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Pourquoi le match Trump contre la Chine pourrait finalement être gagnant-gagnant

Si la Chine est actuellement l'un des pays les plus fermés aux investissements étrangers, l'élection de Donald Trump pourrait faire évoluer la situation.

Pari gagnant ?

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Pourquoi le match Trump contre la Chine pourrait finalement être gagnant-gagnant

Si Donald Trump respecte ses dernières déclarations et que cela crée une opportunité d'investissement américain en Chine, cela se fera davantage au profit de Pékin que de Washington.  Crédit JOHANNES EISELE / AFP

Atlantico : Selon Bloomberg View, l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis est susceptible de créer de réelles opportunités économiques pour Pékin comme Washington. En forçant peu à peu la Chine à s'ouvrir aux capitaux étrangers, à la manière du Japon, la politique de Donald Trump pourrait-elle effectivement profiter aux deux économies ?

Jean-Vincent Brisset : En introduction et précision préalable à cet entretien, il me paraît important de mettre en avant quelques éléments. Donald Trump, au cours de sa campagne, a fait plusieurs déclarations contradictoires concernant la politique qu'il comptait mener vis-à-vis de la Chine. Il convient donc de préciser qu'on ignore ce qu'il fera. Si, à titre de précédents historiques, on revient sur les déclarations concernant la Chine d'Obama ou de Bush Jr en tant que candidats et les actions menées ensuite en tant que présidents, les différences sont colossales.

Cette situation impose une certaine forme d'humilité et pousse à rappeler qu'il ne s'agit, finalement, que d'une hypothèse.

Si Donald Trump respecte ses dernières déclarations et que cela crée une opportunité d'investissement américain en Chine, cela se fera davantage au profit de Pékin que de Washington. Investir en Chine reste en effet extrêmement complexe : ce n'est pas parce que la Chine autorise plus d'investissements étrangers qu'elle permet le fonctionnement de ces mêmes investissements. Nous avons déjà assisté à des situations où la Chine autorisait des investissements étrangers à la seule condition que tout ce qui était fabriqué sur son sol soit ensuite réexporté. De telles solutions lui permettaient d'éviter toute concurrence sur son marché intérieur tout en concurrençant les pays ayant investi chez elle.

Bloomberg View prend l'exemple du Japon et de la façon dont les États-Unis ont permis son ouverture. La comparaison, cependant, n'est pas tout à fait exacte. Il n'a jamais été reproché au Japon de manipuler sa monnaie. La période de contrefaçon japonaise était terminée depuis des lustres déjà quand Reagan a modifié sa politique à l'égard de l'archipel. En outre, le Japon était strictement dépendant des États-Unis d'un point de vue militaire. Cela n'a jamais été vrai pour la Chine. Comme vous le constatez et comme le souligne d'ailleurs l'article de Bloomberg View, les différences sont nombreuses.

L'hypothèse, évidemment, d'une ouverture réelle de la Chine aux capitaux étrangers est plus favorable aux États-Unis, mais seulement sur le court terme. Si la liberté d'investissement permettait de récupérer les bénéfices – comme ce serait le cas dans une situation d'ouverture totale –, elle conduirait probablement à un partage de compétences entre les États-Unis et la Chine. Ce partage existe déjà plus ou moins, mais il serait amplifié. Pour l'heure, cela se limite à de la désindustrialisation, mais cela pourrait aller beaucoup plus loin : pendant très longtemps, la Chine aura encore un désavantage compétitif dans certains domaines. Si l'encadrement et la capitalisation des industries implantées est autorisée, et ce pour fonctionner sur le marché chinois comme à l'exportation, cela impliquerait une montée en qualité et en compétitivité de la Chine. Par conséquent, les Occidentaux, et tout particulièrement les États-Unis, y perdraient. Nous avons besoin de la Chine, aujourd'hui, pour maintenir les prix à un niveau suffisamment bas. Si les tarifs et les droits de douanes augmentaient de façon brutale, on constaterait des hausses de prix violentes. Cela toucherait tout spécialement les biens de consommation immédiate, utilisés par la population la moins favorisée. 

Encore une fois, si l'on se base sur les déclarations de Trump, la situation peut profiter aux États-Unis, sur le court terme. Concrètement, cela permettrait de réguler les prix sur certains biens de consommation de façon à ce qu'ils soient assez bas. Cela permettrait aussi de créer des emplois américains à l'expatriation, et donc de permettre une hausse de la production de biens de consommation directe. Mais, malheureusement, sur le long terme cela pose le risque d'une perte d'autonomie.

 
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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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