico : Dans un article récemment publié sur le site Aeon, le neurologue américain Michael Graziano avance l’idée selon laquelle le rire, le sourire et les pleurs ont une même origine, à savoir la partie du cerveau qui régit notre lien social et notre " zone de défense " vis-à-vis de l’extérieur. Cette explication vous semble-t-elle plausible ?

Michel Dib : Cette explication me semble tout à fait plausible. Je retiens surtout le mot " défense " : ces émotions ont un rôle défensif au sens où elles vident l’organisme de ses charges émotionnelles, également appelées pulsions.

Ces dernières correspondent en général à un excès d’énergie psychique, qui en envahit le cerveau. Cette énergie peut venir de facteurs internes (les angoisses) comme externes. Ces pulsions, si elles ne sont pas évacuées, peuvent donner lieu à ce qu’on appelle les " pulsions de la mort ". Mais de toute façon, on s’en débarrasse aussi au travers des pulsions sexuelles.

Un deuil, par exemple, génère un excès négatif d’énergie psychique, qui envahit et bloque le cerveau. Le fait de pleurer permet d’évacuer positivement la pression psychique, et ainsi de sauver l’organisme. 

De la même façon, des personnes réagissent devant certaines situations complexes par un fou-rire, alors qu’elles auraient pu pleurer. C’est fonction de la personnalité des individus et de leur mode d’expression.

Jacques Fradin : Cliniquement, des éléments peuvent corroborer cet angle de vue. Si on regarde les sujets de psychologie qui mènent en psychothérapie, autour des pleurs par exemple, les sujets sociaux et relationnels sont extrêmement prédominants. Il est donc fort possible d’expliquer sur un plan neurocognitif pourquoi les pleurs sont si souvent liés à des problèmes relationnels et à des questions affectives ou d’image sociale : récemment, une étude est parue, mettant en évidence la place du rire dans les rapports de force, et l’importance du sentiment de réussite sociale (lire ici en anglais).

De là à dire que cette zone du cerveau soit la seule cause de rires et de pleurs, je n’en suis pas si sûr, mais il est probable que les circuits internes qui sont reliés à la vie sociale et émotionnelle sont du moins constitutifs des circuits du rire et des larmes. Je ne doute pas qu’il y ait des causes sociales au rire et aux pleurs, et donc qu’on puisse retrouver des substrats neuronaux associés, mais je pense que d’autres territoires du cerveau sont concernés, notamment les territoires préfrontaux qui sont impliqués dans l’humour et la prise de recul, et donc dans une forme de rire. On peut aussi trouver des origines aux réactions émotives dans des structures plus profondes et primitives, comme le territoire lié à la gratification. 

Les pleurs quant à eux ne peuvent pas seulement  cantonnés à la dimension sociale, puisqu’ils peuvent survenir sous le coup de la douleur et dans une situation solitaire.

 

 
Commentaires

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  • Par Pig - 04/09/2014 - 00:11 - Signaler un abus Le rire est le propre de l'homme

    Alors que le pleur est largement partagé.

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Jacques Fradin

Jacques Fradin est médecin, comportementaliste et cognitiviste.

il a fondé en 1987 l'Institut de Médecine Environnementale à Paris. Il est membre de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive.

 

 

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Michel Dib

 Michel Dib est neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière depuis plus de vingt ans. Membre de la Société Française de Neurologie, il est auteur de plusieurs ouvrages scientifiques et destinés au grand public, notamment Apprivoiser la migraine aux Editions du Huitième Jour.

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