Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 24 Juillet 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi l’orgueil et l’égo des cadres entraînent souvent les entreprises dans la spirale de l’échec

Quand nous faisons un choix qui ne fonctionne pas, nous avons beaucoup de mal à couper court et à abandonner. Persévérez et vous risquez de tomber dans ce que le spécialiste en théorie des organisations, Barry Staw, appelle la "surenchère d'investissement".

Têtu comme une mule

Publié le
Pourquoi l’orgueil et l’égo des cadres entraînent souvent les entreprises dans la spirale de l’échec

Un manager est tenté de vouloir poursuivre son projet coûte que coûte pour ne pas révéler son erreur à sa hiérarchie.  Crédit fickr

Atlantico : En quoi consiste la "surenchère d'investissement" décrite par Barry Staw, spécialiste en théorie des organisations ? Quels sont les déterminants psychologiques qui entrent en compte ? 

Julien Pouget : On est dans une logique où un individu, parce qu’il a investi dans un choix, dans une décision, va éprouver beaucoup de difficultés à considérer que son choix est une erreur précisément parce qu’il est investi.

L’exemple qui me vient à l’esprit est celui du joueur de casino qui après avoir perdu lourdement continue. C’est justement parce qu’il a beaucoup perdu qu'il va vous expliquer qu’il a intérêt à continuer. Pour se refaire. En résumé, c’est la logique de "je ne peux pas m’arrêter maintenant" qui prévaut. C’est une théorie que l’on rencontre fréquemment à titre personnel dans la vie des individus mais également dans les entreprises.

Cette théorie met en lumière la difficulté pour les individus à reconnaître leurs erreurs.

Comment se manifeste cette théorie au sein du monde professionnel ?  Dans quelle mesure peut-elle avoir un impact ?

Julien Pouget : A partir du moment où le raisonnement n’est plus à l’échelon individuel, il va de soi qu’il se démultiplie à tous les étages d’une organisation ou d’une entreprise. Par exemple, ce phénomène est fréquent lors des décisions concernant des grands projets au sein des entreprises. Au cours du développement du projet on réalise qu'il ne correspond pas aux besoins de l’entreprise. Deux options sont alors possibles. Dans un premier cas, on décide d’arrêter le projet. Ou bien, le manager s'acharne. C’est la raison pour laquelle de nombreux projets vont terminer avec des critères de coût et de qualité qui ne vont pas être tenus.

C’est le projet que l’on n’arrive pas à "tuer" et qu’il faut absolument faire réussir. Pourtant, réussir un projet ce n’est pas réussir à tout prix. Ce sont des projets que l’on continue parce qu’on refuse de les arrêter, compte tenu du prix qu’ils ont déjà coûté.

Derrière cette question de la surenchère d’investissement il y a celle du droit à l’erreur dans l’entreprise. C’est un des facteurs qui entretient très fortement ce phénomène. Car très souvent on est dans une organisation qui ne pardonne pas ou peu. Un manager est tenté de vouloir poursuivre son projet coûte que coûte pour ne pas révéler son erreur à sa hiérarchie. Les "porteurs de mauvaises nouvelles" dans l’entreprise ne sont pas toujours appréciés.

Cette escalade d’investissement peut résulter d’un ego surdimensionné des managers, dont certains sont persuadés qu’ils ne peuvent commettre d’erreurs. Néanmoins, je ne suis pas sûr qu’ils représentent une majorité. Les personnes qui sont prises dans cette surenchère d’investissement sont aussi des salariés qui veulent bien faire et se trompent.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par un_lecteur - 18/07/2013 - 11:00 - Signaler un abus transposition

    Pourquoi l’orgueil et l’égo des POLITIQUES entraînent souvent les PAYS dans la spirale de l’échec Julien Pouget : On est dans une logique où un individu, parce qu’il a investi dans un choix, dans une décision, va éprouver beaucoup de difficultés à considérer que son choix est une erreur précisément parce qu’il est investi. L’exemple qui me vient à l’esprit est celui des 35 HEURES.

  • Par le Gône - 18/07/2013 - 11:30 - Signaler un abus bon...

    quand ca part en comparant un "cadre" investit dans sa boite ..a un joueur de Casino...je raccroche tout de suite pas la peine de lire plus loin c'est de la daube!!

  • Par lidoledu83 - 18/07/2013 - 14:31 - Signaler un abus Le prix du savoir

    Cet article est intéressant dans une mesure: Peut-être doit-il nous amener à relativiser tout ce qui est entretenu dans l'esprit par la notion de "savoir" et "sanction" matérialisée par le statut ou le diplôme. Eh oui, personne n'est parfait, et savoir se remettre en question peut parfois s'avérer être très utile. En entreprise ... comme en politique.

  • Par pemmore - 18/07/2013 - 16:25 - Signaler un abus Les cadres sont sourdingues au bon sens,

    ils partent sur des a-priori que les subalternes sont incapables de comprendre l'enjeu des entreprises, alors toute idée, tout raisonnement qui ne vient pas d'eux est négative. Or le niveau d'études n'a jamais été aussi élevé, pour conduire une ligne c'est bac +1, technicien de maintenance bac+2, bac+3. le différentiel est minime. De plus des personnes peuvent avoir eu des trajets ou des origines complexes. Ca me fait penser à mon entreprise qui avait décidé de donner toute une partie de la production à un client pour un projet à marges faibles, des normes de qualité draconiennes pour un produit qui de toute évidence ne marcherait pas. Il n'y a pas eu moyen de faire comprendre ça au directeur. On a failli fermer l'usine. Et on a largué 2 bons clients moins éxigeants pour faire la place, dont un aurait doublé nos ventes.

  • Par DEL - 18/07/2013 - 17:40 - Signaler un abus privé public même combat!

    Il est un grand exemple historique, en la matière, même s'il ne s'agit pas d'entreprise: c'est Nivelle et son offensive du chemin des dames, où, malgré l'échec et les pertes en hommes des premiers jours, il a décidé de continuer, ce qui amené les mutineries de 1917. Si cela peut rassurer, nous avons le même problème dans l'éducation nationale, où, malgré les pertes de performance régulières depuis vingt ans, nos dirigeants s'échinent à faire passer des "réformettes" qui ne servent à rien et à augmenter la taille de programmes déjà ridiculement démesurés, ce qui mène au résultat essentiel de ces dernières années: one lit plus guère et on compte encore moins...

  • Par DEL - 18/07/2013 - 17:44 - Signaler un abus @pemmore

    le diplôme ne présume en rien de la qualité au travail de quelqu'un! C'est tout juste un a priori favorable qui montre que le candidat est ( en principe)capable d'apprendre. Les exemples sont nombreux, sans compter les victimes du principe de Peter pour les plus expérimentés...

  • Par la saucisse intello - 19/07/2013 - 04:30 - Signaler un abus @ DEL......

    Pour toujours, Nivelle sera responsable de l'offensive meurtrière et inutile du chemin des dames. Il était contre. Une fois engagé, il ne pouvait plus reculer car l'offensive était "politique". Quant au mutineries, on a fait porter le châpeau à Nivelle car elles sont nées dans les unités du XXème corps commandé alors par Foch qui fut le principal ordonnateur des massacres. C'est aussi attesté par les témoins de l'époque et les historiens. Seulement Foch était alors pressenti pour le commandement suprême des forces alliées et rien ne devait entacher sa personne. Nivelle a donc fait les frais du caractère sanguinaire de son supérieur. Et n'oublions pas qu'au tout début de la guerre, lors de la désastreuse retraite Charleroi, ce sont les canons de Nivelle qui se sont portés en première ligne pour faire un carnage des bavarois et protéger ainsi la retraite. Les poilus véneraient Pétain mais haïssaient Foch, Mangin et autres "bouchers en gros" !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Julien Pouget

Julien Pouget s'intéresse aux évolutions de la société et à leur impact dans l'entreprise. Président du cabinet JP & Associés, il est l'auteur du livre Intégrer et manager génération Y et anime le blog La génération Y.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€