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Pourquoi l’Iran n’a pas besoin des sanctions américaines pour détruire son économie

De nouvelles sanctions viennent sanctionner Téhéran ce lundi 5 août, rendant la situation économique du pays encore plus inquiétante.

Désastre

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Pourquoi l’Iran n’a pas besoin des sanctions américaines pour détruire son économie

 Crédit ATTA KENARE / AFP

Atlantico : La Maison Blanche a pu détailler, ce lundi 5 août , les nouvelles sanctions économiques qui frapperont l'Iran dès ce mardi. Dans quelle mesure, et avant même l'application de ces sanctions, l'économie iranienne est-elle déjà en prises à de grandes difficultés ? En quoi la gestion du pays par le régime de Téhéran est-elle la principale cause de la mauvaise santé économique du pays ?

Ardavan Amir-Aslani : 80% de l'économie iranienne est détenu soit par l'Etat soit par des organismes parapublics comme les grandes fondations religieuses. Le secteur privé ne représente donc qu'à peine 20% de l'économie iranienne. Cette situation déséquilibrée a entraîné les lenteurs que l'on est en droit d'attendre d'une telle répartition des rôles. Alors que le pays dispose d'une des populations les plus éduquées au monde et un vrai secteur entrepreneurial, les lenteurs administratifs et la gabegie qui sont l'apanage des économies détenues par le secteur public ont fragilisé l'essor du secteur privé. 

Un secteur bancaire particulièrement inefficace et un grand besoin de réforme ont également concouru à cette situation de déliquescence économique.

La plupart des banques privées iraniennes sont insuffisamment capitalisées et gangrenées par des prêts toxiques dont les perspectives de recouvrement sont plus qu'incertain. La faillite récente de quelques unes de ces dernières a même monopolisé les ressources trop rares de l'Etat qui s'est vu contraint de rembourser les économies des épargnants lésés. 

Une corruption quasi généralisée est un frein supplémentaire au développement économique. Il n'y a pas un jour qui se passe sans que des débats à l'assemblée nationale iranienne ne portent sur ce fléau sociétal. Des voix se font entendre à tous les échelons de la société afin de combattre ce fléau avec des appels réguliers à la démission aussi bien du ministère de la justice que de l'économie. Pas plus tard que la semaine dernière le gouverneur de la banque centrale iranienne a été limogé et le vice gouverneur arrêté.

Une inflation galopante principalement du fait du recours à la planche à billets pour pallier aux insuffisances budgétaires n'arrange pas les choses non plus. L'instabilité monétaire et l'existence de plusieurs de taux de conversion pour les devises ont eu également leurs parts de responsabilité sur les incertitudes économiques. 

Ces incertitudes n'ont donc eu de cesse de décourager les embauches et de retarder l'heure des investissements industriels indispensables pour maintenir la compétitivité des outils de production. L'ensemble de ces facteurs a donc indubitablement contribué à la situation désastreuse que connaît l'économie du pays. 

Ces nouvelles sanctions sont-elles en mesure de porter un coup fatal à un régime contesté par la rue de plus en plus régulièrement, ou est ce que l'action de Washington pourrait aboutir à une plus grande cohésion du pays contre un ennemi extérieur ?

Les sanctions qui seront transposées par les américains ce soir à minuit sont les moins pernicieuses. Elles portent principalement sur les matières premières, le secteur de l'aviation commerciale, l'or et les transactions sur les billets de banques en dollars. Celles qui feront vraiment mal sont celles qui seront transposées le 4 novembre prochain et qui toucheront le secteur énergétique, la pétrochimie et le transport maritime. Rappelons que 80% des exportations iraniennes sont des exportations d'hydrocarbures et autres produits pétrochimiques. D'ores et déjà l'Arabie saoudite, les Émirats et la Russie se sont reparties 1,2 million de barils de pétroles que les iraniens exporteront en moins de par l'impact des sanctions américaines à venir. 

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 07/08/2018 - 08:49 - Signaler un abus Cuba est un mauvais exemple

    L'embargo américain sur Cuba ne concernait que les EU. Il était joyeusement contourné par le Canada et l'Amerique Latine. Avec Trump et son Secrétaire au Trésor, Mnuchin grand connaisseur des circuits financiers, l'embargo s'étend au monde entier et les punitions financières des sociétés qui ne l'appliquent pas sont immédiates. La Banque Centrale d'Oman qui a essayé de jouer au plus malin en échangeant en douce 400 millions de dollars pour les iraniens s'est retrouvé dans une telle merde que les têtes ont valsées. Et pourtant, avant Trump, les omanais favorisaient une contrebande quotidienne par des vedettes rapides iraniennes dans le détroit d'Ormuz.

  • Par ajm - 07/08/2018 - 15:31 - Signaler un abus Pas de comparaison.

    L'embargo sur Cuba ne concernait effectivemenque les USA et encore les Américains d'origine Cubaine avaient le droit d'envoyer de l'argent à leurs familles restées sur l'Ile.

  • Par Rocla - 07/08/2018 - 15:34 - Signaler un abus Analyse on ne peut plus

    Analyse on ne peut plus limpide... Je retrouve le pays tel que je l'ai connu il y a quelques années

  • Par vangog - 08/08/2018 - 09:49 - Signaler un abus Oui, Donald a raison d’imposer des sanctions internationales

    à l’Iran, premier pays terroriste au monde, que l’on ne peut permettre d’avoir la bombe atomique (ils l’ont quasiment!) et les lanceurs (des pourparlers sont en cours avec la Corée du Nord...) qui lui permettront d’exercer un chantage malsain sur le monde entier! L’Union europeiste se comporte avec l’Iran comme la France gauchiste avec ses ghettos ethniques: le « pasdevaguisme » est de rigueur, et il faut laisser faire et laisser agir les « gentils iraniens » qui méritent la bombe, eux aussi! L’UE est en plein syndrome munichois, qui est tout, sauf une conviction, et qui convint de moins d’Européens...encore une fois, les pays qui ont connu les affres du socialisme (macronisme!) montrent la voie à suivre par les moutons bêlants d’Europe de l’ouest...

  • Par kelenborn - 08/08/2018 - 11:52 - Signaler un abus oui

    on aimerait avoir un Trump plutôt que ce bouffon à couilles molles!

  • Par Marie-E - 08/08/2018 - 13:01 - Signaler un abus Vangog

    ne vous inquietez vous. L'UE ne bougera pas, otut le monde le sait y compris les ayatollahs qui n'ont que mepris pour ceux qui les courtisent apres avoir aide Sadam Hussein pendant la guerre Irak Iran. Si je dis ne vous inquietez pas, c'est qu'il y a au moins un pays qui soutient Trump dans sa lutte contre le nucleaire iranien ... et il ne laissera jamais les ayatollahs s'en servir. Comme d'hab personne ne dira merci et couinera aupres de l'ONU mais ce pays a l'habitude, le cuir dur ... et la tete raide comme disait le General... par depit ? apres avoir autant admire Ben Gourion (j'ai lu leur correspondance au musee Ben Gourion de Tel Aviv... c'est passionnant)

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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