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Pourquoi Olivier Besancenot a raison de s’inquiéter de la répartition de la valeur entre capital et travail depuis 20 ans et complètement tort dans les conclusions qu’il en tire

Dans une logique de critique de l'économie de marché,​ Olivier Besancenot a déclaré lors d'une intervention sur RMC : "Quand 100 euros de richesse étaient produits en 1980, 4 euros revenaient aux actionnaires. Maintenant, on est à 25 euros : les vrais privilégiés, ils sont là." Une évolution qui avait pu également être mise en avant ​par une étude relayée par les Echos en 2013 qui pointait du doigt le fait que la distribution de dividendes avait été multipliée par 7 sur les 20 dernières années.

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Pourquoi Olivier Besancenot a raison de s’inquiéter de la répartition de la valeur entre capital et travail depuis 20 ans et complètement tort dans les conclusions qu’il en tire

Dans une logique de critique de l'économie de marché,​ Olivier Besancenot a déclaré lors d'une intervention sur RMC : "Quand 100 euros de richesse étaient produits en 1980, 4 euros revenaient aux actionnaires. Maintenant, on est à 25 euros : les vrais privilégiés, ils sont là."  Une évolution qui avait pu également être mise en avant ​par une étude relayée par les Echos en 2013 qui pointait du doigt le fait que la distribution de dividendes avait été multipliée par 7 sur les 20 dernières années. En quoi ce constat peut-il effectivement pointer du doigt une problématique liée à la forme du capitalisme actuel, sans toutefois le remettre en cause ? 

Alexandre Delaigue : Les dividendes augmentent, mais de manière isolée cela ne veut pas dire grand chose.
Si les entreprises conservent leurs bénéfices sans distribuer de dividendes les actionnaires s'enrichiront aussi parce que la valeur de l'action va monter. Des dividendes en hausse peuvent signifier un déplacement de la valeur ajoutée des salariés vers les actionnaires - c'est ce que suggère Olivier Besancenot - mais cela peut signifier aussi des entreprises qui en maintenant la part du travail au même niveau choisissent plutôt de reverser la part du capital aux actionnaires plutôt que de la réinvestir. Et c'est ce qui se passe en ce moment, plus qu'un déplacement de la valeur ajoutée, du moins en France (dans les pays anglo-saxons la part du capital a eu tendance à augmenter depuis le début des années 2000). Les entreprises versent plus de dividendes et investissent moins. Mais ce n'est pas parce qu'elles doivent satisfaire plus qu'avant la cupidité des actionnaires : c'est qu'elles réduisent leurs investissements. Cela fait longtemps qu'on a remarqué cela dans le débat sur la "stagnation séculaire" : il y a d'un côté beaucoup d'épargne, de l'autre une diminution des opportunités d'investissement, comme remarqué en son temps par Ben Bernanke. Les raisons de ce manque d'opportunité d'investissement sont multiples : moindre rentabilité des innovations, coût en diminution des biens de capital, etc.
 
Cela dit on ne doit pas s'arrêter là: pourquoi si les entreprises investissent moins, choisissent-elles de rémunérer avec la différence les actionnaires plutôt que leurs salariés? ici il faut noter que la conjoncture n'est pas favorable aux salariés. D'un côté vous avez la mondialisation qui a mis près d'un milliard de chinois et d'indiens sur le marché du travail mondial : il est normal que cela exerce une pression à la baisse sur les salaires. Les politiques dans les pays riches sont peu favorables aux salariés. Et les banques centrales ont "vaincu l'inflation" à un prix élevé : désormais elles augmentent les taux d'intérêt aux moindres vélléités de hausses salariales. Faible investissement, faible pouvoir des salariés; voilà la situation. 
Michel Ruimy : Tout d’abord, caractériser le capitalisme n’est pas chose facile. En témoigne la multiplicité des épithètes qui l’accompagnent : capitalisme marchand, industriel, financier, patrimonial, familial mais aussi capitalisme moderne, post-moderne et enfin, capitalisme anglo-saxon, rhénan, asiatique… 
 
Toutefois, le capitalisme a changé de nature au cours du temps. De la Révolution industrielle jusqu’au milieu du XXème siècle environ, le système capitaliste s’appuyait essentiellement sur l’industrie. Depuis les années 1970, un nouveau type de capitalisme, basé sur la finance, a émergé. L’accumulation du capital et la recherche du profit sont sa dynamique fondamentale. L’activité consisterait en des transactions concernant notamment des produits financiers : ventes ou achats d’actions, spéculations sur les matières premières…. Il profiterait surtout aux banques et aux actionnaires au détriment du plus grand nombre, notamment les salariés. Déconnecté de l’« économie réelle » - basée sur la production et l’échange de biens -, il serait responsable de bulles financières débouchant sur des krachs boursiers avec tout ce que cela comporte au plan social.
 
L’étude des Echos et la publication des derniers bénéfices des entreprises du CAC 40 confirment cet état de fait. Aujourd’hui encore, les multinationales, portées par une conjoncture faste (bas niveau des taux d’intérêt, faible hausse du prix des matières premières, reprise de la consommation, croissance économique grâce notamment aux capitaux injectés par les banques centrales…), ont enregistré d’excellents résultats. Et cela devrait, a priori, continuer puisque, selon le FMI, le Produit intérieur brut mondial devrait augmenter de 3,9% en 2018, après une hausse de 3,6% en 2017.
En fait, au-delà de sa déclaration concernant la répartition des bénéfices, M. Besancenot s’insurge sur le fait qu’aujourd’hui, l’exigence de rentabilité pèse sur la sphère productive et y modifie profondément les rapports sociaux. Ainsi, la recherche de « création de valeur » n’est pas une demande de marchandises et de services répondant aux besoins sociaux mais une exigence de production d’une plus-value boursière. La « valeur » dont il s’agit est celle qui revient aux actionnaires et nombreux sont les outils pour accroître la valeur des actions. Par exemple, la logique de rentabilité à court terme nécessite une réduction importante des « coûts de production » qui sont, pour l’essentiel, constitués de la rémunération des salariés. 
 
En France, cette part représente près de 60% de la valeur ajoutée créée. Or, depuis des années, il y a un creusement des inégalités salariales par le haut : la part de la valeur ajoutée perçue par la grande majorité des salariés a fléchi depuis la seconde moitié des années 1990, majoritairement sous l’effet de la progression des plus hauts salaires. 
C’est ce à quoi notamment M. Besancenot souhaite attirer notre attention : les travailleurs ne sont, dans cette forme de capitalisme, qu’un paramètre d’ajustement.
 

Peut-on lier cette critique à ce qui semble être désigné comme le "néolibéralisme" ou parfois "capitalisme financier" qui se détournerait d'une économie de marché équilibrée qui bénéficie au plus grand nombre, comme cela a pu être le cas lors des 30 glorieuses ? 

Alexandre Delaigue : Oui et non. L'équilibre des trente glorieuses, c'était quand même la misère partagée partout dans le monde sauf dans les pays riches; au niveau mondial la croissance est forte et les inégalités diminuent, on ne devrait pas l'oublier. La réduction mondiale de la pauvreté, l'apparition d'une vaste classe moyenne dans des pays autrefois misérables, s'est faite au détriment de la classe moyenne des pays riches mais on peut trouver que le coût n'est pas si élevé pour ce genre d'avantages. Si une vingtaine d'années de salaires stagnants dans les pays riches sont le prix à payer pour éradiquer la pauvreté mondiale, les historiens du futur se demanderont pourquoi nous étions mécontents! Il y a par ailleurs des problèmes qui sont réels et indépendants du capitalisme financier, et sont la conséquence des choix politiques des 30 glorieuses. Les populations vieillissent dans les pays riches, ce qui réduit les salaires au profit des retraites; nous consommons beaucoup plus de soins médicaux coûteux, ce qui a le même effet mais nous permet aussi de vivre plus longtemps. Tout cela est indépendant du "type de capitalisme" dans lequel nous nous trouvons.
 
Mais il faut être clair aussi : cet ajustement, ces changements, se sont faits dans un contexte idéologique extrêmement favorable aux plus riches. La forme de mondialisation choisie, les éléments inclus dans les accords commerciaux, les évolutions de la fiscalité, tout cela s'est fait à sens unique. Les effets de la mondialisation ne sont pas les mêmes quand dans le même temps on diminue les taux d'imposition des plus riches et que l'on réforme la protection sociale et le marché du travail au détriment des salariés, ou si l'on choisit des systèmes fiscaux plus redistributifs. C'est cela qui a été raté : faire marcher la mondialisation pour tout le monde. Ce n'était pas forcément facile mais peu de pays ont essayé.
 

Michel Ruimy : Pourquoi avoir abandonné le capitalisme qui symbolisait la période des Trente Glorieuses ? Une première réflexion serait de dire que, dans les années 1970, l’inflation était considérée comme un fléau redoutable pour l’économie et que les chocs pétroliers ont poussé à un nouveau paradigme de pensée : le libéralisme. Or, aujourd’hui, les tensions inflationnistes sont relativement faibles et la lutte contre ce phénomène n’est plus une difficulté. Faire la promotion du plein emploi au travers d’une politique monétaire optimale ne serait pas un obstacle.

 

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 12/03/2018 - 08:24 - Signaler un abus Camarades.............. Capital !!!

    Besancenot futur prix Nobel d'économie !!! Sa clientèle est prête à gober n'importe quoi du moment que la phrase commence par camarades et finisse par capital... Ou l'inverse !

  • Par Ganesha - 12/03/2018 - 10:44 - Signaler un abus Business as usual

    Peut-on espérer que quelques abonnés d'Atlantico liront cet article et essaieront de le comprendre ? Mais, l'intangibilité de quelques viellards, cela n'a pas beaucoup d'importance. En pratique, les ''papys-Atlantico'' continueront à affirmer préférer le petit singe sans avenir, Wauquiez, plutôt que Macron, qui pourtant restera au pouvoir jusqu'à l'effondrement final. Ce texte nous annonce que devant l'aveuglement des capitalistes financiers libéraux, l'explosion du système actuel est inéluctable, mais qu'heureusement, dans la plupart des pays occidentaux, la relève des populistes souverainistes se prépare. Aurons-nous droit à une répétition du plaidoyer de ''l'avocat de la défense'', qui nous expliquera, contre toute évidence, que ''les actionnaires ne sont pas aussi avantagés que cela'' ?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 12/03/2018 - 14:04 - Signaler un abus Ganeshânebâté choisira

    Ganeshânebâté choisira toujours les indiens, en pensant qu'un jour ils finiront bien par gagner contre les cowboys.....alors il continue à attendre le grand soir, et se gargarise de ganeshâneries du style "capitalisme financier" "ultralibéralisme" ...tous ces concepts creux,.....vus à la télé chez Taddeï ou Ruquier, qui ne veulent rien dire mais qui font croire aux simples d'esprit qu'ils ont tout compris.....

  • Par ajm - 12/03/2018 - 14:06 - Signaler un abus Divagations sur des chiffres erronés.

    C'est donner beaucoup d'importance aux divagations ideologiques d'un trotskyste basées sur des chiffres faux ( d'où sort ce chiffre de 25 sur 100 de richesses produites ?Pour un PIB France de 2200 milliards cela ferait 500 milliards ? ! soit 12 ou 15 fois plus que dans la réalité ). Encore une fois, en France, les montants de dividendes versés sont très marginaux par rapport à la part des salaires et cotisations sociales, taxes et impôts en tout genre. Ganesha vous feriez mieux de retourner à Pif Magazine dont vous n'êtes jamais sorti malgré votre grand âge.

  • Par zelectron - 12/03/2018 - 14:39 - Signaler un abus les dividendes de cet article sont hyper(über)évalués

    les impôts et la pléthore de fonctionnaires battent tous les records, et ce, bien au delà des taux des dividendes (justifiés ou non)

  • Par assougoudrel - 12/03/2018 - 15:44 - Signaler un abus Besancenot est moins fatigué depuis

    que la Poste lui a refilé un vélo électrique. il a délégué son magistral cours d'économie à Délaigue.

  • Par Ganesha - 12/03/2018 - 18:22 - Signaler un abus AJM

    Quel mépris ! Vous prenez vraiment les abonnés d'Atlantico pour des imbéciles ? Il ne s'agit bien entendu pas de la part du PIB distribuée sous forme de dividendes, mais de la part de la Valeur Ajoutée.

  • Par assougoudrel - 12/03/2018 - 19:07 - Signaler un abus Tiens, Ganesha

    nous aimmme! Il est le seul qui ait le droit de nous châtier et de nous réprimander. Je suis tout ému.

  • Par ajm - 12/03/2018 - 21:46 - Signaler un abus Definition de chiffres.

    Ganesha: le PIB est censée être une addition de valeurs ajoutées d'un pays ( en detail , c'est un peu plus compliqué, voire differences entre PIB et PNB) . Le chiffre de 25% est totalement fantaisiste ou alors il est mal qualifié : il pourrait s'agir par exemple du RBE des entreprises par rapport à la valeur ajoutée totale, peut-être, mais en tout cas rien à voir avec les dividendes.

  • Par ajm - 12/03/2018 - 21:48 - Signaler un abus Rectification.

    PIB au masculin, "censé " et non " censée ".

  • Par ajm - 12/03/2018 - 22:07 - Signaler un abus Vrai debat.

    Il y a tout de même, aux USA et non en France, un vrai débat sur les " stock buybacks" ( rachat d'actions ) par les grandes entreprises US qui consistent à utiliser la trésorerie pléthorique de certains groupes à racheter leurs propres actions sur les marchés, ce qui, évidemment, fait monter les cours. Pour les actionnaires c'etait fiscalement interessant car cela faisait monter la valeur de leur patrimoine sans passer par la case dividende. En même temps, il s'agit d'argent qui fonctionne sur lui-même sans que des flux monétaires irriguent l'économie réelle (au contraire des dividendes qui peuvent être utilisés en consommations, en achat d'actifs matériels durables comme l'immobilier ou en réinvestissement dans des actifs financiers d'avenir style "start'up: ou autres ). Aux USA ces " buybacks" dépassent depuis plusieurs années les dividendes ( 3% du PIB contre moins de 2% pour les dividendes ). La réforme fiscale de Trump va peut-être changer la donne en réduisant le coût fiscal du passage par les dividendes. En tout état de cause il ne s'agit pas d'arbitrage entre salaires et des dividendes, les masses en cause sont très éloignées , même au USA.

  • Par ajm - 12/03/2018 - 22:31 - Signaler un abus Véritable arbitrage.

    A titre d'information, la masse salariale aux USA ( un peu plus de 7000 usd trillions en 2015, sources : IRS data 2015) représente un peu moins de trente fois les dividendes et 17 -18 fois les rachats d'actions. Le véritable arbitrage se situe en réalité entre le total "dividendes- rachats d'actions ) et réinvestissement interne ( en RD, machines, acquisitions d'entreprises. .) , les deux masses etant, pour les grandes entreprises US cotées ; assez comparables.

  • Par guy bernard - 13/03/2018 - 06:31 - Signaler un abus la référence est exacte, mais elle mène à la faillite.

    à l'articulation des années 70/80, les entreprises, essentiellement ayant une activité domestique, avaient subi une vague d'inflation et de conflits sociaux auxquels les Etats ne se sont pas attaqués jusqu'au milieu des années 80. il en a résulté un partage de la VA exceptionnellement en faveur des salaires, mais ayant ruiné les entreprises et les investisseurs, et, en tout cas, ne permettant ni investissements, ni amélioration de la qualité. le resultat a été une vague de faillites, de délocalisations et un appel massif à la bourse, qui exige et garantit des résultats sous peine d'éviction du marché. depuis, les entreprises se sont démembrées et ont reparti les risques pour assurer leur pérennité et leurs profits. la référence est exacte, mais elle mène à la faillite.

  • Par ajm - 13/03/2018 - 14:46 - Signaler un abus Etude INSEE.

    Il y a une étude de l'INSEE que n'importe qui peut consulter sur internet ( Les Entreprises en France 2016) . Page 100 de cette étude ( paragraphe 2..1) il est indiqué que la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée des entreprises en France a , durant la période 2007-2015, progressé de 2.2 points de 56.1% à 58.3%. Sur une plus longue période, cet écart se verifie aussi: en 1990 cette part était de 56.3%, niveau quasi identique à celui de 2007. Donc , en tout cas pour la France et jusqu'en 2015, l'idée que la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée régresse, notamment au profit de la marge d'exploitation des entreprises, est fausse.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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