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Pourquoi la personnalité et la ligne de Laurent Wauquiez ne suffisent pas à expliquer la scission actuelle de la droite

L'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron a laissé le camp LR dans une profonde division. Et la personnalité de Laurent Wauquiez n'explique pas, à elle seule, les fractures au sein du parti.

Fracture(s)

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Pourquoi la personnalité et la ligne de Laurent Wauquiez ne suffisent pas à expliquer la scission actuelle de la droite

Alors que la droite française était en position très favorable pour la victoire à la présidentielle 2017, l'élection d'Emmanuel Macron a laissé le camp LR dans une profonde division. Si la phase actuelle, caractérisée par une forte scission au sein du parti est régulièrement attribuée à la personnalité "clivante" de Laurent Wauquiez, cet argument n'est-il pas réducteur ?  En quoi la fin de l'alternance automatique entre PS et LR peut elle avoir jouer un rôle ? 

 
Chloé Morin : Il est intéressant de replacer les rapports des sympathisants de droite avec Emmanuel Macron dans le contexte des six derniers mois: en juin dernier, suite à la nomination d’un Premier ministre et de ministres majeurs de droite au gouvernement, le Président recueillait selon Viavoice (pour Libération) 60% de bonnes opinion chez les sympathisants LR et UDI. A l’instar de ce que l’on a constaté auprès de tous les électorats (sauf les électeurs LREM), il a lourdement chuté à l’été, tombant à 41% auprès des sympathisants LR et UDI.
On eût pu penser, à ce moment là, qu’une droite qui détenait le premier groupe parlementaire d’opposition et qui avait maintenu un socle électoral conséquent en dépit des déboires de François Fillon pendant la campagne, était bien placée pour se positionner comme « premier opposant ». Et ce, d’autant plus qu’elle pouvait espérer récupérer à terme des électeurs FN ébranlés par les difficultés dans lesquelles le parti frontière est englué depuis le débat d’entre-deux tours. 
Or, le train de réformes « libérales » amorcées à la rentrée a permis à l’exécutif de remonter à droite (+5 points selon le dernier baromètre Viavoice publié), alors même qu’à gauche, il poursuivait sa chute (-7 points sur l’ensemble de la gauche entre septembre et novembre, à 27% de bonnes opinions). 
Ici, il ne faut pas se tromper sur le sens dans lequel fonctionne le rapport de causalité: les divisions du « sommet » du parti, entre constructifs et « canal historique » ne sont pas la cause de la division de l’électorat de droite s’agissant de l’attitude à adopter vis à vis de Macron. Au contraire: ces divisions du sommet procèdent directement du fait qu’une partie (près de la moitié) de l’électorat semble préférer ses idées aux étiquettes et au parti qui les portent. 
Certes, un certain nombre de constructifs, ou plus récemment Alain Juppé, ont semblé vouloir faire porter à la personnalité de Laurent Wauquiez la responsabilité de la division. Ils ne le jugent pas assez rassembleur, et doutent de sa stratégie « droitière ». Mais on attribue globalement beaucoup trop d’importance aux querelles de personnes, menaces d’exclusions et autres psychodrames qui marquent la vie de la droite depuis quelques semaines. Wauquiez n’est en réalité pas pour grand chose dans les divisions qui scindent la droite en deux (d’ailleurs il figure parmi les personnalités les plus appréciées de sa famille politique, même s’il peut être jugé trop clivant au delà): c’est Emmanuel Macron qui, pour le moment, a les cartes en main. Sa stratégie s’est révélée efficace non pas parce qu’elle sème la zizanie chez les parlementaires et les cadres LR, mais parce qu’il utilise habilement les divisions idéologiques qui traversent les familles de droite. Il a compris que les partis avaient perdu une grande partie de leur emprise sur les électeurs, et qu’il était possible de contourner ces structures en faisant directement appel aux idées et aux valeurs. Ainsi, la séquence de réformes économiques de la rentrée parle aux 66% de sympathisants LR qui considèrent que « pour relancer la croissance, il faut limiter au maximum le rôle de l’Etat dans l’économie française et donner aux entreprises le plus de liberté possible » (IPSOS, Fractures françaises, juin 2017) et aux 73% qui jugent « qu’il faut donner plus de flexibilité au marché du travail ». 
 
Evidemment, cette stratégie a été utilisée par d’autres avant lui (on se souvient de Sarkozy multipliant, pendant les premiers mois de son mandat, les clins d’oeil à la gauche), mais avec moins de succès, ou un succès peu durable… Et c’est là qu’il faut prendre la mesure des conséquences structurelles de la « recomposition » engagée par Macron lors des dernières présidentielles. Si l’on schématise, il existait jusqu’ici une forme d’alternance quasi-automatique entre deux grandes familles politiques. Il existait bien, en leur sein, plusieurs partis qui pouvaient se contester le leadership, mais ils trouvaient toujours le moyen de mettre leurs querelles de côté (par le jeu des alliances, ou par le « vote utile » au second tour) dans la perspective d’une victoire. La certitude que toute défaite n’était que temporaire, et qu’ils existerait forcément des victoires à venir, agissait comme un puissant élément pacificateur et unificateur au sein des droites, et des gauches (quoique dans une moindre mesure, car l’exercice même du pouvoir reste un élément de division de la gauche). 
Or, depuis qu’Emmanuel Macron s’est installé au centre du paysage politique, ce mécanisme d’alternance automatique est brisé. Nulle famille politique ne peut savoir, avec certitude, si elle accèdera ou non au second tour de la prochaine présidentielle. Du coup, les divisions idéologiques, les querelles de personnes, reprennent une place centrale dans les débats politiques, et plus personne n’a intérêt à les atténuer et à faire des compromis. La prime va à la « pureté » et à la cohérence idéologique, à la constitution d’un socle solide et fidèle. 
 

Une telle fracture apparaît également à gauche de l'échiquier, malgré une configuration différente. Quels sont les points communs et les divergences entre les situations ? 

 
Si l’on revient aux mêmes données enregistrées par Viavoice, le Président bénéficiait en juin dernier de 65% de bonnes opinions au sein de ce que l’on pourrait appeler la « gauche réformiste » (PS-PRG-EELV), mais la rupture avec le reste de la gauche était déjà largement consommée (28% de bonnes opinion auprès des sympathisants LO, NPA, PCF, et LFI). Depuis juin, la chute à gauche a été continue: il obtient aujourd’hui seulement 27% de bonnes opinions au sein de l’ensemble de la gauche, soit 7 points de moins qu’en septembre dernier. L’idée que la politique menée est « de droite » a gagné une large majorité des sympathisants de gauche (Harris Interactive). Or, il est étonnant de constater qu’à ce stade cette frustration qui s’accumule ne trouve pas de débouché politique. Nul « déferlement massif » dans la rue, un PS peinant toujours à être audible… il y a un paradoxe apparent entre l’état d’esprit des sympathisants de gauche, et l’absence d’écho sur le plan national. Certes, les Insoumis sont très présents médiatiquement, mais le sondage que l’Ifop avait réalité pour le JDD, « rejouant » la présidentielle, montre bien que la traduction électorale des coups d’éclats médiatiques de Mélenchon n’est pas évidente (il reculait par rapport à son score de mai dernier, à 18%). 
En réalité, je pense que ce paradoxe s’explique par le fait que les divisions de la gauche pré-existaient à Emmanuel Macron. Sa politique a beau constituer, de plus en plus, un repoussoir et un élément unificateur de toutes les tendances de gauche contre elle, cela ne suffit apparemment pas à résorber les fractures qui se sont creusées au sein de la gauche depuis 5-6 ans. Une partie « réformiste » de la gauche ne se retrouve pas dans les idées et le style de Mélenchon, et les « insoumis » ont été vaccinés par le quinquennat Hollande contre tout ce qui s’approche de près ou de loin à un responsable se réclamant d’un réformisme qu’ils associent à la trahison. A ce stade, il n’existe apparemment aucune solution à ce problème: on peine à identifier la figure de gauche qui serait capable de dépasser les fractures, et on ne voit pas comment la stratégie de Jean-Luc Mélenchon pourrait lui permettre de rallier la moitié de la gauche qui lui tourne le dos. Au contraire, il a l’air de s’escrimer à séduire les déçus du Le Penisme, dont toutes les enquêtes montrent pourtant qu’ils sont par leurs valeurs profondes bien éloignés de celles qu’il porte…
 

Comment peut on anticiper la suite de la vie politique française ? Quelles sont les conditions permettant un retour du clivage classique entre droite et gauche ? Un tel retour est il sérieusement envisageable ? 

 
Pour les raisons que je viens d’évoquer, il semblerait que les électeurs qui se positionnent à gauche soient , en l’état actuel de l’offre politique de gauche, condamnés à voir leur frustration dépourvue de débouchés… ce qui là encore pourra constituer une opportunité pour Emmanuel Macron le moment venu, s’il s’y prend bien.
Il n’est en revanche pas tout à fait certain que la division actuelle de l’électorat de droite soit durable. A ce stade, une moitié se reconnaît dans la politique menée par le Président, mais il n’est pas possible de savoir ce qu’il en sera dans 6 mois, un an, etc. Ce sera un élément à surveiller dans les mois qui viennent. A ce titre, il est intéressant de noter que si les sympathisants de droite ont reconnu des « mesures » de droite dans les réformes adoptées ces derniers temps, ils ne qualifient pas pour autant la politique menée comme « de droite ». 
On voit bien que le pari d’Emmanuel Macron est qu’in fine, l’efficacité comptera davantage que l’idéologie, et que sympathisants de gauche comme de droite seront capables d’oublier ce qui a pu les rebuter au nom des résultats obtenus. Mais cela reste un pari… il existe dans l’histoire politique des exemples de responsables politiques ayant obtenu de bons résultats mais ayant été congédiés par les électeurs, tout comme des responsables politiques qui, bien que sans résultats probants, ont su par la seule évocation de « valeurs » obtenir un prolongement de leur mandat. 
 
Commentaires

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  • Par cloette - 16/11/2017 - 13:34 - Signaler un abus cette fracture

    se prépare depuis longtemps, depuis le quinquennat Sarkozy, depuis la montée dans les sondages de DSK .avant 2012 .

  • Par kelenborn - 16/11/2017 - 14:05 - Signaler un abus Ahh

    ah...il y avait Chloé , ça attire Cloette ..bon , plus sérieusement , cette dame qui ne dit pas que des conneries écrit:Or, depuis qu’Emmanuel Macron s’est installé au centre du paysage politique, ce mécanisme d’alternance automatique est brisé. " Ecrit ainsi , on a l'impression que c'est Macron qui a mis fin à cela!!! La pauvre! ils étaient assez grands pour se débrouiller tout seul: à gauche, , s'il y a bien fracture entre l'électorat sacrifié à la mondialisation qui a rejoint Melenchon et les protégés de la crise par l'endettement et l'euro , il est clair que l'islamisme et Terra nova ont terrassé pour longtemps l'image de la gauche! A droite, la situation est moins calamiteuse mais si la bande à Juppé a déjà vendu son cul pour une gamelle de lentilles , les bébés Fillon et Wauquiez ont tout faux comme leurs comparses qui bêlent ici. Ce n'est ni l'Europe , ni des politiques libérales qui mettront fin à la crise mais la mise en place d'un projet schumpéterien dans les nouvelles technologies! Rien de tel chez Wauquiez qui veut imiter Schwartzeneger mais.... les électeurs l'ont un peu compris!

  • Par gilbert perrin - 17/11/2017 - 10:03 - Signaler un abus il y ale système qui les met tous d'accord !!!!

    Celui qui baissera drastiquement les dépenses publiques sortira vainqueur ... WAUQUIEZ :encore un pas en avant et pas seul !!!!!

  • Par Ganesha - 17/11/2017 - 12:23 - Signaler un abus Gilbert Perrin

    Vous rendez-vous compte que c'est le programme économique d'Angéla Merkel dont vous nous faites l'apologie ? A moins que vous ne soyez carrément un nostalgique de Philippe Pétain et de Pierre Laval ?

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Chloé Morin

Chloé Morin est Chargée de projets internationaux chez IPSOS, directrice de l'Observatoire de l'Opinion de la Fondation Jean Jaurès, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.

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