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Pourquoi le programme nucléaire français repose encore sur le mythe de la sécurité absolue (et tous les dangers que cela implique)

Plus de 120 cartes et infographies pour dresser le panorama mondial de l'industrie nucléaire, de son expansion et des stratégies choisies dans la perspective de la transition énergétique. Extrait de 'l'Atlas mondial du nucléaire", de Corinne Lepage et Xemartin Laborde, publié aux éditions Autrement (2/2).

Bonnes feuilles

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Pourquoi le programme nucléaire français repose encore sur le mythe de la sécurité absolue (et tous les dangers que cela implique)

Depuis toujours, le programme nucléaire français repose sur un mythe, celui de la sécurité absolue. Mais depuis la catastrophe de Fukushima, qui a rappelé à tous les risques de la technologie nucléaire, cette vision est sérieusement remise en question. Plusieurs études ont révélé des failles dans la sécurité en France, et recommandent des travaux nécessitant des milliards d’euros. Qui de la sûreté ou de la rentabilité va l’emporter ? Voilà la principale question d’aujourd’hui.

Les avertissements de l’ASN

Le programme nucléaire français repose sur le mythe de la sécurité absolue.

Certes, la France est dotée d’une Autorité de sûreté nucléaire depuis 2007, qui met régulièrement à jour des référentiels de sécurité. Mais, outre le fait que ces référentiels sont des guides et non des contraintes obligatoires pour l’exploitant, ils sont souvent beaucoup plus souples que ceux de nos voisins, en particulier allemands. Et, durant la période où la sûreté nucléaire était confiée au du ministère de l’Industrie, l’exigence envers l’exploitant était très faible. Il aura fallu attendre Fukushima pour que le premier président de l’autorité de sûreté admette qu’un accident nucléaire en France est envisageable et que le directeur de l’IRSN admette que la probabilité d’un accident nucléaire était d’un tous les 22 ans.

Les conditions de la sécurité et de la sûreté nucléaire se sont dégradées au fil du temps. À cause du manque d’investissement et du recours croissant à la sous-traitance notamment, le parc n’a pas été convenablement entretenu. Dans un rapport en 2012, l’Autorité de sûreté nucléaire souligne les insuffisances graves nécessitant plusieurs milliards, voire dizaines de milliards, de travaux. Sans exiger de fermetures immédiates, l’ASN jugeait alors que « la poursuite de l’exploitation des centrales nécessit[ait] d’augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes ». En 2013, l’ASN haussait le ton en raison de la découverte d’un risque systémique affectant toutes les centrales, et surtout de la corrosion de près de la moitié des gaines entourant le combustible, parfois jusqu’à 20 %, ce qui non seulement ne respecte pas les normes mais présente un véritable risque. D’où la menace de l’Autorité de sûreté nucléaire, en cas d’absence de solution suffisante, de réduire la capacité d’exploitation des réacteurs concernés.

(Cliquez sur la carte pour l'agrandir)

Les nouvelles règles après Fukushima

La question de la sûreté nucléaire au regard du vieillissement de notre parc, des conséquences de Fukushima et de la mise en place d’un contrôle de plus en plus sérieux de la part de l’ASN et de l’IRSN devient un sujet majeur. Les réexamens auxquels procède l’ASN comprennent deux aspects : un examen de conformité par rapport à la réglementation et une réévaluation de sûreté destinée à permettre l’application des objectifs et des bonnes pratiques les plus récentes.

Plus récemment, l’ASN a remis en cause les justifications apportées par Areva pour la conception et la fabrication des nouveaux générateurs de vapeur, évoquant la mise en place de mesures d’exploitations compensatoires. Ces demandes concernent tous les nouveaux générateurs de vapeur, causant retards et surcoûts.

Plus préoccupant encore, une note de l’IRSN datée du 21 janvier 2015 souligne un risque systémique qui affecte tous les réacteurs nucléaires civils en France : aucun d’entre eux ne dispose d’une cuve suffisamment robuste en cas de fusion rapide du combustible. Ce document explique que le corium (qui est le combustible fondu en magma hyper radioactif et brûlant en cas d’accident, comme cela s’est produit à Fukushima dans trois réacteurs) n’est retenu dans la cuve que si la puissance du réacteur est inférieure à 600 MW. Et plus la puissance est élevée plus le risque est grand. Or les réacteurs français font un minimum 900 MW, 20 réacteurs font 1 300 MW et 4 1 450 MW. Très clairement, aucun réacteur en fonctionnement en France aujourd’hui ne possède une cuve qui résisterait à un accident de fusion rapide. Or « la rupture de cet équipement, dont les conséquences seraient très graves, n’est en effet pas prise en compte dans les études de sûreté » soulignait un groupe d’experts auprès de l’ASN dans un rapport daté de 2007.

Enfin, les nouveaux risques liés au terrorisme n’ont jamais été pris en compte ; nos centrales ne peuvent supporter que la chute d’un CESNA, un avion de tourisme, et les nouveaux dangers liés au terrorisme, décrits dans le rapport WISE commandé par Greenpeace en février 2014, sont extrêmement préoccupants. Les survols de centrales nucléaires par des drones à la fin de l’année 2014 et au début de l’année 2015 et dont l’origine n’aurait pas été identifiée, mettent en évidence la vulnérabilité de ces sites. Il est plus que temps que la sûreté devienne un impératif supérieur à celui de la rentabilité.

Extrait de 'l'Atlas mondial du nucléaire", de Corinne Lepage et Xemartin Laborde, publié aux éditions Autrement, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par jurgio - 16/08/2015 - 21:27 - Signaler un abus Incroyable le nombre de brûlés

    depuis que le feu a été inventé !

  • Par LouisArmandCremet - 17/08/2015 - 11:35 - Signaler un abus Sérieux ?

    Je ne savais pas que Fukushima était en France... Sérieusemet, cet article est bien léger. Et l'argument du parc nucléaire vieillissant est d'autant plus douteux, que ce sont des gens comme Mme Corinne Lepage qui font pression pour bloquer les investissements dans le domaine. On est là dans le cas d'une personne qui laisse une situation se dégrader au point d'espérer pouvoir tout fermer au lieux d'allouer les c'rédits normaux pour investir et renouveller le parc... Une situation hypocrite et pas très intéligente car le nucléaire en bien la seule filière valable pour produire à grande échelle du courant sans CO2. Il suffit de regarder les allemands qui sur les conseils des écolos ont fermé leurs centrales nucléaires et qui aujourd'hui sont obligés d'ouvrir des centrales à lignite, un combustible encore pire que le charbon !

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Corinne Lepage

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).

Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014. En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC - Cap21.

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