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Pourquoi la remontée de l’euro est insoutenable pour les pays de la zone euro... à l’exception de l’Allemagne

Depuis la fin de l'année 2016, la valeur de l'euro a progressé de près de 15%, faisant passer la monnaie unique de 1.04 à un seuil proche de 1.18 USD ce 9 août.

Ca monte, ça monte

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Pourquoi la remontée de l’euro est insoutenable pour les pays de la zone euro... à l’exception de l’Allemagne

Atlantico : Quelles sont les causes de cette hausse, et quelles en sont les conséquences pour l'économie de la France, mais également pour celle de la zone euro ?

Rémi Bourgeot : La cause de cette hausse réside d’abord dans la faiblesse du taux de change de l’euro au regard du modèle de surplus commerciaux tous azimuts qui se développe dans le contexte de ce que l’on pourrait nommer « étalon Euromark » (ou pourquoi pas « D-Standard » dans la langue de Goethe et de Schäuble).

La BCE n’a concrètement pris le chemin d’une politique véritablement non-conventionnelle qu’en 2014. Quand en juillet 2012, Draghi suscite l’extase des acteurs de marché avec son discours de soutien à l’euro, son action est purement rhétorique : il évoque des achats illimités pour causer l’effondrement des taux d’intérêt des pays dits « périphériques », mais rien n’est véritablement mis en place. Cela permet effectivement d’abaisser les taux d’emprunt des Etats, mais simultanément cela fait violement rebondir l’euro de niveaux autour de 1.20 contre le dollar vers près de 1.40 au premier semestre 2014.

Lorsque la BCE annonce le recours à des taux négatifs sur les dépôts des banques en 2014 puis son intention de mettre en place un programme d’achat de dette pour contrer les tendances déflationnistes, le taux de change de l’euro décroche brutalement et quasi-continûment pour atteindre en 2015 un point bas autour de 1.05 (ensuite revisité fin 2016). Pourquoi l’euro avait-il pu rebondir précédemment sur la base d’assurances purement verbales de Mario Draghi ? Parce que la zone euro, sur la base du modèle ultra-excédentaire allemand, voit ses excédents commerciaux croître depuis la crise, du fait de l’abaissement des coûts salariaux dans tous les pays frappés par la crise et des politiques d’austérité.

Le début d’annonce de normalisation de la politique monétaire par Draghi au cours des derniers mois a déclenché cette réappréciation du taux de change de l’euro. La sortie de récession après le pic de la crise de l’euro s’était fait alors que le taux de change de l’euro était largement plus élevé. Néanmoins la dévaluation massive orchestrée par la BCE, au moyen d’achats de dette massifs, a permis de donner un support supplémentaire à ce rebond de la conjoncture. La remontée de l’euro par rapport au dollar fort de Janet Yellen pénalise les exportations vers l’extérieur de la zone euro de la France et des autres pays. Mais plus encore que l’impact direct sur la croissance, cette remontée risque d’affecter l’inflation à la baisse alors que le QE de la BCE avait pour objectif de sortir la zone des tendances déflationnistes qui la traversent.

Quels sont les pays les plus touchés par ce mouvement ? Existe-t-il une hiérarchie des pays en fonction de leur structure économique ?

Alors que depuis la crise la quasi-totalité des pays de la zone euro (hors France) se convertissent rapidement à un modèle excédentaire sur la base de l’abaissement des coûts salariaux, le rebond de l’euro pénalise cette option. Il faut néanmoins garder à l’esprit que la transition vers une croissance fondée sur les exportations repose aussi sur les exportations au sein de la zone euro. Dans le même temps, l’Allemagne a, depuis le début de la décennie et la crise, de plus en plus déployé ses excédents commerciaux vers des pays hors Europe.

 
Commentaires

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  • Par ajm - 10/08/2017 - 11:02 - Signaler un abus Les bons élèves affectés par la hausse de l'euro.

    Une fois de plus le titre de l'article n'est pas du tout en phase avec les propos de l'économiste. C'est même un peu le contraire, les "bons élèves" de l'Europe du nord seraient, en fait, plutôt plus gênés par la remontée de l'euro que les autres.

  • Par vangog - 10/08/2017 - 13:09 - Signaler un abus Hinterland manufacturier de l'Allemagne?

    Le socialiste Hitler en avait rêvé, la social-démocrate-chrétienne Merkel l'a réalisé, et sans panzers, s'il vous plaît! l'Allemagne est la grande gagnante de l'Euro fort, comme tous les économistes lucides (non inféodés à la pensée uniUe gauchiste) l'avaient prévu, des la mise en place de l'Euro. et, pendant ce temps, la BCE a deux ou trois trains de retard pour réagir aux vicissitudes de l'économie mondiale. Ce qui fait qu'elle parle beaucoup, mais ne fait rien de concret, car elle est toujours à contretemps...ça ajouté aux déboires de notre économie française neo-trotskyste, on est gâtés!!!...

  • Par Ganesha - 10/08/2017 - 14:19 - Signaler un abus Deux possibilités

    Deux possibilités : soit Macron sera capable de convaincre les peuples d'Europe de transformer notre continent en un véritable ''état fédéral'' unifié par sa monnaie, comme les USA autour du dollar (probabilité proche de zéro), soit même Juncker et Merkel seront rapidement obligés d'en revenir au ''serpent monétaire''. Vous savez, ce système si mal défendu par Marine Le Pen, lors du débat du second tour ! Une utopie absurde, on peut essayer de la maintenir pendant un certain temps, mais elle finit toujours par s'effondrer !

  • Par ajm - 10/08/2017 - 19:30 - Signaler un abus L'Euro ne doit pas servir d'alibi à nos faiblesses.

    Même bien avant l'Euro, alors que le franc était dévalué régulièrement tous les deux ans et le mark perpétuellement réévalué, l'Allemagne était de très loin la première puissance exportatrice d'Europe, avec des excédents commerciaux énormes. S'imaginer que les problèmes de compétitivité de la France s'évanouiraient par enchantement avec un franc fortement dévalué est une illusion, surtout si, en plus, cette disparition de l'euro s'accompagnait , comme on peut l'imaginer, d'une polititique typiquement française de dépenses publiques massives supplémentaires, d'augmentations toutes azimuts et d'embauches à tout va de fonctionnaires. La compétitivité ne peut s'améliorer que progressivement par des mesures visant proncipalement à améliorer les marges des entreprises françaises qui sont parmi les plus basses en Europe de façon à financièrement permettre une montée en gamme des produits et services. Il faut aussi attirer les investisseurs pour renforcer les fonds propres des entreprises souvent trop faibles et accroître le nombre de grosses PME qui manquent cruellement en France. Cela passe par une baisse de la fiscalité du capital en France qui est la plus forte d'Europe.

  • Par Deneziere - 11/08/2017 - 10:36 - Signaler un abus @ ajm : +1

    Vous avez mille fois raison et je le chante sur tous les tons dans ces commentaires Atlantico. Cela étant, il faut bien reconnaître que l'euro n'a pas fait le boulot. On devait avoir 2% d'inflation, et on ne les a pas. On devait avoir une parité euro-dollar, on ne l'a quasiment jamais eue. La seule chose qu'on a eue, c'est une monnaie stable. C'est beaucoup par rapport à cette monnaie de singe hypocrite qu'était devenu le franc. Mais on est quand même loin du compte.

  • Par jerome69 - 11/08/2017 - 10:49 - Signaler un abus Un nouveau coup sur la tête

    la période Trichet et l euro à 1.40 $ avait détruit l'économie des pays Sud europe. Depuis la chute de l'euro et les mesures prises par certains des ces pays avaient permis une amélioration de leur éconnomie , comme pour l'espagne et le portugal en autre. Bien sur nous avec Holande et sa clique de bon à rien on faisait l'inverse. Ce qui nous a mis à la traine de toutes les reprises économiques en route. Il y a fort a parier qu'un retour de l'Euro fort on sera les premiers à en patir, du moins ce qu'il reste de notre industrie va être pousser encore un peu plus au bord du précipice.

  • Par Ganesha - 11/08/2017 - 11:47 - Signaler un abus Jerome69

    Jerome69, il y a deux sortes de commentateurs sur ce site : ceux qui se préoccupent de l'avenir, de la réussite et du bien-être de l'ensemble du peuple français. Et puis, quelques vieux charognards qui viennent ici avouer sans la moindre pudeur que leur seule préoccupation, c'est que leur petit magot garde sa valeur, au moins pendant les quelques années qu'il leur reste à vivre ! Une angoisse qui est complètement absurde, parce que même les épargnants modestes tireraient bénéfice d'une reprise de notre économie ! Les classes moyennes ont fait fortune pendant les Trente Glorieuses (avec le franc!). Depuis trente cinq ans, ces petits bourgeois se font laminer par le ''Libéralisme'', qui ne profite qu'à l'Allemagne et aux milliardaires mondialisés, mais ils n'osent pas imaginer un instant sortir de leur servitude !

  • Par gerard JOURDAIN - 11/08/2017 - 15:14 - Signaler un abus une seule solution.

    pour la France, remettre le peuple au travail. donc baisser les charges; donc réduire la masse salariale de l' état; donc moins d'état. voilà.

  • Par ajm - 11/08/2017 - 23:15 - Signaler un abus Utopie monétaire.

    Ce n'est pas l'euro à 1.4 usd qui a coulé l'Europe du Sud mais la continuation des mauvaises habitudes d'avant l'Euro : Etat obèse et inefficace, croissance des rémunérations de tous les agents de l'économie sans considération pour l'augmentation de la productivité, hausse massive de l'endettement pour soutenir artificiellement un train de vie général dispendieux grâce aux taux d'intérêt très bas rendus possibles par l'euro, fraudres généralisés des comptabilités publiques et privées, économie noire ou grise considerable etc.. La question effectivement c'était l'opportunité de mettre des pays aussi différents sous une même monnaie. Cela supposait une vraie révolution dans les mentalités et habitudes des peuples et classes politiques du sud. Sans doute un objectif assez utopique.

  • Par gerint - 12/08/2017 - 10:32 - Signaler un abus Je suis pour que chacun vive dans sa merde

    Cela me paraît le meilleur moyen de vouloir en sortir quand on vit pleinement l'inconfort. Sans être déresponsabilisé, infantilisé, (faussement) materné par l'UE qui veut abolir les nations. On aide avant tout ceux qui le méritent et bien sûr Les déshérités de la vie: invalides et malades, mais pas Les feignasses. J'ai pas mal bouffé de vache enragée et je ne le regrette pas car cela a armé ma volonté et m'a empêché de devenir une poule mouillée et je connais bien des personnes qui ont fait pareil et qui se sont bâti une situation enviable sans forcément devenir des égoïstes forcenés et souvent au contraire des personnes prêtes à aider les autres.

  • Par Ganesha - 12/08/2017 - 10:58 - Signaler un abus Le célèbre cri de Tarzan !

    Une autre catégorie rigolote parmi les lecteurs d'Atlantico : ''les papys-Tarzan'' ! Ils viennent parader, vêtus de leur slip en peau de panthère, bombent le torse, exposent leurs muscles ! Ils poussent leur célèbre cri de guerre : ils sont les vainqueurs de la ''Guerre de la Jungle'' ! Heureusement que l’anonymat les sauve du ridicule !

  • Par l'enclume - 12/08/2017 - 13:38 - Signaler un abus Tu l'as dit bouffi

    Ganesha - 12/08/2017 - 10:58 - "! Heureusement que l’anonymat les sauve du ridicule !" Cela vous concerne au premier chef

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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