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Pourquoi penser que l'impact de l'homme sur la planète date de l'âge industriel est une erreur d'optique fondamentale

Une équipe de chercheurs américains a récemment mis avant le fait que l'influence de l'homme sur son environnement remonte à bien plus longtemps qu'on ne le pense. L'ère industrielle ne serait en fait que le prolongement d'un ouvrage commencé il y a plus de 3000 ans.

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Pourquoi penser que l'impact de l'homme sur la planète date de l'âge industriel est une erreur d'optique fondamentale

Le nouveau paradigme consiste à dire que l’influence de l’homme sur son environnement est proportionnelle à sa population totale. Crédit Reuters

Atlantico : Dans une récente étude, Used Planet, a global history, à laquelle vous avez pris part, vous soutenez que l’Anthropocène, époque à partir de laquelle les activités humaines ont eu un impact sur nos écosystèmes, a commencé bien avant l’âge industriel. Comment expliquez-vous que l’homme ait pu « modifier de manière significative et à l’échelle mondiale la biosphère il y a 3000 ans ou plus » ?

Erle Ellis : Si l’on se réfère aux scenarii historiques les plus plausibles de l’exploitation de la terre par l’homme au cours des 8000 dernières années, on constate effectivement que celui-ci a déjà commencé à modifier en profondeur la biosphère terrestre il y a de cela au moins 3000 ans.

Les populations peu nombreuses du début de l’ère humaine ont eu une influence bien plus grande que ce que l’on pensait, car elles n’avaient aucune raison d’appliquer des logiques productivistes à leur environnement. La façon la plus simple de subvenir à ses besoins était encore de chasser et cueillir ce qui pouvait l’être. Ayant considérablement réduit leurs sources de nourriture (gibier et plantes), ils ont mis en place des méthodes de chasse et de cueillette toujours plus sophistiquées, avec un impact sur la nature de plus en plus marqué.

Les populations s’agrandissant et entrant en concurrence, elles apprirent à brûler des forêts pour améliorer le rendement de la chasse et de la cueillette. Une fois que cela n’était plus adapté au nombre de personnes à nourrir, on a domestiqué les végétaux, appris à labourer le sol, irriguer, fertiliser, etc. Pour subvenir aux besoins d’une population donnée, les hommes exploitaient des parcelles bien plus grandes que par la suite. Au fur et à mesure que les populations augmentaient en nombre, l’exploitation du sol devenait de plus en plus efficace, permettant ainsi de nourrir plus de personnes avec la même surface de terrain. Ce processus est généralement appelé « intensification de l’utilisation des sols » : les populations anciennes utilisaient plus de terres par personne que les suivantes. Cette tendance s’observe de manière empirique et constitue un paradigme largement accepté dans tous les domaines rattachés à l’agriculture : histoire, archéologie, géographie, etc.

En revanche, cette idée est nouvelle pour qui veut comprendre les changements planétaires. Le nouveau paradigme consiste donc à dire que l’influence de l’homme sur son environnement est proportionnelle à sa population totale. Il est pour l’instant impossible de comprendre comment si peu de personnes ont pu, par le passé, exploiter autant de terres à elles seules, mais les données dont nous disposons font de cette évolution historique la théorie la plus plausible.

L’agriculture intensive est souvent perçue comme un phénomène récent qui remonterait à quelques siècles. L’être humain a-t-il toujours cherché à dépasser les limites de son environnement ?

L’agriculture intensive est une expression toute relative. En continu sur toute l’année, elle sera plus intensive qu’en rotation (avec système de jachère) ; de même, cultiver la terre avec des fertilisants et de l’irrigation (deux pratiques très anciennes) est plus intensif que sans. Par exemple, on constate que le recours à l’irrigation remonte dans certaines régions à au moins 8000 ans, notamment en Perse.

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 14/05/2013 - 06:04 - Signaler un abus Pas de rupture ???

    Qu'il n'y ait pas rupture dans le principe, d'accord, mais dans les quantités ? Je m'attendais à des chiffres et des courbes, absentes. Lesquelles devraient refléter l'évolution de la population humaine (le Dr ès-Géo l'affirme lui-même), dont le total a gandi prodigieusement vite en moins de deux siècles, comparativement aux millénaires précédents... Et il n'y aurait pas rupture ?

  • Par Le gorille - 14/05/2013 - 06:10 - Signaler un abus Et la vitesse ?

    L'article ne donne pas d'éléments sur la vitesse de l'action de l'homme sur la Terre... Eliminer "le mamouth", défricher et essarter la forêt, cela a pris quelques millénaires. Bétonner les pays dits industrialisés, cela a pris combien de temps ? Car, comme le souligne le Dr ès-Géo, l'énergie et les machines ont prodigieusement démultiplié le pouvoir de l'homme. Au final, en faisant l'impasse sur le concret (rapport durée/surface, par exemple) je crois que l'article a omis un élément fondamental.

  • Par ZOEDUBATO - 14/05/2013 - 08:00 - Signaler un abus Il a fallu tout ce temps à nos intellectuels Vers de Salon

    pour y penser au lieu de nous sortir des théories fumeueses Et si on supprimait 90 % des budget de l'écologie ? Et si on interdisait les Partis Vers -Rouge qui ont osés faire du chantage aux catastrophes pour nous soutirer du fric ?

  • Par claudecourty - 14/05/2013 - 09:55 - Signaler un abus Question d'équilibre

    L'impact de quelques centaines de millions d'êtres humains n'avait rien à voir avec celui des 7 milliards qu'ils sont devenus. Les politiques économiques et sociales des États, et notamment leurs aspects écologiques, migratoires et de l'emploi ne peuvent avoir de sens que si sont pris en compte les fondamentaux de la démographie mondiale et les problèmes (dont la pauvreté et la pollution) qu'elle génère inexorablement. L'empreinte écologique de l'humanité ne résulte après tout que de ses prélèvement sur les ressources naturellement limitées de la terre. C'est le prix payé par la planète pour le développement incontrôlé de l'espèce la plus prédatrice de toutes, dorénavant mondialement en surnombre. En conséquence, le seul combat humaniste qui vaille consiste à limiter la population, pour la ramener à des dimensions compatibles avec son habitat. Méditer à ce sujet avec : http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com

  • Par MichelCollin - 14/05/2013 - 09:56 - Signaler un abus @Le gorille

    Certes, l'impact de l'homme sur l'environnement a crû de manière exponentielle depuis 2 siècles mais l'article explique que c'est le prolongement d'un processus entamé depuis que les sociétés humaines peuplent la terre. Le mythe du "bon sauvage" respectueux de l'environnement est une plaisanterie…

  • Par Anemone - 14/05/2013 - 13:21 - Signaler un abus ?

    Vous expliquez le climat tropical de la France à l'Ere primaire comment? . Par le fait des humains? Laissez moi rire, je vous en prie! . C'est tellement usant de lire et relire sous la plume de tous ces scientifiques que l'homme est responsable du "réchauffement climatique" (réchauffement qui baisse déjà depuis déjà 10 ans )

  • Par Vat78 - 14/05/2013 - 13:24 - Signaler un abus D'accord avec l'article .. mais

    ce n'est pas parce que c'est un processus "d'hominisation" dans son environnement qu'il ne faille pas en limiter les impacts.... or aujourd'hui on raisonne de façon bipolaire. soit les activités humaines ont un impact soit elles n'en ont pas.

  • Par Allaïc - 14/05/2013 - 13:43 - Signaler un abus Equilibre instable qui a la faculté de se rééquilibrer ?

    Notre écosystème est un ensemble ou un tout indissociable, d’après nos écolos ! Alors comment a-t-il pu commencer, voire même recommencer après la disparition des dinosaures et de toute la végétation ? Mesure-t-on l’impact aujourd’hui du soleil sur notre terre qui elle-même est passée et repassée à plusieurs stades de glacification, d’humidification et de chaleur plus intense sans l’intervention de l’homme ?

  • Par sicenetoi - 14/05/2013 - 17:53 - Signaler un abus Impact de l'homme sur la planète ?

    Le climat est en perpétuelle évolution, et l'influence de l'homme ne fait qu'accélerer ce processus.

  • Par Quid Novi - 14/05/2013 - 20:27 - Signaler un abus encore une fois

    et alors ? bel article mais, tout organisme impacte son environnement. Le débat lancé il y a quelques années par les partis totalitaires, pardon, écologistes, n'est que fumisterie. La grande mode étant de dire "quelle planète vais je laisser à mes enfants", ce à quoi je rétorque : quels enfants sommes nous en train de laisser à la planète ? La vie trouve toujours son chemin, ce d'autant qu'elle s'exprime librement et non pas sous la férule d'esprits partisans tout autant qu'illégitimes. La pire chose qui soit arrivé à l'homme et à la nature, ce sont les écologistes, ces gens (je mesure le terme) portent en eux le germe de l’anéantissement de la race humaine.

  • Par Ilmryn - 15/05/2013 - 03:16 - Signaler un abus @Claudec

    Claudec - "En conséquence, le seul combat humaniste qui vaille consiste à limiter la population, pour la ramener à des dimensions compatibles avec son habitat." . Ce qui est le cas naturellement dans les pays qui ont atteint un bon niveau de vie. (Hors flux migratoire nous avons une population déclinante) . Le seul combat qui vaille pour l'homme et la planète c'est celui de la liberté qui amène la prospérité, une meilleures utilisation des ressources, un environnement plus propre et une réduction naturelle de la population. . Sinon vous devez forcer la limitation par la coercition, la guerre, ou l'élimination directe, on a vu mieux dans le genre "humaniste".

  • Par LILLBee - 17/05/2013 - 00:16 - Signaler un abus Surprise!

    Où est donc passé l'astéroïde dont l'impact est généralement reconnu comme étant la cause de la disparition des dinosaures et autres grandes espèces? Par ailleurs il devient clair que la dernière chose qui fait rêver l'homme en grand est l'Espace. Mais avant d'emménager sur une autre planète viable un jour peut-être, il faudrait rendre la Terre un minimum propre. On en est au stade de l'auto-destruction: pollutions terrestre par quantités de décharges et produits chimiques (plus d'abeilles plus de nourriture par exemple), des airs (maladies chroniques), mort de larges zones de fonds marins, atmosphère de moins en moins filtrante par perte de l'ozone... Bref on déménagerait si on était encore là...

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Erle Ellis

Erle Ellis est Docteur en Géographie et systèmes environnementaux à l’Université du maryland, où il enseigne les sciences environnementales, l’Ecologie du paysage et la Biogéochimie. Il est l’un des auteurs de l’étude Used Planet, A global History.

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