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Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan aura du mal à rassembler sur son nom la droite nationale Zemmour-Villiers-Buisson qui se cherche pourtant un candidat

Avec 5% des intentions de vote, le président de Debout la France devra rallier autour de lui pour espérer un bon score à l'élection présidentielle de 2017. Malgré son positionnement souverainiste, les batailles d'ego et certaines divergences retiennent encore une partie de la droite de porter sa candidature.

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Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan aura du mal à rassembler sur son nom la droite nationale Zemmour-Villiers-Buisson qui se cherche pourtant un candidat

Atlantico : Nicolas Dupont-Aignan a récemment déclaré sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. Que pensez-vous de la candidature du président de Debout la France, qui recueille environ 5% des intentions de vote actuellement ?

Saïd Mahrane : Au cours du dernier Conseil national des Républicains, Henri Guaino a abordé, selon moi, un point fondamental, qui s'apparente à une rupture historique : il a déploré la disparition du RPR et plus particulièrement du gaullisme au sein de sa famille politique. Et quand on l'interroge sur la primaire de 2016, il dit ne voir aucun gaulliste parmi les candidats déclarés ou probables. Gaulliste, selon Guaino, signifie au sens où l'étaient Charles Pasqua ou Philippe Séguin, c'est-à-dire un gaullisme qui n'est pas une posture, un "truc" marketing chic, mais une conviction qui émane de leurs tréfonds.

Quelle conclusion faut-il en tirer ? Guaino doit-il être candidat à cette primaire ? Il ne le sera pas, j'en suis convaincu, car, malgré les multiples divergences qui me paraissent rédhibitoires, il aime trop Nicolas Sarkozy pour se présenter, comme Philippe Séguin aimait Jacques Chirac, auquel il trouvait pourtant mille tares.

Ceci posé, on peut donc estimer que Nicolas Dupont-Aignan a l'occasion historique d'investir un espace qu'il n'avait pas jadis, en tout cas pas tant qu'Henri Guaino avait l'oreille de Sarkozy, ce qui semble être moins le cas. Je sais qu'il est de bon ton, à Paris, de moquer Dupont-Aignan. Or il a pour lui de connaître la France, et les Français, pour ceux qui l'identifient, lui reconnaissent une certaine authenticité. Il aurait pu rester à l'UMP, être porté par son parti, devenir ministre ou assurer paisiblement sa réélection, mais il a eu le mérite de la cohérence en le quittant pour créer un mouvement. D'un point de vue électoral, il peut attirer à lui les gaullistes de droite, nostalgiques du RPR, mais aussi ceux pour qui le vote FN est inconcevable. D'autre part, il peut avoir les faveurs des orphelins de Jean-Pierre Chevènement, aujourd'hui en retrait de la politique active. D'autant plus si Arnaud Montebourg ne se présente pas en candidat indépendant à la présidentielle. Qui portera, dès lors, les aspirations des souverainistes de gauche, qui refusent le carcan européen, plébiscitent, pour certains, une sortie de l'euro, et réclament plus de justice sociale ?

Mais le véritable drame de Nicolas Dupont-Aignan porte un nom: Florian Philippot. Le vice président du FN se pose en gaulliste et s'en va fleurir, tous les 9 novembre, la tombe du général de Gaulle à Colombey. Marine Le Pen, elle, se dit gaullienne, un ton en dessous de Philippot, pour ne pas froisser ceux de sa formation qui entretiennent toujours un ressentiment fort pour celui qui a renoncé à une Algérie française. 

La gauche gouvernementale a abandonné la question sociale au FN; les Républicains lui ont cédé le gaullisme.  Reste à Florian Philippot de mettre tout cela en musique et en slogans. Il fournit à sa présidente ce corpus doctrinal, qu'elle reprend volontiers et décline sur plusieurs thèmes, parmi lesquels l'Europe, la souveraineté nationale, un discours très dur vis-à-vis de l'Otan, sur la monnaie, la justice sociale, l'autorité de l'Etat, la Russie… 

Au grand dam des gaullistes authentiques, Marine Le Pen est porteuse du discours sur l'indépendance nationale, mais l'habite-t-elle réellement ? Pour ma part, j'en doute. Reste qu'elle représente aujourd'hui entre 20 et 25% du corps électoral. Nicolas Dupont-Aignan quant à lui engrange petit à petit mais peine à dépasser les 5%. 

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 17/03/2016 - 10:48 - Signaler un abus %

    Saïd Mahrane à propos de MLP pour la minimiser : "elle représente aujourd'hui entre 20 à 25% des suffrages ". C'est 25 à 30% ...(départementales, régionales et sondages)

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Saïd Mahrane

Saïd Marhane est rédacteur en chef au journal hebdomadaire Le Point. Il couvre particulièrement l'actualité politique.

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Bruno Larebière

Journaliste indépendant, spécialisé dans l’étude des droites françaises, Bruno Larebière a été durant dix ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire Minute. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Jean-Paul II (éd. Chronique, 1998) et De Gaulle (éd. Chronique).

Il prépare actuellement un ouvrage sur Les Droites françaises vues de droite (parution 2017).

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