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Pourquoi les ravages de la mondialisation sur les classes moyennes ne sont pas une fatalité économique mais le fruit d’un fiasco des élites politiques des pays développés

Selon Dean Baker, alors que certaines élites politiques semblent découvrir à l'insu de leur plein gré les dégâts causés par la mondialisation sur les classes moyennes, ce sont surtout les erreurs d'adaptation à ce nouveau contexte commises par les gouvernements qui sont à l'origine des difficultés actuelles.

700 millions de Chinois et moi et moi et moi

Publié le - Mis à jour le 25 Mars 2016
Pourquoi les ravages de la mondialisation sur les classes moyennes ne sont pas une fatalité économique mais le fruit d’un fiasco des élites politiques des pays développés

Atlantico : Suite aux livres de Thomas Piketty et de Branko Milanovic, les élites politiques occidentales semblent découvrir les dégâts causés par la mondialisation, notamment sur les inégalités. Mais d’un point de vue théorique, s’agit-il véritablement d’une surprise ? 

Dean Baker : Je ne voudrais pas minimiser le travail de ces économistes, que je respecte profondément, mais je pense que la reconnaissance de l’impact de la mondialisation sur les inégalités a plus été le résultat de pressions politiques que des avancées intellectuelles parce que d’autres personnes proposaient des arguments similaires au cours des deux dernières décennies.

Cette approche a vraiment commencé à attirer l’attention suite aux retombées de la crise économique et de la stagnation qui s’en est suivie aussi bien aux Etats Unis qu’en Europe. Le mouvement "Occupy Wall Street" a été particulièrement important à ce titre, comme symbole de ces revendications.

Bien entendu, l’émergence des partis populistes de droite en Europe a également joué un rôle décisif. Nous pouvons croire qu’un nombre très important de citoyens européens ont soudainement perdu tout respect pour leurs droits démocratiques traditionnels et pour la notion de société ouverte, ou nous pouvons croire que certains événements mondiaux ont conduit à un tel changement. Les personnes sérieuses doivent évidemment croire en ce dernier point.

Après plus de 20 ans de mondialisation accrue, et suite à la grande récession, quelles sont les priorités économiques permettant d’offrir des solutions aux classes moyennes, qui en ont été les principales victimes ? Plus largement, est-il simplement possible de combiner mondialisation avec une hausse des revenus de ces classes moyennes ?

Nous pouvons évidemment avoir la mondialisation dans un sens qui permet une redistribution vers le bas plutôt que vers le haut. En premier lieu, nous pouvons essayer de faire peser une pression baissière sur les salaires des travailleurs les mieux rémunérés (par exemple les médecins, les dentistes, les avocats etc…) en permettant un accès plus facile aux personnes des pays émergents pour se former aux standards occidentaux, afin de travailler en compétition directe avec les professionnels des pays occidentaux. La question n’est, bien sûr, pas de taper sur ces professions par principe, mais c’est une histoire classique de gains commerciaux. Parce que des médecins sont moins rémunérés, cela signifie des coûts de santé moins élevés. Des avocats moins payés, cela signifie des services juridiques moins chers. Ce qui correspond à la même histoire que d’avoir des chaussures moins chères en les faisant fabriquer par des travailleurs moins rémunérés en Chine. Tous ceux qui sont favorables à la mondialisation doivent soutenir une telle politique.

Et oui, il est également possible de permettre aux pays émergents d’en bénéficier. Nous pouvons rapatrier une part des revenus de ces professionnels afin que le pays d’origine puisse former 2 ou 3 médecins, avocats etc. pour chaque personne qui émigre. C’est une histoire classique de gagnant gagnant. Je dois quand même tempérer ce point en indiquant qu’il s’agit plus d’une question américaine qu’européenne. Nos médecins, aux Etats Unis, gagnent en moyenne 250 000$ par an, et les dentistes ne sont pas loin derrière.

Nous pouvons aussi chercher à affaiblir les droits de propriété intellectuels et trouver des moyens plus efficaces permettant de financer l’innovation et le travail créatif. Il est quand même un peu absurde de constater que nous cherchons à façonner des lois et des accords commerciaux qui ont pour objet de rendre ces protections encore plus fortes et encore plus durables tout en s’étonnant de voir tellement de revenus s’orienter vers le haut de la pyramide. Ce sont des dispositifs aussi archaïques qu’incroyablement inefficaces et qui ont très largement besoin d’être remplacés. Il est absurde de constater que les médicaments qui coûtent quelques dollars à produire peuvent se vendre des centaines ou des milliers de dollars en raison de la situation monopolistique des brevets.

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 21/03/2016 - 13:30 - Signaler un abus L'auteur est un personnage d'un autre genre

    mais je le verrais bien à terra nova, la machine à casser les machines. Inutile de baisser les salaires des professions libérales, la mondialisation s'en charge. Se faire refaire une paire de seins en silicone ou une mâchoire en céramique coute moins cher à l'étranger qu'en Europe. Encore un doux rêveur !

  • Par vangog - 21/03/2016 - 20:58 - Signaler un abus Un digne représentant de l'establishment Washingtonien...

    pétri de vérités faussement humanistes et d'idéologie de la redistribution, distribuants les bons et les mauvais points tel un juge suprême, s'arrogeant le droit de taxer là, détaxer ailleurs, pour réparer ce qu'il croit être de la responsabilité des autres, mais ne s'interrogeant jamais sur sa propre responsabilité dans ce massacre des classes non privilégiées ( et qui ne sont pas les classes "moyennes", car il existe des classes moyennes privilégiées qui ont tiré leur épingle du jeu de la globalisation...) et qui accompagne celui des valeurs des Nations. Sa tendance irrépressible à faire les médiocres amalgames de terra nova entre racisme et nationalisme le disqualifie pour donner un avis lucide sur la globalisation. Et ses oublis volontaires à propos de Trump qu'il a l'air de détester vulgairement ne font que confirmer cette disqualification. Par ailleurs, ses préconisations à propos des impôts et des taxes sont dignes d'un économiste gauchiste de base, et porteuses des mêmes effets collatéraux catastrophiques. Qu'il commence à regarder en arrière, ce qui a été réalisé (et raté) par les gouvernements gauchistes, s'il veut avoir la moindre chance de prédire l'avenir...

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Dean Baker

Dean Baker est le co-directeur du Centre de recherches économiques et politique de Washington (Center for Economic and Policy Research in Washington, DC). Il contribue souvent dans des médias d'ampleurs, sur des questions d'ordre économique, comme le New York Times, le Washington Post, CNN, CNBC, ainsi que la radio publique nationale américaine (National Public Radio). Chaque semaine, il est amené à écrire dans les colonnes du Guardian Unlimited (UK), du Huffington Post américain, de TruthOut, ainsi que sur son blog Beat the Press, dans lequel il fait état de ses analyses économiques. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels "Getting Back to Full Employment: A Better Bargain for Working People" ; "Taking Economics Seriously (MIT Press)" ou "False Profits: Recovering from the Bubble Economy (PoliPoint Press, 2010)"

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