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Pourquoi limiter les coupes dans le budget de la Défense ne suffira pas à l'armée pour faire face à la guerre en cours

Le président François Hollande a annoncé, lors de ses vœux aux armées, que les contraintes budgétaires de l'armée seraient revues pour mieux mener la "guerre" contre l'islamisme.

Sur la défensive

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Pourquoi limiter les coupes dans le budget de la Défense ne suffira pas à l'armée pour faire face à la guerre en cours

Le président François Hollande a annoncé, lors de ses vœux aux armées, que les contraintes budgétaires de l'armée seraient revues Crédit Reuters

Atlantico :  Concrètement, quels vous semblent être les besoins budgétaires de l'armée pour apporter une réponse efficace sur les terrains d'opération ?

Michel Goya : Il n’est pas inutile de rappeler que dans un pays qui produit pour plus de 2 000 milliards d’euros de richesse chaque année, moins de 50 sont prélevés pour assurer la défense de la France et des Français, pour environ 850 consacrés aux autres actions publiques et sociales. Pire, cet effort diminue régulièrement depuis vingt-cinq ans. Si, en termes de pourcentage du PIB, la France mondialisée faisait le même effort que la France de 1990, c’est entre 80 et 90 milliards qui seraient consacrés à la sécurité et à la défense.

Autrement dit et alors que la guerre contre les organisations djihadistes, commencée dès les années 1990, prenait de l’ampleur, la France baissait la garde.

Pour le seul ministère de la défense, l’effort de défense a été gelé en valeur constante depuis 1990 alors que les dépenses de l’Etat augmentaient, elles, de 80 %. Sans cet empressement à toucher les "dividendes de la paix" à la fin de la guerre froide et en considérant que l’on ait maintenu le même effort de qu’à l’époque, on aurait investi plus de 200 milliards d’euros (de 2014) supplémentaires dans notre outil de défense, dont environ 80 milliards en investissements industriels et technologiques. Le budget s’élèverait aujourd’hui à environ 56 milliards d’euros au lieu de 31,4 et si les contribuables français faisaient le même effort que les contribuables américains ce budget avoisinerait même les 80 milliards d’euros. Nous serions déjà plus puissants militairement que la Russie.

Surtout, ce financement aurait permis d’absorber largement tous les grands programmes de recapitalisation des années 1980 en les adaptant évidemment au contexte actuel. Nous aurions peut-être déjà deux porte-avions et de nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque, l’avion Rafale équiperait presque complètement nos escadrons, nous aurions sans doute renouvelé notre flotte de ravitailleurs en vol et de transport, nos troupes au sol, enfin, ne pourraient plus être confondues avec celles de l’opération Daguet en 1991. Avec un système félin plus avancé et nos engins Scorpion, notre infanterie, pour ne citer qu’elle, serait la mieux équipée du monde. Nous aurions enfin eu suffisamment de moyens pour explorer les voies nouvelles comme les drones, la robotique ou le cyber et y être en pointe plutôt qu’à la traîne. Bref, on serait infiniment mieux préparé à tous les défis en cours, qu’ils s’agissent de la lutte dans le Sahel, de l’affrontement contre Daesh voire de Boko Haram et de l’engagement sur le territoire national.

Pourra-t-on rapidement adapter le budget de la Défense aux nouvelles exigences définies par le Président ? Est-ce juste une "question de volonté" politique ?  

Le président de la République a simplement annoncé que le budget de 2015 (31,4 milliards d'euros) serait intégralement respecté, ce qui paraît la moindre chose et prouve que ce n’était finalement pas plus assuré que la loi de programmation militaire « sanctuarisé ». Cela n’est pourtant même pas forcément vrai, 7 % du montant n’étant même pas encore financé et reposant sur des recettes exceptionnelles, essentiellement des ventes de fréquences radio aux opérateurs télécom, pas du tout assuré. Il n’est pas inutile de rappeler que seulement 400 millions d’euros ont été prévus pour financer le surcoût des opérations alors que l’on sait pertinemment que celui-ci sera de l’ordre du triple. Le président de la République a évoqué l’idée proposée par le ministre de vente de matériels à des sociétés privées qui les reloueraient ensuite aux armées. Le moins que l’on puisse dire est que cette innovation laisse globalement sceptique.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 15/01/2015 - 16:35 - Signaler un abus Depenses militaires

    Depuis 1990, tous les gouvernement se sont évertuésà les réduire par tous les moyens, yc les plus stupides comme le refus de construire le 2° porte-avions indispensable pour assurer d'en avoir toujours un disponible ne cas de besoin ( le carénage d'un porte avions dure près d'un an, et s'il s'agit d'un porte avions à propulsion nucléaire environ 2 ans). Alors comment financer le surcroît de dépenses militaires indispensables? Réduire les impôts: cela a produit un formidable accroissement des recettes fiscales dans tous les pays qui ont eu le courage de le décider (mais aucun n'était affligé d'une gauche aussi déplorablement rétrograde que la nôtre)

  • Par Pourquoi-pas31 - 16/01/2015 - 22:36 - Signaler un abus Quand on réduit les dépenses d'équipement

    on réduit en meme temps les capacités industrielles. Et la le systeme se mord la queue, on n'a plus la capacité pour produire des equipements.

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Michel Goya

Michel Goya est colonel dans l'armée de terre, aujourd'hui retiré du service actif. Il est désormais consultant en stratégie et organisation.

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