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Pourquoi laisser vos enfants jouer avec une tablette ou un smartphone ne fait pas de vous de mauvais parents

Tablettes, iPads... Les enfants sont séduits, les parents aussi et pourtant la culpabilité des parents demeure à la vue de leur enfant face aux écrans. Nouveaux loisirs, les objets connectés ont leurs avantages et leurs inconvénients. Le tout est de ne pas rompre le dialogue.

Génération connectée

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Pourquoi laisser vos enfants jouer avec une tablette ou un smartphone ne fait pas de vous de mauvais parents

Laisser vos enfants jouer avec un iPad ne fait pas de vous de mauvais parents. Crédit Reuters

Atlantico : L'IPad fait fureur chez les grands mais aussi chez les enfants. Les parents ont tendance à culpabiliser lorsqu'il leur arrive de laisser leurs têtes blondes jouer avec ces nouveaux objets connectés. Pourquoi les parents culpabilisent-ils à l'idée de laisser leurs enfants jouer avec un iPad ?

Michael Stora : En fin de compte, en général, les parents culpabilisent parce qu'il y a des discours véhiculés par des collègues et plus précisément des psychiatres qui vont avoir un discours assez diabolisant et très critique. A partir de ce moment là, il y a un peu l'impression que l'objet tablette fait d'eux de faibles parents, des  parents acceptant les caprices.

Et derrière, ils peuvent aller jusqu'à imaginer que d'une certaine manière, ces objets là vont faire de leurs enfants des mutants, comme si l'objet tablette brisait la communication au sein de la famille.

Ils culpabilisent aussi parce que parfois, il y a une tradition sur l'idée que l'enfant au fond ne doit pas s'ennuyer et peut-être que ça devient un peu pervers. On sait à quel point ce n'est pas que l'enfant s'ennuie le problème mais la fragilité un peu narcissique des parents se sentant mal aimés, désaimés par leurs enfants si l'enfant dit qu'il s'ennuie. Donc il y a une sorte de paradoxe entre l'idée qu'il ne faut surtout pas qu'il s'ennuie et dès qu'ils offrent une tablette ils se sentent coupables parce que les médias entre autres leur font dire que tout cela est assez nocif.

Cette culpabilité est-elle justifiée ? Quels sont les risques existants à laisser ses enfants jouer avec des objets connectés dès leur plus jeune âge ? 

Le seul danger d'une tablette tactile, c'est si vous la recevez à travers la figure. C'est le seul danger ! Par contre, on observe quelques enfants, de petits enfants cinq ans, six ans qui vont passer beaucoup trop de temps, beaucoup trop. Et là on se rend compte que ça vient révéler dans quelques cas que j'ai pu avoir, en général, ce sont des enfants qui ont beaucoup d'inhibitions dans leur vie sociale. Ils ne se sentent pas toujours très à l'aise dans leur corps mais la tablette, les applications, les jeux qu'on leur propose leur permettent de maîtriser quelque chose que d'habitude ils ne maîtrisent pas. Ils ont une main mise sur cette image qu'ils ne peuvent avoir nulle part, que d'habitude ils n'ont pas dans la vraie vie. Il peut gagner alors que dans sa propre vie il ne gagne pas. ça le renforce dan sa confiance en soi mais certains ont des pratiques excessives. L'enfant a déjà un problème même à l'école il est très seul, il ne veut pas jouer avec les autres au foot par exemple. C'est ce type d'enfant qui peut passer plus de temps.

Il ne s'agit pas de penser que la tablette est responsable, voir même la tablette l'aide. Par contre à partir de ce moment là, il faut que les parents l'aident, voir fassent appel à un psy, psychomotricien pour l'aider. De toute façon, en général, internet, ces objets là sont des révélateurs de pathologies préexistantes.

Les interactions entre parents et enfants ont-elles été mises à mal par les objets connectés ? N'a-t-on pas tendance à en faire trop ? 

Il y a une problématique souvent qu'on va rencontrer chez les enfants. ça dépend de l'âge. Il y a un nouvel enjeu d'autorité que représentent ces écrans, c'est la question générale du temps passé dessus. Au bout d'un moment, les parents apparaissent comme les censeurs. Il est vrai que certains parents ont du mal à mettre les limites. Après, au niveau de l'adolescence, on voit bien que les objets ont une fonction d'autonomisation et à partir de ce moment là, ça peut avoir un effet intéressant pour l'ado. Mais les parents, du fait qu'ils doivent faire le deuil de cette position parentale vont accuser l'objet tablette, le portable d'être à l'origine de tous les maux.

Il y a des faits divers, le dernier en date un adolescent de quinze ans tue son frère et sa sœur. Il s'avère qu'il jouait trop aux jeux vidéo, même trop. Et donc à partir de ce moment là, il y a des collègues qui vont jusqu'à aller dire : "au fond le virtuel peut être à l'origine de passages à l'acte hyper violents". Il est évident que vous êtes parents, vous voyez votre enfant, votre ado qui joue à Call of duty ou un jeu de guerre, ça va tout de suite vous inquiéter. Est-ce que les médias sont à l'origine de cela? Est-ce qu'ils sont des caisses de résonnance ?

En quoi le problème est-il différent que celui qui est posé depuis des décennies par la télévision ? 

La télévision, les parents connaissent les codes, c'est vrai que d'une certaine manière au fond les parents eux-mêmes ont connu l'objet télévision dans leur propre enfance et leur adolescence. La télévision reste quand même dans le salon. ça reste un objet familiale. La tablette, l'enfant est seul face à sa tablette. Il pourra aller sur internet, voir des images qui ne sont pas adaptées pour lui, toutes sortes de choses qui inquiètent. Voir même, il y a les cybers prédateurs qui font qu'il y a un imaginaire très anxiogène sur le fait que l'enfant puisse avoir accès à des contenus sur internet. C'est une ouverture. Une étude menée par e-enfance il y a trois ans avait dit que 71% des parents ne savent pas ce que font leurs enfants sur internet. Soit on ne sait pas parce qu'on est souvent absent, qu'on n'a pas envie de prendre son temps, de discuter avec lui, parce qu'on se sent coupable. Et quand on se sent coupable, on devient le pire des juges.

Quelles sont les potentialités pédagogiques de ces objets connectés ? 

Une étude de l'université d'UCLA a montré que les jeux vidéo développent par exemple des compétences cognitives, la spatialisation 3D, l'intelligence déductive… maintenant peu importe. Avant tout, c'est l'idée du plaisir à jouer voir même de partager une partie avec Papa et Maman de jouer ensemble et c'est là que ça devient intéressant. Parfois, l'enfant continue la partie dit à son papa, "j'ai avancé la partie, regarde ce que j'ai fait" etc…

Dans quelle mesure faut-il néanmoins en limiter l'utilisation à la fois en termes de durée et de d'âge ? 

A aucun moment je ne donne de règles. Je pense qu'il faut que les parents se fassent confiance sur le fait qu'ils évaluent par eux même ce qu'ils pensent être bien pour leurs enfants. Je crois que la question c'est toujours un nouvel enjeu d'autorité. Peut-être que les parents eux-mêmes, parce qu'il est vingt heures, c'est l'heure d'aller manger, parce qu'ils trouvent qu'il joue trop longtemps, il faut que les parents aient le courage de supporter la colère de leur enfant, c'est ça la question derrière. 

 
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Michael Stora

Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au CMP de Pantin.

Il y dirige un atelier jeu vidéo dont il est le créateur et travaille actuellement sur un livre concernant les femmes et le virtuel.

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