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Pourquoi la reprise économique risque bien d’avoir un prix et voilà pour qui

Les 1000 CDI annoncés par Renault pourraient bien, si la conjoncture économique se confirme, pousser le gouvernement à se reposer sur ses lauriers. Ou comment une bonne nouvelle se transformerait en cauchemar pour les chômeurs de longue durée, les grands oubliés des réformes.

Effet d'aubaine

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Pourquoi la reprise économique risque bien d’avoir un prix et voilà pour qui

Le gouvernement pourrait laisser réformes en matière d'emploi. Crédit Reuters

Atlantico : Si les effets conjugués de la relance monétaire européenne sur la demande et du pacte de responsabilité sur l'offre venaient à se confirmer, le gouvernement pourrait récolter les fruits d'une conjoncture économique favorable sans avoir à mener de réformes structurelles. Mais une reprise sans réformes structurelles pourrait-elle bénéficier à tous, notamment aux chômeurs de longue durée ? Pour quelles raisons ?

Didier Demazière : On peut observer que les phases de reprise économique ont des effets sur la courbe du chômage mais très peu sur les inégalités de chance d’accès à l’emploi. Il y a une sorte de viscosité du chômage qui est variable entre ceux qui peuvent en sortir rapidement et d’autres qui y restent coincés et qui ont peu de chances d’en sortir. On parle souvent des chômeurs comme un ensemble égal, mais à l’intérieur certains retrouveront rapidement un emploi car ils ont les qualifications nécessaires alors que d’autres, à l’inverse, cumulent les handicaps, comme une faible qualification, une expérience limitée.

Etre âgé ou mère célibataire n’arrange pas les choses non plus. Il faut une reprise économique rigoureuse et durable pour avoir des effets positifs sur cette frange de demandeurs d’emploi.

>> Et sur le même sujet La France aurait-elle dissimulé la montée des inégalités salariales sous le tapis du chômage ?

Gilles Saint-Paul : Notons d’abord que le pacte de stabilité est une réforme structurelle, au sens où il implique une baisse des charges sociales et donc du coût du travail. La vraie question est celle de son financement : en l’absence de baisse des dépenses publiques, celui ne peut être financé que par la dette ou l’impôt. Or l’impôt, ce sont des distorsions économiques supplémentaires, et la dette signifie plus d’impôts dans le futur. Ceci étant posé, il est exact que la conjoncture semble s’améliorer, notamment à cause de la baisse de l’euro et de la baisse du prix du pétrole, encore que l’on discerne à peine quelques frémissements dans les enquêtes de l’INSEE. Une reprise purement conjoncturelle bénéficie à tous, y compris aux chômeurs de longue durée. Mais bien entendu ceux-ci ont un  taux de retour à l’emploi plus faible que les chômeurs de courte durée, et la reprise leur profite moins que des politiques actives de l’emploi ciblées vers eux.

Comment sortir du chômage ceux qui y sont inscrits depuis plus d’un an ? Le plein emploi est-il finalement la seule issue pour eux ?

Didier Demazière : Dans le fonctionnement habituel du marché du travail, c’est-à-dire dans la sélection de main d’œuvre ordinaire, les chômeurs de longue durée sont souvent les perdants. L’idée est de trouver le mécanisme qui leur fera gagner des places dans cette file d’attente.

Il y a deux raisonnements possibles. Le premier serait effectivement le plein emploi, avec un chômage frictionnel, c’est à dire le chômage provoqué par la période nécessaire à l’individu pour trouver un autre emploi,  autour de 3 ou 4%. Autant dire que nous en sommes très loin, mais ce n’est pas utopique.

L’autre solution serait de lutter contre les mécanismes de sélection, soit pour les supprimer, soit pour les modifier. Il s’agit de rendre recrutable et attractive une catégorie de chômeurs qui ne le sont pas ou trop peu aujourd’hui. On peut transformer les qualités de cette main d’œuvre. La réponse classique, c’est la formation. Cette réponse se heurte à un problème très bien identifié par des évaluations au cours des années 1990 et 2000 : pour les demandeurs d’emploi les moins formés, un stage de formation n’est pas forcément attractif et n’a pas forcément de sens. Prenons par exemple quelqu’un qui a un certificat d’études, qui est âgé d’une cinquantaine d’année et qui est au chômage depuis deux ou trois ans : on comprend bien qu’aller se former peut lui sembler incongru. Le deuxième levier serait de baisser le coût de cette main d’œuvre. Elle reprendrait ainsi de l’attractivité vis-à-vis de chômeurs mieux formés ou qui seraient au chômage depuis moins longtemps mais qui seraient plus chers. C’est un levier qui a été beaucoup utilisés pour les chômeurs de longue durée et pour les seniors.  Cela ne fonctionne pas vraiment car pour changer le comportement des recruteurs vis-à-vis de cette frange de demandeurs d’emploi, il faut une conjoncture suffisamment favorable pour qu’ils puissent recruter de manière plus diversifiée. Ils ne prennent pas ce risque quand ils n’ont qu’une embauche à faire. Les dispositifs contre-sélectifs ont une efficacité qui va être améliorée par une conjoncture de l’emploi qui est elle-même améliorable. Ce n’est pas l’un contre l’autre.

 
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Didier Demazière

Didier Demazière est chercheur CNRS au laboratoire Printemps. Ses travaux portent sur le chômage et les politiques publiques d'emploi et sur les transformations du travail et les dynamiques des groupes professionnels.

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Gilles Saint-Paul

Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.

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