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Pourquoi, paradoxalement, le Brexit a tué le populisme au Royaume-Uni

L’Angleterre est en train de gagner la bataille du Brexit ! À rebours de ses amis du vieux continent, Marc Roche, correspondant du Monde à Londres pendant vingt-cinq ans, aujourd’hui commentateur à la BBC et chroniqueur au Point, en est désormais persuadé. "Le Brexit va réussir", par Marc Roche, chez Albin Michel (1/2).

Bonnes Feuilles

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Pourquoi, paradoxalement, le Brexit a tué le populisme au Royaume-Uni

 Crédit DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Le royaume qui, le 29 mars 2019, quittera l’UE ne sera certainement pas meilleur que celui qui en est sorti. Il sera plus inégalitaire et plus offshore. L’économie britannique résistera au choc du départ par le truchement des méthodes brutales qui se nomment déréglementation du marché du travail et réduction de l’État-providence. Cependant, le Royaume-Uni ne sera jamais les États-Unis, avec leur pauvreté, leur violence et leur racisme qui font peur et dont personne ne veut outre-Manche. Le système économique et social gardera un filet de sécurité auquel il est hors de question de toucher, une harmonie et un savoir-vivre dont l’Amérique a toujours été dépourvue.

La sécurité des travailleurs y sera mieux assurée que de l’autre côté de l’Atlantique. En remodelant de fond en comble la structure économique, sociale, politique et culturelle du pays, le Brexit marque une cassure, mais qui n’a rien à voir avec un Far West où tous les coups seront permis. Le voyage sera palpitant mais aura des garde-fous. Parallèlement à la dureté du social et au laxisme envers la City, la nouvelle nation pourra jouer en toute liberté de ses atouts. Le Brexit a tué le populisme. Le pays restera ouvert à l’immigration, mais contrôlée et non discriminatoire. Forte de son soft power universitaire, artistique, éducatif et technologique qui s’exporte dans le monde entier, Albion a enclenché l’avenir. « I love London », clament les touristes du monde entier qui s’arrachent autocollants, T-shirts, mugs, ainsi que ritournelles pop ou rythmes hard brillants. En choisissant un autre paradigme que celui de l’Union européenne, le Royaume-Uni fait voler en éclats le statu quo. Pour remplacer les boussoles réduites en miettes, ce véritable laboratoire du futur en tend de nouvelles avec pragmatisme et humour. Ce sont de véritables antidotes à l’immobilisme. De plus, il est plus facile de prendre les décisions seul qu’à vingt-sept. Maître de sa destinée, le Royaume-Uni disposera d’un modèle plus adapté à la nouvelle donne planétaire. L’instabilité du contexte géopolitique actuel ne se prête pas à l’« Europe bashing » pratiqué jusqu’à la nausée par les tabloïds britanniques. Le Royaume-Uni et l’UE vivent les mêmes drames, défis et psychodrames. Vu de Londres, le diagnostic est sévère. Pour le Royaume-Uni, l’UE est incapable de prendre le taureau par les cornes pour se réformer. Rongés par le doute et les pesanteurs décisionnelles, prisonniers de leurs blocages et de leurs divisions, les Vingt-Sept apparaissent tétanisés devant la transformation profonde du paysage européen. Il a été totalement modifié par la montée du populisme, le problème migratoire, le refus des pays riches de faire preuve de solidarité envers les pauvres, la remise en cause des valeurs démocratiques ou le retour du protectionnisme. Dans ces circonstances, la France et son président, Emmanuel Macron, portent seuls sur leurs épaules le destin d’une UE en déni de la réalité. En choisissant le Brexit, le Royaume-Uni a été le précurseur de l’expression du désamour des citoyens européens envers le projet communautaire. Pour sortir de l’ornière, Bruxelles doit écouter la voix des peuples et non plus jouer à l’autruche.

 
(1) 5 décembre 2017. Les Samoa, les Samoa américaines, l’île de Guam, Bahrein, Grenade, la Corée du Sud, Macao, les îles Marshall, la Mongolie, la Namibie, les Palaos, Sainte-Lucie, Trinité-et-Tobago, la Tunisie, les Émirats arabes unis, le Panama et la Barbade.
 
Extrait de "Le Brexit va réussir", de Marc Roche, © Editions Albin Michel, 2018.
 
 
 
Commentaires

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  • Par corniste - 22/09/2018 - 18:38 - Signaler un abus De la bonne

    Je ne sais pas ce que Marc Roche fume, mais c'est de la bonne. Historiquement l'axe Londres-Washington a toujours été plus fort que ce qui liait la Grande-Bretagne à l'EU. Mais depuis Trump, c'est bouché de ce côté là aussi. Si il devait y avoir un jour un effet positif du Brexit, ce ne sera pas avant longtemps. On a rarement vu un premier ministre se faire marcher aussi pitoyablement sur les pieds par l'Union que madame May cette semaine à Salzbourg. Plus personne, même dans son propre camp lui fait confiance. Si il n'y a aucun accord avant le Brexit, comment voulez-vous qu'elle puisse continuer à faire sérieusement du commerce?

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Marc Roche

Marc Roche a été journaliste au Soir, au Quotidien de Paris et au Point, avant de rejoindre l'équipe du Monde. Il publie également dans des journaux britanniques (The Independant, The Guardian) et participe à l'émission Dateline London de la BBC News. Ses écrits concernent principalement les institutions financières (Goldman Sachs) et la monarchie britannique.

Il est notamment l'auteur de Elizabeth II : Une vie, un règne et Elizabeth II : La dernière reine aux éditions La table ronde.

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