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Pourquoi la question des 35 heures est économiquement plus complexe que les débats idéologiques le laissent penser

16 ans après la mise en place des 35 heures, le débat politique semble converger vers la nécessité de réformer le temps de travail en France. Pourtant, cet apparent consensus actuel masque la complexité d'une question dont la pertinence repose avant tout sur la conjoncture économique actuelle.

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Pourquoi la question des 35 heures est économiquement plus complexe que les débats idéologiques le laissent penser

Atlantico : Alors qu'Emmanuel Macron a relancé le débat sur les 35 heures lors du Forum de Davos, en indiquant qu'au regard du contexte économique "ne plus payer les heures supplémentaires est une nécessité", Manuel Valls souhaite revenir sur la durée légale du travail mais en proposant une majoration de leur paiement. En quoi ce débat est-il, ou non, pertinent ?

Nicolas Goetzmann : La question, telle qu'elle est ici posée par Emmanuel Macron, consiste à promouvoir l'idée d'une baisse du "coût" du travail, ou plus largement, des salaires. Car en travaillant plus, tout en gagnant un salaire équivalent, l'effet produit est une baisse effective du salaire horaire pour les personnes concernées. En brandissant une telle proposition, finalement, Emmanuel Macron laisse la possibilité à Manuel Valls de le freiner, en acceptant la remise en question des 35 heures, tout en défendant la nécessité de payer les nouvelles heures travaillées.

Ce qui ressemble à une stratégie du gentil flic - méchant flic. Car la proposition du ministre de l'économie ne paraît même pas crédible. Comment serait-il possible d'imaginer, au sein même des entreprises, des salariés acceptant de travailler plus pour rien. Revenir aux 39 heures payées 35, cela signifierait une perte de salaire horaire de l'ordre de 10% pour les salariés. Si la modération salariale a été acceptée au début des années 2000 en raison de la baisse du temps de travail, c'est justement parce qu'il existait une contrepartie. Mais sans contrepartie, comment les salariés pourraient-ils l'accepter ?

Concernant l'annonce de Manuel Valls, qui revient à proposer l'application du programme de Nicolas Sarkozy de 2007 "travailler plus pour gagner plus", le contexte économique a son importance. Si le pays était au plein emploi, une telle réforme permettrait d'augmenter l'offre de travail disponible dans le pays tout en favorisant une hausse notable des salaires ; parfait. Par contre, en période de faible activité économique, la hausse du temps de travail ne permet pas de répondre à une demande. Selon les calculs de l'OFCE, plus de 100 000 personnes en France sont employées dans les entreprises sans que cela ne soit justifié par les besoins de production. En l'espèce, cela permet d'élargir théoriquement la voilure de l'économie française, mais c'est l'absence de vent qui caractérise l'économie française. Le diagnostic de base est donc simplement erroné, même s'il peut s'avérer utile lorsque le vent reviendra.

Au fil des mois, la question de la compétitivité est devenue centrale dans le débat politique. Cette approche ne conduit-elle pas à ignorer trop facilement la question de la productivité ?

La compétitivité doit être la politique de ceux qui ont renoncé à la productivité. C'est le problème de fond. Car, pour que le potentiel économique du pays se développe réellement, c'est la question de la productivité, seule, qui a un sens. Or, cette question de la productivité ne passe pas par le même type de réformes que la compétitivité. Pour la productivité, il s'agit d'investissement, d'innovation, de recherche et développement, d'éducation, c’est-à-dire un ensemble de mesures permettant d'enrichir les capacités de l'économie française. A l'inverse, les politiques de compétitivité ont pour objectif d'adapter le pays à un contexte morose. C'est une forme d'acceptation de la défaite. Et la réforme du temps de travail, dans le contexte actuel, ne fait que traduire ce mouvement. Parce que l'objectif n'est pas de permettre à un pays en situation de plein emploi d'appuyer encore sur l'accélérateur, mais de répondre à une demande politique qui explique plus ou moins que les salariés français travaillent trop peu, et qu'il s'agirait là de la cause de la crise. Le fait est que le temps de travail moyen pour un actif français était de 1473 heures par an contre 1366 heures pour un allemand. Ce qui s'explique principalement par la forte intensité du travail temporaire en Allemagne. Mais cela permet de jeter un large doute sur la validité de la problématique "temps de travail" en France par rapport à la crise actuelle.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 26/01/2016 - 11:21 - Signaler un abus Oui, ce n'est pas le bon moment!

    Tout ce que font les gauchistes est à contre-temps. Voilà pourquoi leurs lois n'atteignent que rarement le stade du décret. Elles sont obsolètes et inapplicables, dès qu'elles quittent l'assemblée. Tous les efforts d'un gouvernement normalement constitué devraient être consacrés à la relance économique, en période d'alignement des planètes sur le pétrole, les taux d'intérêt...mais les gauchistes font exactement l'inverse. Ils font du "sociétal", de la formation, du droit du travail, alors qu'il faudrait faire de "l'économique", relancer la recherche, l'industrie nucléaire, l'exploitation des ressources maritimes...ils ne savent pas, les pauvres, et puis ils ont leur minorité écolo-réactionnaire qui veille et prend bien garde que le gouvernement n'aille pas dans cette direction honnie...

  • Par zouk - 26/01/2016 - 13:40 - Signaler un abus Temps de travail, heures suppémentaires, salaire....

    Le fait est que nous sommes installés dans des blocages de toute nature, alors que le pays est en crise, comme une bonne part de nos partenaires dans le monde. Toutes ces discussions sont oiseuses. Nous avons besoin d'un vrai programme de redressement et devons savoir que cela exigera beaucoup de sacrifices, à commencer par nos idéologies simplistes.

  • Par jybro - 26/01/2016 - 14:32 - Signaler un abus le travail est un cout pour l'entreprise.

    Penser le travail ,impose de gérer les coûts. Il est nécessaire absolument ,de s'éloigner du rapport marxiste ( prenons ex sur la chine temple du Maoïsme léninisme marxiste,qui réalise avec maestria le passage de son économie vers la demande intérieure) :il n'est nullement question d'idéologie et de conditions de travail,encore moins de référendum interne à l'entreprise comme le préconise celle qui joue le role de ministre du w.( les soviets à l'usine...). Une unité de temps de travail représente,une unité supp. de cout: c'est le cout marginal. Or celui ci se constitue d'une fraction de charge sociale( entreprise+ salariale),une fraction de salaire brut horaire,etc... Si le cout marginal est > au prix marginal = chute de productivité. Si le CM est= au prix marginal= perte de compétitivité prix. Que reste t il à faire? Soit élever à 38h la durée légale sans croissance salariale,soit réduire les charges fiscales et parafiscales qui tuent depuis 15 ans le tissu industriel Français. quid de cette nouvelle charge pour l'ent., grace à la hausse des péages! et cela en pleine tentative de révision du Code du travail! Ils se foutent du peuple Français ..... l'enfumage continue ..

  • Par Anguerrand - 26/01/2016 - 18:18 - Signaler un abus Un hasard ?

    Le déclin de la France correspond bien aux 35h, la 5 eme semaine de congé payé, a l'explosion de la dette, au déficit commercial du pays ( la France etait excédentaire auparavant) , à la desinstrulisation, il faut être aveugle pour ne pas constater ces évidences ou gauchiste de mauvaise foi. La France est devenu le pays du club Med et des grèves violentes. Si l'on ne veut pas devenir la Grèce, il est urgent d'inverser ces " avancées " sociales ruineuses. Si l'on rajoute toutes les allocations créées durant cette période, il ne faut pas etre enarque pour comprendre ce qu'il faut faire pour redémarrer notre économie. Urgence n° 1 virer Hollande et sa clique d'incapable. Hier j'ai entendu que nous allions donner 1 milliard d'€ à la Tunisie. Je ne savais pas que nous avions trop d'argent en France.

  • Par Aldebaran45 - 27/01/2016 - 01:23 - Signaler un abus Erreur classique

    L'article commet l'erreur classique en France de voir le travail comme une chose dont la quantité est limitée, quantité qui est uniquement déterminée par quelque chose d'extérieur la Demande et que l'Etat peut répartir ce travail au sein de la population en fonction des besoins du politique. C'est un raisonnement complètement fallacieux, c'est le travail (et je dirai même plus le travail productif par opposition au travail subventionné) qui crée la richesse et la Demande, non l'inverse. Sinon l'émigration de 2-3 millions de français aurait réduit le chômage d'autant, sinon le passage aux 35h aurait dû entraîner une quantité formidable d'emplois nouveau. La France ne créera des emplois que lorsque l'on se rendra compte que travailler plus ne mine pas mais au contraire soutient l'Economie.

  • Par Ganesha - 27/01/2016 - 08:39 - Signaler un abus Intense Déception

    Vous pouvez vérifier, cela figure bien dans l'article : ''Le fait est que le temps de travail moyen pour un actif français était de 1473 heures par an contre 1366 heures pour un allemand.'' Mais aussitôt après, intense déception, je constate que dans les commentaires, il y a toujours les mêmes éternels vieux crétins qui nous sortent leur radotage baveux, mille fois répété : ''Le problème de la France, ce sont les 35 heures'' ! Deux explications possibles : soit ces perroquets publient leurs commentaires sans lire les articles, soit ces malheureux sont atteints de sclérose cérébrale sénile !

  • Par Aldebaran45 - 27/01/2016 - 13:31 - Signaler un abus Arguments fallacieux

    Ganesha utilise les arguments comme bon lui semble, comme si la statistique sur le nombre d'heures travaillées en Allemagne qui est influencée par l'emploi à temps partiel avait un quelconque intérêt pour la France, d'autant que ce même Ganesha est le premier à nous critiquer le modèle allemand... tient une autre statistique: la quasi totalité de l'écart de PIB par tête entre la France et les États Unis est due à la différence entre le nombre d'heures travaillées... Rappelez moi le taux de chômage aux États Unis ?

  • Par Gordion - 27/01/2016 - 15:06 - Signaler un abus @Aldebaran45

    ..non, c'est la croissance qui crée la demande. Répondre à la demande est d'abord par un gain de productivité, et quand les gains de productivité ne suffisent plus ou que leur mise en oeuvre génère des coûts non supportables, l'accroissement de la force de production, donc l'embauche.

  • Par Ganesha - 28/01/2016 - 00:22 - Signaler un abus Ce qui m’énerve et me rend parfois.. un peu agressif

    Ce qui m’énerve et me rend parfois.. un peu agressif, c'est l'obstination, l'aveuglement du peuple français à élire ses dirigeants toujours dans les deux mêmes partis : PS/Ripoublicains. Comment peut-il y avoir des gens suffisamment naïfs pour imaginer un instant que Juppé ou Fillon feraient mieux que Hollande ? Ne parlons pas de Sarko, je deviendrais à nouveau insultant… Un dernier point, comment peut on lire quotidiennement sur Atlantico une bêtise aussi énorme que ''Philippot = Mélenchon'' ? Il suffit d'avoir vu ces deux hommes parler quelques minutes à la télé, pour réaliser combien ils sont différents ! Cela me rappelle les formules sacramentelles que l'on entend à la messe le dimanche… On sort le chiffon rouge et tous les fidèles se prosternent !

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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