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Intelligence artificielle, suite : pourquoi le prochain Picasso pourrait bien être un robot

Le fait qu'un ordinateur puisse désormais déposer un brevet implique aussi qu'un logiciel puisse créer une œuvre d'art. L'intelligence artificielle est désormais créative, sans aucune aide de l'homme.

Le robot est un loup pour l'homme

Publié le - Mis à jour le 25 Mars 2016
Intelligence artificielle, suite : pourquoi le prochain Picasso pourrait bien être un robot

Une reproduction murale de Guernika Crédit Papamanila / Wikipedia

Atlantico : Peut-on dire aujourd'hui que les robots sont désormais capables de produire de véritables œuvres d'art ?

Idriss Aberkane : La réponse est totalement oui. Tout dépend évidemment de ce qu'on appelle art. L'art, c'est quelque chose qui éveille la conscience. Avant, les intelligences artificielles enregistraient la créativité humaine. Pour battre un joueur aux échecs, on prenait des parties jouées par l'humain, on utilisait un plus gros disque dur que le cerveau humain, et du coup on se retrouvait avec une machine qui avait plus de mémoire qu'un homme. Mais si on avait eu recours à 10 000 hommes, ils auraient mieux joué que la machine.

Maintenant, avec les algorithmes évolutionnaires , nous avons des intelligences artificielles qui créent toutes seules. Par exemple, la Nasa avait une antenne à fabriquer, cela faisait des années que les ingénieurs cherchaient une solution, et c'est un logiciel qui l'a trouvée. La solution est créative, donc elle est brevetable. Le fait qu'un ordinateur puisse déposer un brevet implique aussi qu'un logiciel puisse créer une œuvre d'art. La loi du brevet, c'est de trouver une solution créative, donc cela inclut aussi l'œuvre d'art. En effet, le prochain Picasso pourra être peint par un robot, car le logiciel peut être créatif sur ce qu'il veut : si jamais on lançait un logiciel pour créer des représentations, il pourrait peindre des œuvres qu'un critique d'art ne saurait pas distinguer d'une œuvre d'art.

Pourquoi la recherche sur l'intelligence artificielle s'intéresse-t-elle au domaine de l'art en particulier ?

Cet intérêt vise à prouver la créativité des robots. Le domaine de l'art est celui de la créativité par excellence, donc si on veut fabriquer des logiciels qui soient les plus créatifs possibles, il faut les tester dans le domaine de l'art.

L'intelligence artificielle surpasse maintenant celle de l'homme, en devenant de plus en plus indépendante, comme l'a prouvée récemment l'expérience du jeu de Go. Qu'est-ce qui différencie encore les robots des humains ?

Il n'y plus qu'un mot : "autonomie". La conscience et l'intelligence découlent de l'autonomie. Ce qui distingue la vie de l'intelligence artificielle, est donc l'autonomie. Les formes de vie sont intelligentes parce qu'elles sont autonomes. Un moineau est beaucoup plus intelligent qu'Alpha Go, car il est autonome. On ne sait pas fabriquer un  moineau, car aujourd'hui, on ne sait pas fabriquer la vie en laboratoire.

Un scénario à la "I-robot" (film dans lequel les humains se font dominer par les robots) est-il de plus en plus probable ?

Ce scénario est probable. Dans les trois lois fondamentales de la robotique, il y a celle qui interdit de donner aux robots le pouvoir de tuer un être vivant. Et cette loi, on est en train de la violer aujourd'hui. Elon Musk, le patron de Tesla, a lancé une pétition en ce sens, et les gouvernements ne sont se pas prononcés dessus, ce qui laisse entendre qu'ils ne sont pas forcément contre la fabrication d'armes autonomes, pilotées par des logiciels. Actuellement, le taux de bavures de personnes tuées par des drones pilotés par des humains est de 70%. Imaginez ce que cela pourrait être si le drone se pilotait tout seul.

Globalement, les processus de décision sont de plus en plus automatisés, et c'est très dangeureux.

 
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Idriss Aberkane

Le docteur Idriss Aberkane, né en 1986, est professeur chargé de cours à Centrale- Supélec, ancien interne du département de psychologie expérimentale de l’Université de Cambridge, chercheur à Polytechnique, chercheur affilié à Stanford (Affiliate Scholar du Kozmetsky Global Collaboratory de l'Université de Stanford), professeur d’économie de la connaissance dans le MBA de la Mazars University (USA), ambassadeur du Campus des Systèmes Complexes Unitwin/Unesco, docteur bidisciplinaire en Neurosciences cognitives et Economie de la connaissance, conseiller scientifique de la mission SeaOrbiter, éditorialiste au magazine Le Point.

Son essai “Economie de la connaissance” a été traduit en chinois, anglais et coréen et il a été invité à donner plus de cent conférences sur quatre continents.

Il est intervenu deux fois au CESE (Conseil Economique et Social Européen) sur le Biomimétisme.

Il crée en 2009 un opérateur de microcrédit agricole à taux zéro dans la vallée du fleuve Sénégal, puis, avec Serge Soudoplatoff, une société de jeux vidéo éducatifs, Scanderia.

Publications récentes :

• Participation à l’ouvrage collectif du CERA : « L’avenir c’est demain » 27 propositions pour 2035

• Essai “Economie de la connaissance” traduit en chinois, anglais et coréen, (Fondapol)

• Essai : « la Noopolitique : le pouvoir de la connaissance » traduit en anglais (Fondapol)

 

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