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Mercredi 30 Juillet 2014 | Créer un compte | Connexion
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Pourquoi Marilyn Monroe ne peut avoir d'équivalent à l'ère d'Internet

Elvis, Brigitte Bardot ou Marilyn Monroe avaient en commun d'éclore à la faveur de la libération des moeurs. Alors que déhanchés rock'n'roll et silhouettes féminines dénudées ont perdu de leur intérêt, de qui célèbrera-t-on l'anniversaire demain ?

50 ans plus tard...

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Atlantico : Ce dimanche, nous fêterons les cinquante ans de la mort de Marilyn Monroe. Avec la « pipolisation » des mœurs et la production massive de stars par internet ou la téléréalité, une icône d’une telle envergure peut-elle exister encore aujourd’hui ?

Jean-Michel Espitallier : Je ne pense pas. Marilyn Monroe est liée à une époque : l’après-guerre, la reconstruction… Il y a une forte dimension contextuelle, historique. Ce n’est pas pour rien que le rock’n’roll apparaît à ce moment-là.

Depuis une vingtaine d’années, les stars qui émergent sont éphémères.

Elles sont devenues des produits de grande consommation portés par des opérations marketing. Sauf pour quelques exceptions, leur ascension est très rapide.

Le culte voué à Marilyn et à d’autres célébrités cristallise une propension de la société contemporaine à commémorer les choses, comme si l’on regardait vers un paradis perdu. On pleure toujours sur le passé et ses grandes figures.

Marilyn a un parcours sans faute : la jeune américaine un peu éthérée, qui pourtant fréquente les plus grands – puisqu’elle a même entretenu une relation avec Kennedy, et surtout une mort tragique, énigmatique. Un vrai conte de fée, ou plutôt une tragédie grecque (le conte de fée finit très mal), qui plaît forcément.

Quel a été l’impact d’internet et des réseaux sociaux, qui rendent les stars plus accessibles ?

Il me semble que cette ambition de proximité ne fait que tuer les idoles. Car ce qui est important pour une idole, c’est qu’on ne peut pas l’atteindre. Dans les années 1930, Walter Benjamin parlait de la fin de l’« aura » au sujet de la photographie, estimant que la possibilité de tout reproduire favorisait une proximité et que cette proximité effritait la distance qui justement crée une sorte d’aura. Jadis, pour voir la Joconde, il fallait aller au Louvre. Aujourd’hui, elle est partout. Désormais, grâce à Facebook, on peut être ami avec Justin Bieber, Claude Debussy, John Lennon, Marilyn Monroe, etc. Même si cela n’est qu’une fiction, c’est une fiction qui donne l’illusion d’une proximité, et presque d’une intimité.

Vous estimez que, demain,  c’est le titre d’« illustre inconnu » qui sera convoité. A-t-on tué notion même de « célébrité » ?

L’émergence de Marilyn Monroe, Elvis ou les Beatles correspond à l’émergence des médias de masse. Enfant, lorsque j’étais fan des Beatles, on avait beaucoup de mal à trouver des photos. Il y avait une pénurie d’images qui favorisait une espèce de manque. Alors qu’aujourd’hui, avec internet, les photographies et les vidéos les plus inédites sont accessibles en deux clics, ce qui amoindrit le désir. Car le désir est une tension qui n’existe que parce que l’objet du désir est ailleurs. La téléréalité a tué ce lieu de désir qu’étaient les médias, lieu magique parce qu’inaccessible. La prophétie warholienne du quart d’heure de célébrité pour chacun d’entre nous est devenu une réalité.

Quelles seraient les équivalents de Marilyn Monroe aujourd’hui ? De qui fêterons-nous l’anniversaire dans cinquante ans ?

On ne peut pas trouver un remplaçant. Ce sont des époques qu’on fête, pas des personnes. Il n’y a pas de qualité intrinsèque des vedettes. Nous sommes continuellement en demande de stars. Marx disait que ce ne sont pas les hommes qui font l’histoire mais l’histoire qui fait les hommes. L’idée est ici la même : c’est l’époque qui génère les idoles. Ressentira-t-on encore ce besoin, dans cinquante ans, de commémorer ? Je n’en suis pas sûr. En tout cas, pas de cette façon…

 
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Jean-Michel Espitallier

Poète, l'écrivain Jean-Michel Espitallier est aussi un passionné de musique. Il est l'auteur de De la célébrité : théorie et pratique.

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