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Pourquoi Israël ne pourra pas miser sur la Russie face à l’Iran malgré la rencontre Poutine / Netanyahou

Dans cet entremêlement de guerres, l'axe Moscou-Damas-Téhéran est plus solide qu'il ne l'est trop souvent affirmé.

Peine perdue

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La réalité de l’alliance russo-iranienne

De fait, les Israéliens furent les premiers à négocier avec les Russes des accords dits de " déconfliction " (dès octobre 2015) afin d'éviter collisions et accidents entre les forces militaires des deux pays, celles-ci opérant dans un théâtre géographiquement limité. Au-delà de cet impératif, les discussions entre Jérusalem et Moscou portèrent sur les intérêts de sécurité israéliens et les " lignes rouges " fixées par Jérusalem (ni milices irano-chiites dans le voisinage du Golan ni livraisons d'armes au Hezbollah ; pas d'enracinement militaire iranien en Syrie et de projection stratégique vers la Méditerranée orientale).

Lorsque l'Etat hébreu, malgré le verrouillage de l'Ouest syrien par le déploiement de S-400, frappe des convois d'armes ou des ateliers où le Hezbollah construit ses missiles et roquettes, les militaires russes regardent ailleurs. Au niveau politique, Netanyahou rencontre régulièrement Poutine afin de lui expliquer les positions d'Israël et sa stratégie régionale. A défaut d'être toujours entendu, estiment les spécialistes, il est pleinement compris.

Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles lorsque, du 10 au 11 février 2018, se produit un épisode guerrier entre les Iraniens et leurs clients syriens d'une part, les Israéliens de l'autre. Confirmant le danger militaire que Téhéran représente, un drone iranien entre dans l'espace israélien avant d'être détruit. En représailles à l'agression iranienne, la chasse israélienne bombarde la base d'où l'engin est parti (la base T-4, près de Palmyre). Au retour, un F-16 de Tsahal est abattu par Damas. Un deuxième raid israélien sur des cibles irano-syriennes s'ensuit. Dans cette affaire, d'aucuns s'interrogent. Poutine aurait-il laissé faire Assad et son " parrain " iranien ? Serait-il débordé par les forces locales et régionales qu'il a activées ? Des experts pointent la soudaine efficacité de la défense anti-aérienne d'Assad : la " Russian touch " ? Enfin, il semblerait que l'appel téléphonique de Poutine, courroucé, à Nétanyahou ait limité l'ampleur du deuxième raid israélien. Depuis, en réponse aux agissement de l'Iran en Syrie, d'autres coups ont été portés mais Moscou a marqué la distance avec l'Etat hébreu. La livraison des S-300 marquerait un nouveau cap.

Au total, les " lignes rouges " que Poutine était censé faire respecter s'effacent, le président russe jugeant exagérées les demandes de Jérusalem. En vérité, l'ambivalente relation russo-israélienne pèse moins dans la balance que le maintien d'Assad au pouvoir, essentiel pour les actifs géostratégiques russes au Levant, et l'alliance Moscou-Téhéran. Loin d'être superficielle et circonstancielle, ladite alliance repose sur des convergences politiques et idéologiques profondes. Animées par des ressentiments historiques similaires et une volonté de revanche partagée, ces deux puissances entendent détruire l'hégémonie occidentale au Moyen-Orient et faire advenir un autre ordre des choses. Mais les contradictions s'accumulent et la Pax Poutina espérée par certains s'avère fallacieuse. Et s'il lui faut choisir, on voit mal Poutine sacrifier l'alliance iranienne aux relations russo-israéliennes. A brève échéance, une telle option conduirait au retrait russe. Soit le régime de Damas s'effondrerait, soit Téhéran et les milices panchiites qui lui sont affiliées combleraient le vide. L'un ou l'autre terme de l'alternative constituerait un revers majeur.

 
Commentaires

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  • Par philippe de commynes - 17/05/2018 - 11:50 - Signaler un abus Le pragmatisme

    est la marque de fabrique de la politique de Poutine ( ou le cynisme vu autrement). Il accorde d'autant plus d'importance à Israël que celui-ci est censé pouvoir intercéder efficacement auprès de l'Amérique. Or aujourd'hui Israël est capable d'obtenir entière satisfaction sur l'ambassade à Jerusalem ou l'Iran (comme l'a dit un conseiller de Netanyahou, celui ci aurait pu tenir mots pour mots le discours de Trump), mais pour l'instant rien pour un réchauffement Russie-Usa, d'ou probablement ce refroidissement Russie-Israël.

  • Par Anguerrand - 17/05/2018 - 17:30 - Signaler un abus Quand Israël cessera de s’etendre

    au détriment des palestiniens, une paix sera peut être possible et par voie de conséquence l’extension de la guerre en France. Que dirions nous si les espagnols annexaient la Catalogne française de force ?

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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